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Mondial-2018: une "course de fond" pour les caricaturistes sportifs

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Mondial-2018: une "course de fond" pour les caricaturistes sportifs

Mondial-2018: une "course de fond" pour les caricaturistes sportifs
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"Bien sûr que je suis excité! J'espère que je ne vais pas me trouer, comme disent les footeux", lance Thibaut Soulcié: ce caricaturiste va vivre la Coupe du monde enfermé chez lui, dans son petit atelier bordelais, à dessiner quotidiennement pour le journal L'Equipe. Comme Paul Pogba ou Antoine Griezmann, Soulcié s'apprête à "disputer" son deuxième Mondial. "La différence, c'est qu'ils feront au mieux sept matches, s'ils la gagnent. Moi, quoi qu'il arrive, il faut que je fasse trente dessins. J'espère être bon. C'est une course de fond. C'est contre moi-même que je me bats !", s'amuse le trentenaire auprès de l'AFP. Le caricaturiste a déjà quelques jolis faits d'armes sur les Bleus. On lui doit notamment une série sur la chance de Didier Deschamps, "la bonne grosse chachatte (chance en argot) à son Didier", où il dessine littéralement un chat à côté du sélectionneur, souvent verni dans les grandes compétitions. Après la défaite en finale de l'Euro-2016, Soulcié dessine le fameux chat... écrasé par le bus de l'équipe du Portugal: "M(i)aou, plotch". "Deschamps, je l'ai fait en chevaucheur de chat, mais aussi en Passe-Partout (le personnage de Fort Boyard) ou en moniteur de colo de vacances. Ce qui est rigolo, c'est de changer le réglage. Après, Twitter est un concurrent redoutable, avec les vannes, les montages", poursuit-il, en pleine réflexion sur les jeux de mots autour de Pogba: "Pog-non, peut-être ?". Il a aussi singé une conférence de presse insipide du capitaine français Hugo Lloris, avant le quart de finale de l'Euro contre l'Islande, face à un auditoire de vikings transformés en glaçons: "Les Islandais sont chauds bouillants. Lloris refroidirait un volcan". - "Calmos" - Pour un dessin publié dans L'Equipe et rémunéré environ 190 euros, Soulcié envoie au moins six propositions. Ce sont ses esquisses qui lui prennent le plus de temps. Une fois le choix de sa rédaction en chef arrêté, il lui faut une quarantaine de minutes pour terminer la caricature. Eloigné du monde du foot, il assure ne jamais avoir eu de problème avec ses dessins et bénéficier d'une carte blanche de la part du journal. "A l'Euro, il y a juste une fois où mes rédac' chefs m'ont dit: +un proche de Deschamps nous a appelés pour dire calmos+. Je crois que c'était avant les demi-finales, à des moments où ils sont stressés". Auparavant, le caricaturiste se souvient d'avoir dû refaire un dessin visuellement un peu dur pour Franck Ribéry. "Ils m'ont dit, +on ne voudrait pas le fâcher, donc refais le dessin un peu moins saignant+. J'ai changé le visage", mais pas la blague, des cours de grammaire et d'orthographe donnés à l'ancien ailier des Bleus. Boucle d'oreille et look plutôt branché, Soulcié, qui vient aussi de publier un album ("Le monde est Foot", éditions du Chêne), reconnaît que le monde du dessin n'est pas toujours réceptif à l'univers du foot: "Ce sont des gens un peu intellectuels et cultivés, le premier réflexe c'est de dire, +ah non, le foot c'est pour les beaufs+". Les dessinateurs du ballon rond ne sont d'ailleurs pas légion. Parmi eux, Guillaume Bouzard a notamment travaillé pour Le Monde ou So Foot, et réalisé plusieurs albums chez Dargaud. - "Un art perdu" - Dans une grande compétition, "il y a une vraie dramaturgie, c'est un peu comme une série, ça me parle beaucoup pour faire de la bande dessinée", raconte-t-il à l'AFP. "J'adore la Coupe du monde, ca dure un mois, c'est l'été, il fait chaud, on ferme les rideaux, un peu comme le Tour de France, on s'attache à une équipe. On est comme Monsieur Tout-le-monde. On a les mêmes élans de tristesse ou de vulgarité". En Espagne, le caricaturiste Kap travaille pour le quotidien sportif catalan Mundo Deportivo. "Le plus important, c'est la complicité avec le lecteur", abonde-t-il. "Moi, l'avantage, c'est que je suis dans un journal pro-Barça. Alors, si je n'ai pas d'idée, je fais un dessin anti-Madrid et ça marche! Dans l'équipe d'Espagne, il nous manque un leader. Au Barça, on a Messi. En Espagne, c'est qui ? Je n'aime pas Isco, peut-être parce qu'il est madrilène (rires)". Le dessin de presse reste un univers fragile économiquement. Kap reçoit "une soixantaine d'euros par dessin. On a beaucoup souffert de la crise en Espagne, j'ai beaucoup de collègues qui ont des difficultés". Valeur montante de L'Equipe et collaborateur de Télérama et Marianne, Soulcié s'en sort beaucoup mieux (entre 3.000 et 4.000 euros par mois) mais il s'interroge: "Le dessin de presse, c'est presque un art perdu, un truc du XIXe siècle... Et le dessin de presse sportive, c'est vraiment la micro-niche".
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