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Les fonds européens pour l'aide aux réfugiés ukrainiens sont-ils suffisants ?

Par Naomi Lloyd  & Fanny Gauret
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Alors que plus de six millions d'Ukrainiens ont fui à l'étranger, et en particulier dans les pays voisins de l'Ukraine, les États membres de l'Union européenne s'appuient sur des financements de l'UE pour venir en aide aux réfugiés, mais ces fonds sont-ils suffisants ?

L'UE a pris une décision historique en leur accordant le droit de s'installer et de travailler sur son territoire pendant trois ans. De plus, elle a débloqué plusieurs milliards d'euros non utilisés pour les régions d'Europe pour les consacrer à l'assistance aux réfugiés ukrainiens.

Cet argent des Fonds de cohésion intègre des financements du Fonds social européen et du Fonds d'aide aux plus démunis. Il peut être dépensé dans l'hébergement temporaire, la nourriture, des couvertures et des vêtements, de l'aide psychologique, des soins de santé et l'éducation et les gouvernements peuvent demander le remboursement de dépenses déjà effectuées.

De plus, 10 milliards d'euros issus du fonds de relance suite à la pandémie dans le cadre de REACT-EU sont disponibles. 3,5 milliards d'euros ont déjà été versés aux États membres pour l'aide aux réfugiés, ceux qui en accueillent le plus ayant reçu une dotation plus importante. Le 28 avril 2022, la Commission européenne a annoncé que parmi les pays bénéficiaires, la Roumanie a reçu 450 millions d'euros.

"Le budget actuel était conçu pour la paix"

Les financements européens actuellement mis à disposition sont des fonds d'autres dotations qui ont été réaffectés. Des voix s'élèvent pour réclamer des ressources européennes nouvelles face à cette crise. Interrogé par euronews, le Directeur général de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Inclusion à la Commission européenne Joost Korte veut rappeler le contexte de l'adoption du budget actuel : "Le budget établi sur sept ans qui a débuté en 2021 a été conçu pour la paix," indique Joost Korte. "Personne n'envisageait, au moment où nous l'avons négocié, qu'il y aurait une guerre en Europe ; donc, le budget que nous avons aujourd'hui n'a pas vraiment été pensé pour la situation actuelle," reconnaît-il.

"La Commission européenne utilise toutes les marges de manœuvre qui existent dans le budget," assure le Directeur général de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Inclusion. "Là où l'Union européenne dispose de beaucoup plus de ressources, c'est dans ce que l'on appelle les Fonds de cohésion, donc nous avons fortement encouragé les États membres à utiliser l'argent qu'il comporte encore et nous avons rendu son utilisation très facile," souligne-t-il.

Joost Korte précise ensuite que "les financements européens sont versés sur le compte bancaire de l'État membre. C'est ensuite à lui de s'assurer que le bénéficiaire reçoit bien l'argent auquel il a droit et nous vérifions cela," souligne-t-il. "Les États membres sont également tenus d'indiquer clairement qui est responsable de cela," renchérit-il.

La Roumanie tente de faire face à l'afflux de réfugiés

Pour faire le point sur l'aide aux réfugiés, nous nous sommes rendus en Roumanie, l'un des États membres qui se retrouvent en première ligne de leur accueil. Depuis le début de l'invasion russe, près de 900 000 Ukrainiens sont entrés en Roumanie. 40 % d'entre eux sont des enfants selon l'ONG Save the Children Roumanie.

La gare principale de la capitale roumaine a été transformée en centre d'accueil pour les réfugiés. La gestion de cet afflux, même s'il a diminué, représente un défi de taille pour le pays. Dans une salle d'attente réaménagée, des familles ukrainiennes attendent un bus pour rejoindre l'Allemagne. L'association roumaine "For Good" a organisé leur transport.

Dès le début du conflit, sa présidente Alina Dăscălescu, aidée d'une vingtaine de bénévoles, a travaillé à fournir aux réfugiés, de la nourriture, des vêtements, des chaussures et des produits pour bébé. Elle nous précise que son organisation est toujours à la recherche de financements. "Actuellement, on prévoit de demander des fonds privés en Roumanie, mais prochainement, on cherchera à obtenir des financements européens," précise-t-elle.

