Le film de la semaine : Liban, 1982 ou la fin de l'innocence

Liban, 1982
Liban, 1982   -   Tous droits réservés  Moonlight Films Distribution
Par Frédéric Ponsard

Liban, 1982 d’Oualid Mouaness (1h40)

Avec Nadine Labaki, Mohamad Dalli, Rodrigue Sleiman
Sortie le 24 novembre

Premier long métrage du cinéaste libanais Oualid Mouaness, Liban 1982 nous plonge entre rêves et réalités dans l’une des pires époques du pays du Cèdre, à travers les yeux d’un enfant qui s’ouvre à l’adolescence, avec ses premiers émois amoureux. Sensible, poétique et politique.

Liban 1982 fait partie de ses films qui laisse des traces pour longtemps. J’ai en effet eu la chance de voir ce film il y a déjà deux ans pour l’une de ses premières projections mondiales en Egypte, au Festival d’El Gouna, et son souvenir est encore intact dans ma mémoire. Nous lui avions attribué, avec mes confrères critiques, le Prix FIPRESCI de la Presse cinématographique internationale au film, pour ses qualités à la fois de narration, permettant au spectateur de se mettre dans la peau d’un jeune garçon de 11 ans, et pour ses qualités de mise en scène et de direction d’acteurs, dans un espace clos (un collège) et un temps succinct (le siège de Beyrouth par l’armée israélienne à l’été 1982). 

La petite histoire et la bleuette platonique que vit intensément et secrètement Wissam vient s’entrelacer et s’entrechoquer avec la grande histoire qui frappe aux portes de son établissement. Les seuls signes du danger et de la guerre qui se rapprochent seront les bruits d'avion supersoniques, les bombardements lointains, invisibles dans un premier temps, deviendront de plus en plus audibles et menaçants au long du film.

On va passer en compagnie de Wissam, de ses camarades et de ses professeur(e)s, une journée particulière, à l’instar du chef d’œuvre d’Ettore Scola, dont chaque protagoniste se souviendra, avec des émotions et des souvenirs différents, mais qui changera le cours de leur vie à jamais. 

Le jeune garçon va servir de fil rouge au film, mais c’est bien un portrait choral que dresse le Oualid Mouaness : on retrouve dans l’un des rôles principaux la formidable Nadine Labaki, actrice et réalisatrice de Caramel et de Capharnaüm, qui nous plongeait dans le quotidien d’enfants réfugiés dans les bidonvilles de Beyrouth. Elle incarne ici Yasmine, une professeure qui, au fil de la journée, va comprendre l’escalade de la situation militaire, et tenter par tous les moyens de prendre contact avec sa famille, sachant que son frère est certainement parti avec la milice des phalanges chrétiennes pour soutenir l’invasion israélienne contre les palestiniens, réfugiés en nombre au Liban. Il y a aussi Joseph, un collègue avec qui elle a une relation, et qui a une position politique modérée, l’oreille collée au transistor pour essayer de comprendre ce qu’il est en train d’arriver à son pays. 

Bref, chaque personnage représente un morceau de cette mosaïque libanaise, même si ici, nous sommes dans un monde précis : la société aisée et cosmopolite de la ville.

Moonlight Films Distribution
Liban 1982Moonlight Films Distribution

Le film a aussi de grandes qualités graphiques et esthétiques, lui apportant des moments poétiques suspendus, comme lorsque Wissam voit apparaître un robot dans le ciel aux allures de Goldorak et qui, d’un coup de « Fulguropoing » va pouvoir anéantir tous ces avions qui viennent zébrer le ciel azur de lignes blanches, sans rompre la rêverie du jeune garçon qui pense à la belle Joanna. Bloqué dans le collège, en attendant des bus qui ne viennent pas, la réalité se rapproche mais l’insouciance de la jeunesse et l’éveil à l’amour trop forts pour que Wissam n’en envisage les enjeux véritables. 

Il a les yeux dans le ciel, à l’instar du morceau mythique d’Alan Parsons Project « Eyes in the sky », qui vient conclure magnifiquement le film, et nous renvoyer à la nostalgie de l’innocence qui l’irrigue tout du long. 

Le Liban, mystérieux et lointain, nous semble alors bien proche de cet Eden perdu qu’est l’enfance…