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Antarctique, expédition sur un continent en danger

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Antarctique, expédition sur un continent en danger

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Alors qu’au Pôle Nord, la superficie des glaces du Groënland se réduit considérablement année après année, celle de la banquise de l’Antarctique demeurait relativement stable. Mais depuis quelques mois, les experts ont acquis la certitude que le sixième continent subit lui aussi de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Sur l‘île du Roi-George, nous avons rencontré des scientifiques qui font le constat d’une dégradation rapide de la situation : ils ont mesuré une augmentation des températures sur la dernière décennie et une réduction de l’extension hivernale de la banquise avec des conséquences dramatiques sur la faune.

À environ 120 km de la péninsule Antarctique, l‘île du Roi-George se réchauffe : depuis les années 50, la température y augmente d’un demi-degré tous les 10 ans. Le continent antarctique comme le pôle Nord est l’une des régions du monde où les conséquences du réchauffement climatique sont les plus criantes.

Notre reporter Pierre Morel accompagne Anna Beatriz Oaquim, une océanographe brésilienne, et Eduardo Oliveira, son collègue uruguayen, lors de leur campagne d’analyse sur un lac gelé. Ils font partie des experts du monde entier accueillis pendant l‘été austral sur la quinzaine de bases scientifiques dont dispose l‘île.

Une région cruciale pour étudier les changements climatiques

“Le pôle sud et le pôle Nord sont des environnements où l’on trouve la plus faible influence anthropique, c’est-à-dire les plus faibles traces de présence humaine, explique la jeune femme. Donc sur place, c’est beaucoup plus facile de mettre en évidence d‘éventuels changements climatiques, assure-t-elle avant d’ajouter : Les pôles sont des environnements amplificateurs de tous les phénomènes qui ont lieu partout ailleurs sur la planète.”

Point of view

Ce que nous montrent nos recherches, c'est une augmentation des températures sur la dernière décennie.

Anna Beatriz Oaquim Océanographe en Antarctique

Plusieurs fois par semaine, Anna et Eduardo prélèvent des échantillons d’eau issue de la fonte des glaces. “À un mètre d‘écart, la température a changé d’un degré,” relève l’océanographe. Son objectif : étudier les concentrations de phytoplancton pour évaluer l’ampleur des changements climatiques. “J‘étudie les différences de température, de salinité, de pH et d’oxygène présent dans l’eau : on fait des mesures tous les 1 m de profondeur pour établir les éventuelles variations de température en fonction de la concentration de micro-organismes, explique la jeune femme. Ensuite, j’analyse ces différentes mesures pour avoir des informations sur les changements environnementaux et climatiques,” poursuit-elle.

Le vent permanent en Antarctique est un allié pour les scientifiques. Emportées sur des milliers de kilomètres, des particules du monde entier viennent se déposer sur place. “Peut-être que l’on ne va pas voir des traces de toutes les activités dans le monde entier, reconnaît Anna Beatriz Oaquim. Mais je peux vous affirmer qu’il est possible de relever des traces de certaines activités humaines au niveau des pôles,” assure-t-elle.

Augmentation des températures sur la dernière décennie

Tous ces échantillons viennent alimenter une sorte d’encyclopédie qui après analyse, donne des clés pour comprendre l‘évolution du climat en Antarctique.
Et les premières conclusions d’Anna sont sans appel. “Ce que nous montrent nos recherches, c’est une augmentation des températures sur la dernière décennie et en comparant ces données avec d’autres déjà publiées, on peut voir que cette élévation n’est pas seulement régionale, dit-elle. Quand on compare avec des données des hémisphères nord et sud, on voit que de façon globale, la température tend à augmenter,” souligne-t-elle.

La surface de banquise dans l’Antarctique, jusqu’alors relativement préservée des effets du réchauffement climatique, s’est dramatiquement réduite d’après les derniers relevés. Par exemple, l’extension hivernale de la glace n’a été que de 14 millions de kilomètres carrés en novembre 2016 contre une moyenne de 16 habituellement ce mois-ci. Cette réduction brutale d’une ampleur inédite a été provoquée en partie par des températures supérieures de 2 à 4°C au-dessus des normales de saison.

Des bouleversements alarmants pour la faune

Responsable météo uruguayen, Eduardo Oliveira voit depuis vingt ans, lors de missions sur place, le climat changer et des icebergs toujours plus grands se détacher des glaciers. “Les icebergs font parfois 20 mètres de haut et plus de 200 mètres de large,” raconte-t-il. Il nous montre un glacier derrière lui : “Avant, il était beaucoup plus haut, il y avait beaucoup plus de glace, mais ces dernières années, il s’est beaucoup réduit,” constate-t-il.

La hausse des températures, la fonte des glaciers, la pluie qui remplace la neige, la pollution atmosphérique : l’ensemble de ces phénomènes provoque en Antarctique, des bouleversements qui alarment les scientifiques.

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