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Future présidente de la Commission ? Margrethe Vestager répond aux rumeurs

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Future présidente de la Commission ? Margrethe Vestager répond aux rumeurs

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Efi Koutsokosta, euronews :
“Qu’est-ce ce qui a changé depuis que vous avez imposé à Amazon et Apple le remboursement à l’Irlande ou au Luxembourg, d‘énormes avantages fiscaux indus ? Avez-vous constaté des changements dans leurs pratiques fiscales?”

Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence :
“Je ne pense pas que les changements puissent arriver si vite. Il y a de grands progrès dans le remboursement des impôts impayés d’Amazon et vous savez, avec les Irlandais nous avons dû demander à la Cour européenne de s’en mêler parce que l’Irlande bien sûr devait aussi récupérer les impôts impayés, parce qu’aujourd’hui cela se fait aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg… les pays récupèrent les impôts impayés et je crois que c’est une très bonne chose”.

Efi Koutsokosta :
“Mais si l’on regarde les récents scandales comme les Paradise Papers, n’est-ce pas une preuve que l’Union européenne est assez impuissante contre les structures d‘évasion fiscale largement utilisées par les multinationales et aussi par certains états-membres?”

Margrethe Vestager :
“Le fait que nous ayons ces failles et maintenant nous en avons beaucoup, Luxleaks, Suisse leaks, Panama papers, Paradise papers, montre, je crois, que les choses sont en train de changer, que les secrets sont révélés. Les révélations sont partout. Et cela nous permet d’agir. Je peux faire ma partie mais les états membres peuvent changer la loi et mettre en oeuvre une loi qui arrête cela”.

Efi Koutsokosta :
“Dernièrement dans une interview, le Premier ministre du Luxembourg a déclaré : “Est-ce dans l’intérêt de l’Europe que les entreprises payent plus de taxes en Europe qu’aux Etats-Unis ou en Asie ?”

Margrethe Vestager :
“Pour moi c’est très simple. Là où vous réalisez vos bénéfices, là où vous avez vos clients et là où vous faites vos affaires, doit être aussi le lieu où vous contribuez à la société. Parce que vous ne pourriez pas faire d’affaires s’il n’y avait pas de routes, d’infrastructure numérique, de gens qualifiés, de clients… toutes les choses qui font une société respectable. Et bien sûr vous devez contribuer là-bas comme n’importe qui”.

Efi Koutsokosta :
“En dehors de ça, vous gérez de gros dossiers contre Google, si je ne me trompe pas, vous en avez trois. Quel est le dernier?”

Margrethe Vestager :
“Le premier que nous avons traité consiste à faire payer à Google une amende de 2.4 milliards d’euros
Cela suit son cours, Google en en train de mettre en place ce qu’il faut. Nous n’avons pas encore pris de décision, nous sommes en train de l‘étudier mais nous ne savons pas encore si cela marchera comme cela devrait, ça reste encore à prouver. Et nous continuons bien sûr d’enquêter sur les deux autres cas de Google à savoir comment Google a utilisé Android pour rester le premier moteur de recherche et le dernier cas porte sur sa plateforme publicitaire AdSense, sur la publicité parce qu‘à la base Google est une entreprise de publicité. Donc, bien sûr, c’est important de voir comment ils utilisent leur force, est-ce qu’ils permettent à d’autres de faire ce qu’ils ont eux-mêmes fait, rivaliser, innover, être présent sur le marché et présenter des produits à leurs clients?”

*Efi Koutsokosta *:
“Récemment vous savez, plusieurs pays ont ouvert des enquêtes sur la façon dont ces entreprises collectaient et utilisaient les données et je cite ici le chef du gouvernement italien : ‘le bigdata est la ressource de notre économie mais ça pourrait être un problème en particulier quand il crée un grand marché puissant qui peut servir à verrouiller la concurrence’. Partagez-vous son point de vue?”

