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"Le Bélarus semble vouloir s'ouvrir, l'opposition n'y croit pas"

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"Le Bélarus semble vouloir s'ouvrir, l'opposition n'y croit pas"

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À l'occasion d'une édition spéciale d'Insiders consacrée au Bélarus, notre reporter Valérie Gauriat a rencontré sur place, des opposants politiques, des militants des droits civils et des officiels de ce pays à l'Est de l'Union européenne. Elle a constaté de légers changements dans la situation politique, les autorités ayant par exemple, fait preuve d'ouverture en autorisant pour la première fois, les commémorations du Jour de la Liberté le 25 mars dernier, même si plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées ce jour-là. **Ces évolutions interviennent alors que le gouvernement de Minsk semble vouloir se rapprocher de Bruxelles sans pour autant, rompre avec la Russie qui est son premier partenaire commercial.**

Sophie Claudet, euronews :

"Valérie, vous avez rencontré au Bélarus, plusieurs dissidents, pour certains, de haut rang. Était-ce difficile d'entrer en contact avec eux ?"

Valérie Gauriat :

"En réalité, cela a été assez facile. Toutes ces personnes ont soif de pouvoir s'exprimer. En parlant aux médias, en particulier étrangers - puisque les médias locaux sont quasiment muselés -, ils ont l'opportunité de se faire entendre."

Sophie Claudet :

"Dans votre reportage, des personnes disent avoir peur, peur de la police, du système, du gouvernement. Cette peur était-elle palpable pour vous en tant qu'étrangère au Bélarus ?"

Valérie Gauriat :

"Les gens disent : 'L'important, ce n'est pas ce que vous voyez, mais ce que vous ne voyez pas'. Et ils nous racontent des histoires d'intimidation, des histoires de personnes qui perdent leur emploi parce qu'elles se sont exprimées trop ouvertement."

"Les autorités tiennent beaucoup à améliorer leurs relations avec l'UE"

Sophie Claudet :

"On voit cependant qu'il y a un petit espace de liberté ou du moins, une possibilité que les gens s'expriment. On a vu que les commémorations de cette année ont été autorisées par le gouvernement. On a aussi vu qu'un mouvement politique d'opposition avait été toléré pour la première fois depuis dix ans. Est-ce le signe que le Bélarus s'ouvre enfin ?"

Valérie Gauriat :

"Il y a une ouverture, des changements. Le simple fait que des commémorations se soient déroulées le 25 mars est un marqueur important. Un nouveau dialogue se met en place entre le gouvernement et la société civile. Le gouvernement bélarusse a un nouveau plan d'action pour les droits de l'homme. Il envisage des changements dans la constitution, une réforme électorale. Il réfléchit à des évolutions concernant la peine de mort. Ce qui est d'ailleurs, une demande de l'Union européenne.

De manière générale, les autorités tiennent beaucoup à améliorer leurs relations avec l'Union européenne dans l'idée de créer un nouvel équilibre entre les sphères d'influence d'un côté, de l'UE et de l'autre, de la Russie dont le Bélarus reste très dépendant."

Sophie Claudet :

"Peut-on craindre que ces changements ne soient que superficiels pour plaire à l'Union européenne ?"

Valérie Gauriat :

"Le processus sera probablement très long puisque, comme me le disait le ministre bélarusse des Affaires étrangères, les mentalités doivent évoluer."

Sophie Claudet :

"Donc les autorités du Bélarus veulent vraiment changer, ce n’est pas superficiel ?"

Valérie Gauriat :

"Elles disent vouloir changer. Mais les leaders de l'opposition n'y croient pas. Ils disent que cela ne suffit pas et que la répression reste trop forte. La torture continue d'exister selon eux. Et l'opposition est réprimée à quelques rares exceptions près."

"Remise en cause de l'indépendance et de la langue bélarusses"

Sophie Claudet :

"Abordons l'un des points fondamentaux évoqués par l'une des personnes que vous avez interviewée : sur place, les gens ont-ils peur que le Bélarus soit annexé par la Russie comme dans le cas de la Crimée ?"

Valérie Gauriat :

"J'ai rencontré la responsable du club de la presse. Elle a indiqué qu'avec les événements en Ukraine, certains médias russes ont commencé à remettre en cause l'indépendance du Bélarus et même sa langue puisque le russe est l'une des deux langues officielles du pays. Et la moitié des contenus dans les médias bélarusses est en russe.

Donc les craintes ne concernent pas vraiment une prise de contrôle du territoire, mais plutôt une prise de contrôle intérieure avec la résurgence d'une très forte influence russe. C'est, je dirais, le principal motif de préoccupation.

D'un autre côté, d'autres peuvent dire que le Bélarus est petit, mais qu'il n'est pas intéressant en termes géopolitiques et donc, que la Russie n'a aucun intérêt à envahir le Bélarus. Et il y a aussi le fait que l'économie du Bélarus dépend de la Russie, donc les Russes n'ont pas vraiment besoin de mettre davantage de pression sur le pays."