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Sous pression de Trump, la Californie juge les clandestins à la chaîne

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Sous pression de Trump, la Californie juge les clandestins à la chaîne

Sous pression de Trump, la Californie juge les clandestins à la chaîne
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Les prévenus entrent en file indienne dans la salle de ce tribunal de Californie, à l'appel du juge: sept hommes et deux femmes, migrants sans papiers interpellés la veille. Finis les examens un cas après l'autre: la politique de tolérance zéro contre l'immigration illégale, voulue par le président Trump, impose ces séances groupées, face aux dossiers qui s'empilent. Les autres Etats américains frontaliers du Mexique ont recours depuis 2005 à ce traitement à la chaîne. La Californie faisait jusqu'ici de la résistance, mais l'accumulation des dossiers est devenue intenable. Assis côte à côte dans cette salle d'audience de San Diego, les neuf clandestins portent les vêtements dans lesquels ils ont été interpellés. Leurs visages témoignent de la fatigue et des privations qu'ils ont endurées ces derniers jours. Il y aussi du découragement, au terme d'un parcours douloureux qui devait leur offrir une nouvelle vie mais va s'achever par une expulsion du territoire américain. Leurs avocats n'ont pu les rencontrer que quelques heures avant l'audience, dans un sous-sol du bâtiment, pour leur expliquer notamment qu'il s'agissait, non pas d'un banal tribunal migratoire, mais d'une cour pénale, devant laquelle ils encourent jusqu'à six mois derrière les barreaux. Les représentants du ministère public leur expliquent que, s'ils plaident coupables, il peuvent échapper à la prison, mais qu'ils seront immédiatement expulsés. Des organisations de défense des migrants soulignent que toute condamnation pénale étant inscrite au casier judiciaire, elle compromettrait les perspectives de ces clandestins en cas de future demande d'asile ou de visa. "C'est fait d'une façon telle que les gens sont littéralement traités comme dans une chaîne de montage", explique à l'AFP Michelle Angeles, une avocate commise d'office. Son client s'appelle Jose Sanchez, un jeune homme de 27 ans qui n'a jamais terminé ses études secondaires. "Que plaidez-vous ?", lui demande le juge. "Culpable", murmure-t-il en espagnol, sur le champ traduit par un interprète: "Coupable" Interrogés de façon identique par le magistrat Mitchell Dembin, les autres répondent chacun à leur tour: "Coupable..., pas américain... Je comprends la peine". - Appliquer les directives - Les avocats se battent pied à pied durant l'audience contre ce qu'ils considèrent comme une justice expéditive. Lors de vifs échanges avec le juge Dembin, ils demandent le renvoi de l'audience et la remise en liberté de leurs clients, afin de leur donner le temps de préparer leurs dossiers. Ils relèvent aussi la présentation de ces migrants au tribunal dans un état indigent. Certains n'ont même pas pu se laver avant l'audience. "Je n'annulerai pas les poursuites, je ne les remettrai pas en liberté", rétorque le magistrat, sur un ton de frustration. "Ce n'est pas une réunion publique!", s'emporte celui qui est, à l'origine, spécialisé dans la cybercriminalité, précisant qu'il a dû statuer sur 60 autres dossiers ces cinq derniers jours. Le juge Dembin se dit dans l'obligation de se conformer aux nouvelles directives du ministère de la Justice. Le ministre Jeff Sessions a réclamé à la Californie de se plier à la politique de "tolérance zéro" déjà pratiqué par d'autres Etats. La plupart des neuf prévenus qui comparaissent ensemble ce jour-là sont mexicains, partis vers les Etats-Unis pour s'offrir une vie meilleure et en faire profiter financièrement leurs proches, restés au pays. Agé de 24 ans, Lucio Martinez voulait trouver une place dans un restaurant pour aider à élever son jeune fils. Juan Manuel Murillo (41 ans), lui, a tenté sa chance pour faire réaliser cette opération des yeux dont il a besoin. Ces audiences pénales collectives, connues sous le nom de code "Operation Streamline" (opération rationalisation), ont eu lieu pour la première fois en 2005 au Texas, sous l'influence du président George W. Bush, lui aussi partisan de la "tolérance zéro". Jusqu'ici, c'est la procédure civile qui était la règle, via les tribunaux migratoires. Les poursuites pénales étaient réservées aux récidivistes ou aux migrants possédant des antécédents judiciaires. Aujourd'hui, le flux de clandestins est tel que "vous n'allez pas pouvoir offrir la même justice a tout le monde", estime Lynn Marcus, professeure de droit à l'université d'Arizona et spécialiste en droit des étrangers. Au tribunal de San Diego, l'audience s'achève et le juge Dembin souhaite "bonne chance" aux infortunés dont il a scellé le sort. Dans une poignée de minutes, une nouvelle fournée de cinq hommes et deux femmes leur succéderont, et tout recommencera.
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