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En Jordanie, la contestation sociale fait tomber le Premier ministre

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En Jordanie, la contestation sociale fait tomber le Premier ministre

En Jordanie, la contestation sociale fait tomber le Premier ministre
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Le Premier ministre jordanien Hani Mulqi a été contraint à la démission lundi, après plusieurs jours d'une contestation populaire inédite depuis des années dans le royaume contre un projet de réforme fiscale et la hausse des prix. A la tête du gouvernement depuis mai 2016, "Hani Mulqi a présenté sa démission au roi Abdallah II qui l'a acceptée" et a aussitôt désigné le ministre de l'Education Omar al-Razzaz pour former un nouveau cabinet, selon une source gouvernementale. Alors que la Jordanie est sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) pour mener des réformes et réduire ses déficits, un récent projet fiscal et l'annonce d'une hausse de certains prix ont suscité une contestation grandissante contre le gouvernement Mulqi. Depuis cinq jours, des milliers de personnes se sont rassemblées en soirée devant les bureaux du Premier ministre à Amman, réclamant sa démission et criant "Le peuple jordanien ne s'agenouillera pas" ou "Le peuple veut la chute du gouvernement". Ce mouvement de contestation, qui a touché d'autres villes, est le plus important depuis fin 2011 dans ce pays de quelque 10 millions d'habitants. Il est rythmé par le ramadan, mois de jeûne musulman, durant lequel la vie nocturne est traditionnellement plus animée. La colère populaire vise un projet de loi élargissant l'impôt sur le revenus à des salaires plus modestes. Présenté sur recommandation du FMI, il prévoit une augmentation d'au moins 5% des impôts pour les particuliers et impose désormais les personnes ayant un salaire annuel de 8.000 dinars (environ 9.700 euros). Les impôts des entreprises doivent augmenter de 20 à 40%. L'accueil de centaines de milliers de réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays, voisin de la Jordanie, pèse lourdement sur l'économie du royaume où 18,5% de la population jordanienne est au chômage et 20% à la limite du seuil de pauvreté selon des chiffres officiels. - Arrestations, troubles - Les syndicats n'ont pas immédiatement réagi à l'annonce de démission et n'ont pas non plus précisé s'ils maintenaient leur appel à une journée de grève nationale mercredi. Lors d'une conférence de presse lundi, le chef de la Sûreté générale, Fadel al-Hamoud, a annoncé l'arrestation, lors des manifestations, de 60 personnes accusées "d'avoir attaqué des biens publics et privés" et "agressé des membres des forces de l'ordre dont certains ont été atteints par balles". Une vidéo a été diffusée montrant des personnes bloquant des rues avec des pneus enflammés ou lançant des pétards sur une voiture de police ou détruisant une caméra de surveillance. "Certains éléments irresponsables ont eu recours à la violence, ce qui est inacceptable", a dit M. Hamoud. "La démission de Mulqi ne suffit pas pour mettre fin à la contestation dans la rue et le nouveau gouvernement" doit trouver les moyens d'ouvrir un dialogue sur le projet de loi fiscale, a dit à l'AFP Adel Mahmoud, analyste spécialisé en sciences politiques. James Dorsey, un expert du Moyen-Orient, acquiesce. "Les changements cosmétiques" comme le remplacement du Premier ministre peuvent ne pas satisfaire les protestataires. - "Enflammer le pays" - En 2016, le FMI a approuvé une ligne de crédit de 617 millions d'euros sur trois ans. En contrepartie, le royaume jordanien s'est engagé à mettre en place des réformes structurelles pour, entre autres, réduire progressivement sa dette publique à 77% du Produit intérieur brut (PIB) d'ici 2021, contre 94% en 2015. Dans une première tentative pour apaiser la contestation, le roi Abdallah II avait appelé à "un dialogue national global et raisonnable à propos du projet de loi sur l'impôt". Depuis janvier, plusieurs hausses de prix ont frappé des produits de première nécessité dont le pain en raison d'un relèvement des taxes. Le prix du carburant a aussi augmenté à cinq reprises cette année, alors que les factures d'électricité ont connu une hausse de 55% depuis février. De nouvelles hausses qui devaient entrer en vigueur jeudi dernier ont finalement été gelées vendredi en raison du mécontentement. "Celui qui augmente les prix cherche à enflammer le pays", ont scandé ces derniers jours les manifestants.
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