DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Vers la fin du statut de réfugié pour les Rwandais en exil

Vous lisez:

Vers la fin du statut de réfugié pour les Rwandais en exil

Taille du texte Aa Aa

Il y a 23 ans, le génocide des Tutsis, puis les massacres de Hutus, jetaient des centaines de milliers de Rwandais sur les routes de l'exode. Plus de deux millions se réfugiaient dans les pays alentour et trois  millions se trouvaient déplacés à l'intérieur du pays des mille collines, sans compter ceux qui avaient fui les premiers massacres de Tutsis au début des années 60.

A l'époque, le statut de réfugié leur est rapidement accordé et garanti par l'ONU.

Aujourd'hui, le Haut commissariat aux réfugiés, en accord avec le Rwanda et les pays hôtes, ont prévu la cessation du statut de réfugié, c'est-à-dire que les 280 000 réfugiés rwandais encore dispersés dans le monde vont devoir choisir entre le rapatriement et l'intégration locale d'ici au 31 décembre 2017.

Une campagne de sensibilisation est menée depuis plus d'un an en République du Congo. Plusieurs conférences tripartite ont été menées en 2016 et 2017. Mais la cessation du statut est envisagé depuis 2011.

Le représentant du HCR à Brazzaville, Cyr Modeste Kouame, nous explique les actions menées cette année :

"Il y a eu des campagnes de sensibilisation renforcées sur le terrain, et même des visites qu'on appelle chez nous, "go and see" et "come and tell" : des réfugiés sont allés au Rwanda pour voir et informer les réfugiés ici. Il y a eu beaucoup d'échanges, beaucoup de rencontres. La campagne consistait à rencontrer les réfugiés, à passer le message. Ceux qui veulent partir seront invités à partir dans la dignité et la sécurité, le caractère volontaire reste sacro-saint. Ceux qui veulent rester en République du Congo, sont aussi libres de rester. L'engagement des autorités est clair, encore faut-il qu'ils puissent respecter les règles de séjour, ils doivent avoir un document d'identité valable et avoir un titre de séjour."

Le Rwanda d'aujourd'hui, celui de Paul Kagamé qui a interdit la distinction ethnique sur les papiers d'identité, se dit prêt à accueillir les derniers réfugiés. 

Des millions de réfugiés volontaires sont déjà rentrés au Rwanda, trois millions et demi pour être exact. Aujourd'hui, il reste environ 245 000 réfugiés en République démocratique du Congo et 10 200 en République du Congo. Si Kinshasa estime que l'application de de la cessation du statut de réfugié est trop précipitée, Brazzaville non, et collabore activement avec le HCR. 

Mais des associations congolaises s'inquiètent d'un éventuel rapatriement forcé après la date limite. Regroupés dans la plateforme SOS réfugiés, elles dénoncent déjà un rapatriement forcé dans un pays qui ne garantit pas leur sécurité et qui est régulièrement épinglé pour de nombreuses violations des droits de l'homme. 

Le HCR se veut rassurant :

"Ce qui est important pour nous, c'est la solution durable pour mettre fin au statut de réfugié. Si, à la dernière minute, ces réfugiés là se réveillent et veulent vraiment être intégrés, nous prendrons des dispositions particulières pour pouvoir les intégrer et les accompagner là-dedans. C'est clair , on ne peut être dans une situation de "in between", nous on veut pouvoir être fixé pour pouvoir les aider, qu'ils nous aident à les aider", explique Cyr Modeste Kouame.

  • Selon le HCR, 5 000 réfugiés Rwandais vivent à Brazzaville sur les quelques 10 200 que la République du Congo accueille. Dans l'ensemble, ils ne veulent pas repartir, car ils sont bien intégrés à la population. Beaucoup sont nés ici et étudient, ou exercent dans tous les secteurs d'activité de la société. Il n'existe plus de camp en tant que tel, mais des sites de regroupement, comme celui de Kintele, commune proche de Brazzaville, où 600 réfugiés vivent encore. 

De 2004 à nos jours, 500 Rwandais vivant en République du Congo ont été rapatriés au Rwanda, 16 en 2017. Et jusqu'ici, seulement 16 réfugiés ont fait la demande de titre de séjour (valable entre 1 et 5 ans) auprès des autorités congolaises qui ont mis en place un guichet unique.

800 réfugiés sont exemptés de la cessation de statut et vont donc continuer de bénéficier de la protection internationale.