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L'intenable situation humanitaire au Soudan du Sud

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L'intenable situation humanitaire au Soudan du Sud

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Des carcasses de véhicules brûlés jonchent la route qui relie la piste d’atterrissage de Bentiu au camp de déplacé internes, dans la capitale de l'État septentrional d'Unité, au Soudan du Sud. Ici, les affrontements s'enchaînent depuis le début de la guerre civile en 2013.

Après une année de calme relatif, les combats entre les forces gouvernementales et l'opposition ont repris en intensité. Pour Hiroko Hirahara, chef de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud, ce regain de violences est lié aux pourparlers de paix prévus ce mois-ci en Ethiopie :

"Les gens ont commencé à penser de manière plus politique, car ils veulent prendre position. Et je ne parle pas seulement de position politique, mais aussi des zones d'occupation, parce que quand le forum de revitalisation abordera le thème de l'application de l'accord de paix, alors cette question sera forcément soulevée : quel est votre territoire ? Qui êtes-vous et qui représentez-vous ?"

La guerre civile entre dans sa cinquième année au Soudan du Sud. Des conflits armés sont en cours dans les Etats d'Unité, Jonglei, Nil Supérieur, et Equatoria central. Les ONG craignent que la situation ne s'enflamme aussi dans l'Ouest du pays.

La guerre a engendré un contexte humanitaire désastreux. Plus de deux millions de personnes sont réfugiées dans les pays voisins. Et on dénombre autant de déplacés internes.

Le plus grand camp de déplacés du pays se trouve à Bentiu. Environ 120 000 personnes survivent dans des installation de fortune sous la protection des Nations Unies et l'assistance des ONG et d'agences comme l'UNICEF. Le chef du bureau de Bentiu, Mustapha Ben Messaud, tire la sonnette d'alarme :

"On a une situation humanitaire qui devient quasiment intenable avec des zones qui restent sans accès pendant plusieurs semaines. Et depuis 2013, 100 de nos collègues (humanitaires nldr) ont perdu la vie. Et la situation est la même pour la population civile, elle fait face aux violences. Durant les six dernières semaines, 30 000 enfants ont été déscolarisés du fait des derniers combats dans cette zone géographique".

Les hostilités incessantes gênent le volet humanitaires, et on a atteint des niveaux extrême d'insécurité alimentaire. L'an dernier, la famine a été déclarée dans plusieurs zones de l'Etat d'Unité et 100 000 personnes ont souffert de la faim.

Aujourd'hui, plus de 6 millions de Sud-Soudanais souffrent d'insécurité alimentaire, conséquence directe du conflit. L'un des premiers indicateurs, c'est le nombre d'enfants souffrant de malnutrition aigüe. A l’hôpital de Bentiu, leur nombre grandit semaine après semaine.

"Actuellement, nous faisons face à 120 cas d'admissions pour malnutrition aiguë sévère, et ces cas ont augmenté ces derniers mois. C'est lié à l'afflux de déplacés internes qui arrivent ici. Si ces enfants ne sont pas pris en charge, ils finissent par mourir", alerte l'infirmier Giau Nicholas Chege.

De plus en plus de mamans arrivent en provenance de Leer, une ville du centre du pays actuellement sous le feu des armes. Nyajiel, trente ans, mère de cinq enfants, a marché six jours sans nourriture pour rejoindre l’hôpital. "Beaucoup de personnes sont mortes, d'autres sont partis et ne sont jamais revenues. J'ai vu de nombreux corps au sol. Personnes ne les a enterré. C'est ce qui nous a décidé à fuir", témoigne-t-elle.

La guerre civile a gagné le pays seulement deux ans après l'obtention de son indépendance du Soudan, en 2011. Le plus jeune pays au monde a plongé dans la crise après que le président Salva Kiir, de l’ethnie Dinka, a limogé son vice-président Riek Machar, un Nuer.

Le point de départ d'un conflit ethnique dans lequel les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre. Ce sera le sujet de notre prochain épisode d'Aid Zone, le 31 mai.