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"On n'est pas une décharge": en Serbie, vent de révolte contre une mine de lithium

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Par Euronews  avec AFP
Une route bloquée par des militants écologistes à Belgrade, Serbie, le 11 décembre 2021
Une route bloquée par des militants écologistes à Belgrade, Serbie, le 11 décembre 2021   -   Tous droits réservés  Darko Vojinovic/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.   -  

Pour la troisième semaine consécutive, des militants écologistes ont bloqué plusieurs route en Serbie samedi pour protester contre un projet de mine de lithium controversé.

Dans la vallée du Jadar en Serbie, des fermes et des champs de maïs s'étalent à perte de vue mais ces paysages bucoliques cachent l'un des plus importants gisements de lithium d'Europe. Des réserves qui alimentent une vaste fronde dans le pays des Balkans.

Les écologistes sont vent debout contre ce qu'ils voient comme un désastre environnemental annoncé dans cette région de l'ouest de la Serbie.

Au-delà, l'avenir des réserves du métal utilisé dans les voitures électriques cristallise la défiance envers un gouvernement accusé d'être de plus en plus autocratique mais qui veut tirer partie des aspirations de l'Europe à un avenir plus vert.

Des milliards d'euros sont potentiellement dans la balance. Le géant minier anglo-australien Rio Tinto à la tête du projet affirme qu'il est susceptible d'ajouter un point de pourcentage au PIB national et de créer des milliers d'emplois.

En quelques années, cette région pauvre proche de la Bosnie pourrait devenir une pièce essentielle de la transition écologique de l'Europe vers des technologies à plus faibles émissions de carbone.

Le lithium entre dans la composition des batteries des voitures électriques et des appareils électroniques. Les constructeurs automobiles du monde entier sont engagés dans une course vers l'électrique et la demande "d'or blanc" devrait s'envoler. La seule Union européenne estime que ses besoins en lithium seront multipliés par 18 en 2030.

Mais les écologistes comme les habitants accusent Rio Tinto et le président serbe Aleksandar Vucic d'agir dans le plus grand secret et de refuser de publier les rapports d'impact environnemental.

"Tout sera détruit"

La population locale craint que la région ne soit dévastée par l'extraction du métal.

"Si le projet du Jadar passe, tout sera détruit autour de nous", dit à l'AFP Dragan Karajcic, qui habite le village de Gornje Nedeljice. "Partout où il opère, Rio Tinto fait des ravages."

L'opposition au projet est aussi nourrie par un ressentiment rampant contre le gouvernement. Des milliers de manifestants ont bloqué les principaux axes routiers ces dernières semaines pour critiquer sa gestion du projet.

Partout où il opère, Rio Tinto fait des ravages.
Dragan Karajcic
Habitant de Gornje Nedeljice

Fin novembre, des attaques violentes d'hommes masqués contre des manifestants dans la ville occidentale de Sabac ont suscité l'indignation, des internautes accusant le pouvoir de se servir de nervis pour faire taire la dissension.

Avec en ligne de mire de probables législatives l'année prochaine, Aleksandar Vucic a tenté de calmer les esprits en promettant d'amender ou de retirer des lois accusées par les protestataires de favoriser le projet, soulignant que rien n'était joué.

"Je vais devoir m'assoir et voir si au fond, on veut de cette mine ou pas", a-t-il dit cette semaine.

D'après Rio Tinto, le gisement a la capacité de produire assez de lithium pour alimenter plus d'un millions de véhicules électriques par an. La région recèle également de vastes réserves de borate servant à produire des panneaux solaires et des éoliennes.

La future mine se situerait sur les rives du Jadar, un affluent de la rivière Drina, une source vitale pour l'agriculture en Serbie comme en Bosnie voisine. Les écologistes disent que toute contamination par la mine toucherait une zone bien plus large.

Milliers d'emplois

Rio Tinto, qui explore la région depuis 2004, répond à ces craintes en promettant d'observer "les normes environnementales les plus élevées", selon un communiqué publié sur son site.

Mais les habitants ne sont pas rassurés par l'historique de l'entreprise, qui avait dynamité en 2020 un site vieux de 46 000 ans considéré comme sacré par la communauté aborigène en Australie.

Les opposent mettent également en avant le passif du gouvernement serbe en matière de régulation industrielle alors que Belgrade cherche à attirer des investissements chinois.

"Non à la mine. Oui à la vie", peut-on lire sur les banderoles à Gornje Nedeljice, où Rio Tinto a acheté des terrains en offrant des fortunes aux propriétaires pour des lots qui ne vaudraient pas grand chose ailleurs.

Le premier coup de pioche est prévu en 2022 mais le groupe attend l'ultime feu vert de Belgrade. Le minier promet 2 000 emplois pendant la phase de construction et un millier d'autres durant la phase opérationnelle.

Mais pour des habitants comme Marijana Petkovic, l'environnement et la santé de la communauté risquent d'être sacrifiés sur l'autel de l'avenir vert de ses voisins européens plus riches.

"La Serbie doit prendre conscience qu'on n'est la décharge minière de personne. Ni celle de l'Europe, ni celle du monde."