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Petits séismes à répétition dans les Alpes françaises

Des petits tremblements de terre prolifèrent dans la vallée de la Maurienne depuis quatre mois.

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Petits séismes à répétition dans les Alpes françaises

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Mais que se passe-t-il exactement dans la vallée de la Maurienne ? Cette région du département de la Savoie, dans les Alpes françaises, est en effet “secouée” depuis quatre mois par de très nombreux petits séismes.


Ce phénomène prend de l’ampleur et commence à inquiéter la population locale. Et pour faire face à cette inquiétude, une réunion d’information, en présence de scientifiques, a été organisée dans le village de la Chapelle le 6 novembre dernier. A Montgellafrey, une autre localité de la région, des consignes de sécurité ont été mises en place.


Si à l’heure actuelle, les scientifiques n’ont que peu d’éléments pour expliquer l’origine de ces secousses, les dernières significatives datant du week-end dernier, ils viennent de mettre en place dans cette zone de nouveaux capteurs pour mieux la cerner.

“Un essaim sismique”

Plus de 400 séismes, la plupart de très faible intensité, ont été enregistrés depuis le mois de juillet par les appareils du réseau d’observation SISMalp piloté par l’Institut des sciences de la Terre de Grenoble. Mais, sur ce total, plus de 200 secousses ont été répertoriées rien qu’en octobre. Ces séismes n’ont provoqué aucun dégât. Des dommages peuvent être causés aux habitations lorsque le seuil d’une magnitude 5 sur l‘échelle de Richter est atteint.

Entre le 1er et le 27 octobre, 262 séismes ont été enregistrés dans la Maurienne. Trois tremblements de terre ont dépassé le seuil de magnitude 3 sur l‘échelle de Richter.

Pour tenter de comprendre ce phénomène, nous avons contacté Philippe Guéguen, docteur en sismologie, l’un des scientifiques du SISMalp.

“Depuis quatre mois, il y a une augmentation de la sismicité dans cette zone, avec pas mal de séismes ressentis par la population. Ils sont très concentrés en temps et en espace. C’est ce qu’on appelle un essaim sismique. Il y a une petite augmentation de la sismicité depuis 2015. Et depuis quatre mois, il y a une une augmentation qui est significative. Au mois d’octobre, parmi les 200 séismes qui se sont produits, un de magnitude 3,7, le jeudi 27 octobre, a un peu secoué la région.”

Comment expliquer ce phénomène ?

“Nous ne le savons pas trop. Premièrement, nous sommes dans les Alpes. Et des séismes de magnitude 3, c’est fréquent dans ce massif. Dans la vallée de la Maurienne, c’est un secteur où se trouve des failles actives, notamment la faille de Belledonne. Il y a, ensuite, des failles perpendiculaires à cette grande faille. Ces petites failles secondaires se “déchirent” et sont en extension. C’est ce mécanisme qui est à l’origine des plus importants séismes de ces derniers jours. Cet essaim s’aligne le long de ces failles secondaires. C’est donc un phénomène lié à la tectonique. Par contre, nous ne savons pas pourquoi, d’un coup, de petits séismes se déclenchent.”

Existe-t-il d’autres essaims sismiques dans les Alpes ?

“Oui, il y en a un bien connu vers Barcelonnette (département des Alpes-de-Haute-Provence), dans la vallée de l’Ubaye. Il y a eu plusieurs séquences d’activation de cet essaim depuis que l’on observe l’activité sismique dans les Alpes, au début des années 1990. Un autre essaim est localisé au-dessus de Chamonix (Haute-Savoie) sur la commune de Vallorcine. Là aussi, nous savons qu’il y a des périodes d’activation. En ce moment, ces essaims ne sont pas plus actifs que cela. Il y a eu une crise en 2012 dans l’Ubaye, où en deux mois il y a eu plus de 5 000 séismes qui ont été enregistrés. Ce sont des essaims vraiment très actifs dans le temps. Et lorsque l’on remonte dans le passé, ce n’est pas la première fois qu’il y a eu autant de séismes. Mais pour celui de la Maurienne, effectivement, nous n’avons pas observé, depuis 1989, une augmentation de la sismicité. C’est forcément tectonique, il y a une faille qui doit être à l’origine.”

Ce phénomène prend-t-il de l’ampleur ?

_“On a l’impression que le phénomène se renforce, mais il faut faire attention. C’est parce que ces derniers jours, il y a eu un séisme de magnitude 3,7. Mais c’est vrai que la sismicité depuis deux mois est soutenue avec peut-être une augmentation. Il faut que l’on affine un peu plus. C’est pour ça que nous avons ajouté cinq stations, très localisées pour améliorer pour avoir une meilleure représentation des structures à l’oeuvre (ndlr : plus de soixante capteurs sont installés dans les Alpes).

Qu’espérez-vous pouvoir faire ?

“Premièrement, c’est comprendre pourquoi d’un coup cet essaim se déclenche. Puis notre objectif à terme, ce serait d’être capable d’estimer quand l’essaim démarre, quelle pourrait être la magnitude la plus forte probable. Et quelle pourrait être la dynamique, la signature de cet essaim. Nous n’en sommes pas encore là. Chaque essaim est différent, c’est ça la difficulté. C’est pas parce que l’on observe quelque chose dans la vallée de l’Ubaye que l’on va le retrouver dans la vallée de la Maurienne.”

Cet essaim pourrait-il déclencher des avalanches ?

“Je ne sais pas si ce phénomène pourrait produire des avalanches. Nous savons qu’il y a des phénomènes induits, des vibrations. Sur place, les gens ressentent essentiellement des “explosions”, ils ont l’impression d’avoir des “bangs” d’avions supersoniques. Dans le cas de séismes un peu plus gros, oui ,éventuellement, ils pourraient déstabiliser le manteau neigeux. Mais nous n’avons pas d’éléments pour dire ça. Il n’y a pas de relevés significatifs, nous n’avons pas de capteurs acoustiques pour connaître le niveau sonore. C’est difficile de dire que cet essaim pourrait déclencher une avalanche. De toute façon, la Maurienne, c’est un couloir où il y a des avalanches.”

Ecoutez notre entretien avec Philippe Guéguen, réalisé le 31 octobre dernier, dans son intégralité :