Coupures d'électricité : le plan du gouvernement français

Access to the comments Discussion
Par Euronews  avec AFP
Les coupures d'électricité pourraient se multiplier cet hiver sur le territoire français.
Les coupures d'électricité pourraient se multiplier cet hiver sur le territoire français.   -   Tous droits réservés  FABRICE COFFRINI/AFP or licensors

Les pouvoirs publics préparent d’éventuelles coupures de courant programmées et ciblées cet hiver en cas de surcharge du réseau électrique s'il fait très froid. Comment seront-elles organisées, qui sera concerné et comment les éviter ?

Banals dans beaucoup de pays étrangers où les clients sensibles disposent de groupes électrogènes de secours, ces délestages tournants, liés à un manque d'électricité en raison d'une production historiquement basse du parc nucléaire, seraient "inédits" en France, selon RTE.

Combien de coupures envisagées?

La cellule interministérielle de crise travaille sur l'hypothèse de six à dix délestages durant l'hiver. La Corse, qui a sa propre production, n'est pas concernée.

Les Français seront prévenus par un signal EcoWatt rouge envoyé par RTE, le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension. Le risque est "de quelques jours d'EcoWatt rouges sur l'ensemble de l'hiver", a prévenu jeudi Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE sur Franceinfo, même si cela dépend "essentiellement" de la météo.

Comment les Français seront-ils prévenus?

En cas de fortes tensions, RTE enverra trois jours à l'avance un signal EcoWatt rouge. Si la consommation diminue et que les pays voisins peuvent livrer de l'électricité, la coupure sera évitée. Si cela ne suffit pas, le délestage sera confirmé la veille pour le lendemain comme "dernier recours".

Des coupures électriques seraient "inévitables si la consommation d’électricité ne diminue pas" aux pics de la journée (entre 8H et 13H et entre 18H et 20H), prévient RTE, qui prévoit le mois de janvier comme le plus à risque.

Ces coupures ciblées dureront deux heures consécutives maximum dans des portions de départements. Le but : éviter le "black-out", une panne généralisée aux conséquences bien plus lourdes.

Le site internet "Coupures temporaires" d'Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution, également accessible depuis le site monecowatt.fr publiera la veille vers 17H la liste des départements qui seront touchés et proposera une fonction pour savoir plus précisément quelle adresse est concernée.

A la date de ce 2 décembre, 24 réacteurs sur les 56 du parc nucléaire français sont temporairement fermés en raison d'opération de maintenance ou de problèmes de corrosion, selon les dernières données de RTE, responsable du réseau électrique du pays. D'autres installations comme des centrales hydrauliques sont également à l'arrêt, toujours selon cette même source. 

Qui sera concerné ?

De telles coupures "ne devraient pas concerner plus de 4 millions de clients simultanément", selon une circulaire adressée aux préfets consultée par l'AFP.

"Sauf exception, la téléphonie mobile et l’internet ne fonctionneront pas" dans les zones délestées, tout comme le téléphone fixe (hors ligne cuivre avec prise en T) et il sera conseillé d'appeler le numéro d'urgence 112 pour joindre les services de secours.

Les préfets disposeront d'une carte des zones non couvertes par ce numéro et devront renforcer la "présence humaine" dans les casernes de pompiers, gendarmeries et commissariats pour pouvoir "réceptionner physiquement une demande de secours".

Les établissements scolaires ne seront pas épargnés, sauf s'ils sont sur une ligne de client prioritaire non délestable et les écoles seront fermées le matin pour ne pas accueillir les enfants sans chauffage, ni lumière, ni alarme.

Des trains, métros ou tramways pourront être annulés ou interrompus pour éviter d'avoir des passagers bloqués en pleine voie.

L’éclairage public pouvant s'éteindre, il sera demandé aux Français de limiter au maximum leurs déplacements en voiture en cas de coupure le soir.

Qui ne sera pas coupé?

Une partie de la population ne sera jamais délestée car prioritaire, ou raccordée par chance à une ligne prioritaire desservant un hôpital, un site critique ou sensible pour la défense nationale. En tout environ 14 000 sites prioritaires selon des listes établies par les préfets.

Dans la capitale, "seule 20% de la consommation d'électricité peut être coupée" en raison notamment de la concentration de sites prioritaires, explique le gouvernement qui a mis en ligne une "foire aux questions".

Quid des "patients à haut risque vital"?

Les personnes qui dépendent d'un équipement médical électrique branché sur secteur à domicile (environ 3800) bénéficieront d'un dispositif d'information particulier, dès le signal EcoWatt rouge. Elles sont recensées par les Agences régionales de santé.

Les préfets, en liaison avec les maires, devront s'assurer que ces patients auront une alimentation électrique autonome suffisante pour surmonter une coupure de plus de 2 heures. Selon les situations, une évacuation préventive pourra être décidée.

Comment éviter les coupures?

Conçu comme une "météo de l'électricité", EcoWatt, qui se décline sur internet et une application, a trois niveaux de couleurs: le vert signifie que la consommation électrique est normale, l'orange pour prévenir que l'approvisionnement est "tendu" et inciter aux économies d'énergie pour éviter de passer au signal rouge.

Avant d'en arriver au délestage, RTE compte ainsi sur les efforts de sobriété aux pics de consommation. Si cela ne suffit pas, le gestionnaire pourrait aussi couper le courant à la dizaine d'acteurs les plus énergivores, dont de gros industriels, qui sont rémunérés en échange de ce mécanisme dit d'"interruptibilité".

RTE pourrait aussi demander une baisse de tension de 5% sur le réseau de distribution, sans conséquence pour l'usager si ce n'est une ampoule moins vive.