Margrethe Vestager :
“Nous avons pour habitude de penser à l’argent comme une ressource mais les données peuvent être la même ressource. Parce que c’est une nouvelle sorte de monnaie quand on paye, quand on se sert d’un moteur de recherche ou d’un autre service numérique, on paye en renonçant à nos données qui sont utilisées pour créer nos profiles, qui sont vendues à des entreprises de publicités ou toutes autres sortes d’entreprises.
Donc c’est une source d’innovation, ça peut être un frein pour accéder au le marché et bien sûr si vous créez une grande quantité de données, cela peut aussi verrouiller le marché. Personne ne peut se rendre compte de l’ampleur de ce qu’ils ont inventé. Et je pense que c’est important de
réfléchir à cela pour obtenir tout le positif du big data. Parce que l’on peut faire des recherches extraordinaires, trouver des traitements pour des cancers très spécifiques. On peut faire tellement de bonnes choses. Mais si l’on ne maîtrise pas le côté négatif des données, il y a biensûr un risque de tollé. Les gens peuvent avoir l’impression de perdre le contrôle.

Efi Koutsokosta :
Concernant la politique, on a parlé d’ingérence russe dans les élections d’autres pays grâce aux réseaux sociaux. Partagez-vous ces craintes et que va-t-il falloir faire ?”

Margrethe Vestager:
“C’est une énorme prise de conscience pour nous tous ce qui se passe aux Etats-Unis. Que chacun de nous puisse être un citoyen critique aussi sur les réseaux sociaux. Nous devons être des citoyens critiques comme à l‘âge d’or de la presse écrite. Et je crois que cette histoire d’ingérence russe nous rappelle en quelque sorte que tout ce que nous avons à faire, c’est de penser par nous-mêmes”.

Efi Koutsokosta:
“Parlons de l‘égalité homme/femme, c’est un sujet qui est toujours d’actualité en Europe et pas seulement. Parce que vous êtes une des rares à avoir un poste à niveau élevé, avez-vous déjà ressenti de la discrimination pendant votre carrière politique simplement parce que vous êtes une femme ?”

Margrethe Vestager :
“Je pense que l’on m’a posé des questions très différentes de celles que l’on pose à un homme. Sur les vêtements, sur ce que je fais de mon temps libre, sur quelle sorte de mère je suis, mais vous savez j’ai essayé de retourner les choses en disant, et bien le fait d‘être une femme me donne l’opportunité d‘être au pouvoir d’une manière différente. Parce que je crois que nous devons changer le pouvoir. Parce qu’au fil des décennies les femmes ont dû se transformer en une sorte d’homme, dans leurs façon de s’habiller, leur coupe de cheveux, le niveau de leur voix quand elles parlent. Et je crois que nous devons changer le pouvoir. Et peut-être une manière de dire, oui je suis une femme, et je suis traitée différemment, peut être que c’est le moyen parce que ce n’est pas une vieille lutte de pouvoir, ce n’est pas le pouvoir des hommes que nous voulons. Nous voulons le pouvoir au service de meilleurs objectifs. Et je crois que ça serait extrêmement libérateur pour les hommes aussi”.

Efi Koutsokosta :
“Vous avez été la première femme ministre dans votre pays, le Danemark. Et je voudrais vous demander, parce qu’il y a beaucoup de rumeurs disant que plusieurs leaders politiques, notamment Emmanuel Macron, aimeraient vous voir en prochaine présidente de la Commisison européenne. Seriez-vous prête à vous lancer ? Devenir la première femme président de la Commission ?”

Margrethe Vestager :
“J’ai entendu les rumeurs aussi et et ça me rappelle que la politique européenne est comme la politique danoise, il y a de nombreuses rumeurs qui courrent. Ce que j’en pense, c’est que ça me va droit au coeur, je le prends comme un compliment, que les gens puissent envisager aussi mon rôle dans le futur. Mais c’est essentiellement ce que j’en pense parce que vous savez, j’ai un travail quotidien à assurer”.