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Les armes en Amérique après Charleston, comme dans un mauvais western

Après l’assassinat de neuf personnes à Charleston par un jeune homme qui avait la haine des Noirs, le débat aux Etats-Unis se concentre sur les armes.

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Les armes en Amérique après Charleston, comme dans un mauvais western

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Après l’assassinat de neuf personnes à Charleston par un jeune homme qui avait la haine des Noirs, le débat aux Etats-Unis se concentre sur les tensions raciales, ou le retrait du drapeau confédéré du siège du gouvernement de Caroline du Sud. En revanche, on parle à peine de la loi sur le port des armes. A ce sujet l’Amérique a un environnement culturel et historique très particulier.

Politiquement, cette question empoisonne le débat depuis des années. Aujourd’hui c’est presque impossible de renforcer la loi sur les armes, le lobby des armes à feu ayant la main mise sur les parlementaires et repoussant même les changements les plus minimes, même si l’opinion publique est favorable à des contrôles plus stricts sur l’acheteur avant l’acquisition d’une arme.

Le président Barack Obama en s’adressant à la nation après le massacre de Charleston, a fait ressentir sa frustation sur la question des armes, rappellant que de tels drames n’arrivaient pas ailleurs : “A un certain moment, notre pays devra réaliser que ce type de violence de masse ne se produit pas dans d’autres pays avancés. Cela ne se passe pas dans d’autres endroits avec cette fréquence.”

Obama a essayé sans succès de proposer une nouvelle loi sur le contrôle des armes, après le massacre de plusieurs enfants et leurs professeurs à la Sandy Hook Elementary School en décembre 2012.

Parmi les candidats à l‘élection présidentielle de 2016, seule Hillary Clinton a lancé un émouvant appel après Charleston, jurant de se battre pour une réforme de “bon sens” : “Comment pouvons-nous, en tant que nation, permettre encore que des armes tombent dans les mains de personnes dont le coeur est rempli de haine.”

Alors pourquoi est-il si difficile pour l’Amérique de se réconcilier avec la violence des armes ? Voilà cinq faits que vous devez connaître pour comprendre :

Quelle est la base juridique pour la possession d’armes ?

Le Deuxième amendement de la Constitution américaine, adoptée en 1791, parmi les dix premiers amendements de la Déclaration des droits, dit : “Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.”

Le fait que l’environnement politique du 18ème siècle (quand les gens dans les endroits reculés se défendaient contre les Indiens, les soldats britanniques ou les bandits de grand chemin) puisse servir de modèle pour réglementer l’utilisation moderne des armes à feu par les citoyens a été longuement débattu aux Etats-Unis.

Mais il a fallu attendre 2008 pour que la Cour suprême dans le procès “District de Columbia versus Heller” décide pour la première fois que le Deuxième Amendement protège le droit individuel à détenir et porter des armes à feu. Ainsi, les juges ont inversés les interprétations antérieures de la Constitution. En 1876, la Cour suprême avait statué que “Le droit de porter des armes n’est pas accordé par la Constitution, et l’existence n’est pas dépendante en aucune façon de cet instrument” et avait limité l’application du Deuxième Amendement au gouvernement fédéral.

En 1939, la Cour suprême avait statué que le gouvernement fédéral et les Etats pourraient limiter les types d’armes s’il y a une «relation raisonnable à la préservation ou l’efficacité d’une milice bien réglementée”.

Les citoyens peuvent-ils porter leurs armes ouvertement comme dans un western ?

Oui et non, les lois varient d’un Etat à l’autre. La Cour suprême n’a pas statué sur le fait que le Deuxième amendement donne ou pas le droit de porter des armes en public pour l’auto-défense. Des cours d’appel fédérales ont rendu des décisions contradictoires sur ce point.

Par exemple, aux États-Unis la Cour d’appel de Chicago a statué en 2012 : “La Cour suprême a décidé que l’amendement confère le droit de porter des armes d’auto-défense, ce qui est aussi important à l’extérieur de la maison qu‘à l’intérieur ».

