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Des émissions massives de méthane par l’industrie pétrolière et gazière détectées depuis l'espace

Image d'illustration de 2020 représentant une exploitation d'hydrocarbure.
Image d'illustration de 2020 représentant une exploitation d'hydrocarbure.   -   Tous droits réservés  Keith Srakocic/The Associated Press. 2020   -  
Par Oceane Duboust

Plus d'un millier de fuites de méthane en un an. Ce sont les observations faites par un groupe de chercheurs et publiées vendredi dernier dans la revue Science.

Des fuites visibles depuis l'espace

L'équipe a pu identifier des fuites de méthane tout autour du globe grâce au satelliteSentinel-5P de l'Agence spatiale européenne (ESA). Ce dernier a cartographié chaque jour pendant deux ans les nuages émis pour arriver à un total de 1 800 panaches détectés. Parmi ceux-ci, 1 200 sont attribués à des exploitations d'hydrocarbures.

Seules les émanations les plus importantes ont pu être repérées par le satellite, de l'ordre de plusieurs tonnes de méthane par heure, le bilan réel pouvant être beaucoup plus important.

Vidéo explicative du CEA qui a participé à l'étude.

Contacté par courriel, Thomas Lauvaux, un des auteurs de l'étude explique que « les plus grosses fuites ont été observées au Turkménistan, en Russie, et aux Etats Unis, avec des taux qui dépassent les 400 tonnes de méthane par heure ».

Le méthane, un gaz à effet de serre

Le méthane est un gaz « contributeur majeur au changement climatique ». Il a un pouvoir de réchauffement environ 30 fois supérieur à celui du CO2 sur cent ans. L'étude estime que ces « fuites » ont un impact climatique comparable à celui de la circulation de 20 millions de véhicules pendant un an. Le méthane a été un des points de discussion lors de la COP26 et 80 pays se sont engagés à diminuer leurs émissions d'ici à 2030.

Dans Climate Now, nous évoquons le travail de scientifiques qui traquent les fuites de méthane, un gaz à effet de serre dont l'impact environnemental est particulièrement important et dont il est essentiel de réduire les émissions pour limiter le réchauffement climatique.

Les données de cette étude offrent une clé de compréhension dans la sous-estimation des émanations du méthane dans les inventaires officiels provenant de l'exploitation des hydrocarbures. En 2016, l'état d'urgence avait même été décrété en Californie lors d'un incident ayant causé des symptômes aux habitants qui avaient dû être relogés en urgence.

Pourtant, d'après l'Agence internationale de l'énergie, des mesures permettraient d'éviter 75% des émissions de pétrole et de méthane. Parmi les solutions possibles, Thomas Lauvaux évoque « les systèmes de capture du gaz » pour éviter les pertes ou encore le brûlage pour « rejeter du CO2, ce qui n’est pas parfait mais beaucoup moins réchauffant que le méthane ».

Des solutions déjà existantes mais qui représentent un coût. Cependant, limiter ces fuites serait synonyme de millions de dollars d'économies pour les pays émetteurs si l'on prend en compte l'impact sur le climat, la qualité de l'air et le prix du gaz perdu.

Pour ces travaux, des chercheurs du CNRS ont travaillé avec des chercheurs du Commissariat français à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et à la société Kayrros.