Mexique : une marée humaine dans la rue pour soutenir la politique du président de gauche

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Par euronews  avec AFP
Vue aérienne de la manifestation emmenée par le président mexicain, le 27 novembre 2022 à Mexico
Vue aérienne de la manifestation emmenée par le président mexicain, le 27 novembre 2022 à Mexico   -   Tous droits réservés  AP

C'est une première depuis des décennies : le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a entraîné dimanche dans les rues de Mexico une marée humaine en soutien à sa politique, son porte-parole revendiquant plus d'un million de personnes, avec en ligne de mire les élections de 2024.

"AMLO", président de gauche nationaliste populaire à près de 60% d'après des enquêtes d'opinion, a mis plus de cinq heures pour parcourir quatre kilomètres jusqu'à la place emblématique du Zocalo, entouré par une immense foule de partisans.

Le porte-parole de la présidence, Jesus Ramirez a revendiqué "1,2 million" de manifestants sur "neuf kilomètres" au total. Aucune estimation indépendante n'était disponible.

C'est la première fois qu'un président mexicain en exercice prend la tête d'une manifestation depuis Lazaro Cardenas (1934-1940), d'après le site du journal espagnol El Pais qui cite des historiens, des politologues et des universitaires.

"Le but ultime d'un État est..."

A l'issue de la marche, le dirigeant mexicain a présenté le compte-rendu de ses quatre ans au pouvoir.

"Nous considérons que la question fondamentale, à savoir, la répartition équitable des revenus et des richesses, n'est pas d'ordre quantitatif, mais plutôt qualitatif. Le but ultime d'un État est de créer les conditions pour que les gens puissent vivre heureux, à l'abri de la misère et de la peur", a dit Andres Manuel Lopez Obrador

"Non à la réélection!", leur a-t-il lancée d'entrée, comme pour dissiper chez eux tout espoir qu'il s'accroche au pouvoir. La Constitution ne prévoit qu'un mandat présidentiel unique de six ans.

"Priorité aux pauvres"

"Priorité aux pauvres", "hausse du salaire minimum", austérité budgétaire, sans créer de "dettes nouvelles" : le président a détaillé pendant une heure sa politique qu'il présente comme une rupture avec plus de 30 ans de "néo-libéralisme".

Entre autres sujets, il a demandé aux Etats-Unis d'arrêter toute politique hostile envers les Mexicains qui travaillent légalement de l'autre côté de la frontière.

Tout au long de la journée, AMLO, 69 ans, a été suivi par des manifestants souvent amenés par car depuis des Etats de l'intérieur du pays (Veracruz, Guerrero...) Preuve de la capacité de mobilisation du parti au pouvoir, le Mouvement pour la régénération nationale (Morena), à la tête de plus de la moitié des 32 Etats avec ses alliés.

"Montrer ses muscles"

Il y a deux semaines, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient défilé à Mexico contre un projet de réforme électorale.

Volontiers clivant pour entretenir la "polarisation" politique, le président avait estimé que ses adversaires défendaient en fait "le racisme, le classisme et la corruption".

Il veut "montrer ses muscles", estime Fernando Dworak, analyste à l'Institut technologique autonome de Mexico (ITAM), joint par l'AFP.

"L'opposition a commis une grave erreur en croyant qu'elle pouvait vaincre le président dans la rue", a-t-il poursuivi.

La mobilisation de dimanche intervient à moins de deux ans de la présidentielle de 2024.

Deux possibles dauphins du président ont marché avec lui, la maire de Mexico Claudia Sheinbaum et le ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard. Le président n'a cité aucun nom dans son discours.

Projet de réforme électorale

Portée par la popularité de son chef de file, Morena est en position de force face à un bloc d'opposition qui regroupe le PRI, l'ancien parti au pouvoir pendant 70 ans, le PAN (droite) et le PRD (gauche).

Cette alliance s'est récemment divisée, avant de retrouver son unité contre le projet de réforme électorale.

La réforme prétend que les membres de l'Institut national électoral (INE) soient élus, et non plus choisis par les partis.

Ses détracteurs accusent AMLO de vouloir en finir avec l'"indépendance" de l'INE, qui supervise l'organisation des élections depuis sa création en 1990.

L'opposition accuse également le président mexicain d'autoritarisme et de vouloir "militariser" le pays.

AMLO a de fait confié à l'armée plusieurs grands chantiers ainsi que des tâches de sécurité publique dans un pays qui n'arrive pas à sortir de la violence du narco-trafic.

Dans son discours, le président a justifié le passage controversé de la Garde nationale sous la tutelle de l'armée "pour qu'elle ne soit pas victime de corruption, comme avec l'ancienne police fédérale".