Mais à l’inverse, la Cour d’appel de Denver a statué en 2013 : “A la lumière de la pratique étendue de notre nation de restreindre la liberté des citoyens de porter des armes à feu d’une manière cachée, nous estimons que cette décision ne relève pas du champ d’application du Deuxième amendement. “

La pratique de l’“open carry”, quand les propriétaires d’armes à feu portent ouvertement des armes alors qu’ils vaquent à leurs occupations quotidiennes, a augmenté aux États-Unis au cours des dernières années. Il y a eu d’ailleurs un certain nombre d‘événements organisés, destinés à accroître la visibilité de l’“open carry” et sensibiliser le public à cette pratique.

Les partisans de l’“open carry” mettent en avant des faits historiques et des statistiques, avançant que les criminels cachent habituellement leurs armes, un contraste frappant avec les citoyens respectueux des lois qui affichent fièrement leurs pistolets. Leur conclusion est : seuls les méchants cachent leurs armes, tandis que les bons gars les montrent.

Combien d’armes à feu en circulation aux Etats-Unis ?

Ce qui semble être une question simple est difficile à répondre. Il n’y a pas de registre national des armes, donc impossible d’en connaître le nombre exact.

Il y a des estimations, bien sûr. Selon Small Arms, basée à Genève, (la principale source d’information publique internationale sur les armes à feu) les États-Unis ont la population civile la mieux armée dans le monde, avec une estimation de 270 millions d’armes à feu.

Avec moins de 5% de la population mondiale, les Etats-Unis possèdent 35 à 50% des armes détenues par les civils dans le monde.

Cela représente une moyenne de 89 armes pour 100 habitants residents, loin devant le Yémen, avec 55 armes pour 100 habitants, ou la Suisse, 46 pour 100.

Certains types d’armes à feu ne nécessitent pas d’inscription. Celles qui doivent être déclarées sont les mitraillettes, fusils et carabines à canon de moins de 18 pouces, et silencieux.

Selon le Bureau des Alcools, Tabacs, Armes et Explosifs (ATF), qui gère ces enregistrements, il y a plus de trois millions d’armes déclarées. Mais combien d’autres détenues illégalement…

Est-ce que chaque Americain a une arme ?

Non pas du tout. Une grande majorité des Américains ne possède pas d’arme. Selon l’Enquête sociale générale de 2014 (ESG), menée tous les deux ans depuis 1972, la possession d’armes est à nouveau à son niveau le plus bas, comme en 2010. Seulement 32% des Américains possèdent une arme à feu ou vivent avec quelqu’un qui en possède une. Dans les années 70 et au début des années 80, c‘était 50%.

Le sondage a également révélé que 22% des Américains possèdent personnellement une arme à feu, contre 31% en 1985. Le pourcentage d’hommes qui possèdent une arme à feu est tombé de 50% en 1980 à 35% en 2014, tandis que le nombre de femmes qui possèdent une arme à feu est demeuré relativement stable depuis 1980, pour atteindre 12% en 2014.

Bien que le nombre d’achats d’armes à feu a augmenté, selon les données du FBI, les armes à feu sont détenues par moins d’individus. En d’autres termes, le propriétaire d’armes en possède probablement plusieurs.

Pourquoi des information précises sur les armes à feu sont si difficiles à obtenir ?

En 1996, la National Rifle Association “(NRA)” a fait pression sur le député Jay Dickey, un républicain de l’Arkansas pour inclure des dispositions budgétaires qui empêcheraient les Centres de Contrôle des Maladies (CDC) de réclamer plus de contrôle sur les armes à feu. Sous la pression de la NRA, 2,6 millions de dollars du budget de la CDC ont ainsi été supprimés, soit le montant exact que la CDC avait consacré à la recherche sur les armes à feu l’année précédente. L’interdiction a ensuite été étendue à toutes les recherches financées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (DHHS). Selon les scientifiques qui travaillent sur cette question, la recherche est de plus en plus difficile, le nombre d‘études a été réduit et cela a même découragé les chercheurs de parler de la violence armée lors de conférences médicales et scientifiques.

En 2013, quelques mois après le massacre à la Sandy Hook Elementary School, le président Obama a ordonné à la CDC de reprendre la recherche, le financement et la prévention en matière de violence par armes à feu, et de mettre dix millions de dollars dans les prévisions de budget 2014 et 2015. Les deux fois, la chambre des représentants, à majorité républicaine, a dit non.