"Le temps de se remettre psychologiquement"

Dans la gare, les associations humanitaires et la municipalité se sont installées pour assister et orienter les réfugiés. Maryna Cherkaska a quitté Odessa avec ses deux enfants et trois autres membres de sa famille. Ils sont arrivés sur place quelques jours plus tôt. La mère de famille nous raconte que la situation dans sa ville était "devenue trop dangereuse. J'avais très peur pour mes enfants, ma mère, ma sœur, tous mes proches. Les bénévoles nous ont dit que dans cette salle aménagée, on pouvait avoir à manger et nos enfants pouvaient jouer," dit la jeune femme.

"Les enfants se plaisent dans cet endroit, ils jouent au ballon avec les bénévoles, il y a des psychologues : nos enfants n'ont pas voulu partir, c'est pour cela qu'on est resté, pour attendre qu'ils se remettent un peu psychologiquement," confie-t-elle.

Save the Children Roumanie a participé à la mise en place de la salle d'attente réaménagée. "C'est la première fois que l'on fait face à une crise d'une telle ampleur," fait remarquer le coordinateur de l'ONG Leonardo Andreescu. "Je ne crois pas que les autorités et la société roumaine dans son ensemble soient en mesure de gérer cette situation sur le long terme sans aide de l'étranger," estime-t-il.

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Les enfants de Maryna profitent de moments de jeux dans une salle spécialement aménagée pour les enfants réfugiés ukrainiens dans la gare de Bucaresteuronews

900 enfants ukrainiens en attente de scolarisation

Parmi les réfugiés ukrainiens qui sont entrés en Roumanie, environ 80 000 sont restés sur le territoire dont quelque 36 000 enfants selon Save The Children Roumanie.

Dans une école primaire roumaine, Anastasiia Konovalova, enseignante réfugiée elle aussi, a pu ouvrir huit classes grâce aux salles mises à disposition par le ministère roumain de l'Éducation.

"Actuellement, on accueille 264 enfants, mais il y en a environ 900 sur liste d'attente," indique Anastasiia Konovalova. "Tous ces enfants sont venus dans cette école parce qu'ils ont besoin d'être scolarisés et ils veulent avoir un enseignement en ukrainien," poursuit-elle. "On a ouvert une nouvelle école la semaine dernière et tous les enseignants [dans nos structures] sont volontaires pour deux mois," précise-t-elle. "On a collecté de l'argent pour payer leurs salaires par le biais de GoFundMe," dit-elle.

Alena Palesika est arrivée il y a deux mois avec ses fils, le plus jeune vient à l'école en ukrainien pour étudier, mais aussi pour jouer avec d'autres enfants."Nous sommes très contents des professeurs et de l'équipe en général et nous les aidons comme nous le pouvons," affirme la jeune mère de famille. "Nous sommes très reconnaissants envers la Roumanie et envers tous ces gens qui nous aident dans cette période très difficile," insiste-t-elle. Alena rêve de rentrer chez elle tout comme Anastasiia qui organise déjà la reconstruction de leur école en Ukraine.

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Anastasiia Konovalova a pu ouvrir huit classes d'enseignement en ukrainien avec le soutien du ministère de l'Éducation roumaineuronews

Les efforts du gouvernement roumain dans l'éducation

Depuis le début de la guerre, le gouvernement roumain estime, selon son porte-parole Dan Carbunaru, avoir dépensé près de 72 millions d'euros en aide d'urgence alors que la suite du conflit reste incertaine.

Ces fonds sont notamment utilisés pour scolariser les enfants réfugiés. Sorin Mihai Cîmpeanu, le ministre roumain de l'Éducation, précise : "Le gouvernement roumain a adapté la législation très tôt pour que tous les enfants réfugiés puissent bénéficier exactement des mêmes droits que les enfants roumains. Le seul obstacle à surmonter est la barrière de la langue : c'est pour cela que les autorités roumaines concentrent leurs efforts sur l'organisation de cours de roumain," affirme-t-il.

Le ministre fait aussi remarquer que son pays fait déjà de nombreux efforts pour améliorer son système éducatif. Ce dont les enfants réfugiés bénéficieront selon lui. "Le projet"Educated Romania" lancé par le président consiste en une refonte totale du système éducatif. Nous disposons d'un budget de 3,6 milliards d'euros pour cette réforme," précise-t-il. "Du fait de l'existence de ce projet, nous sommes en mesure d'offrir une meilleure intégration et un soutien plus efficace aux enfants ukrainiens," estime-t-il. "L'aide de la Commission européenne et les fonds européens dont nous disposons, y compris ceux qui ne font pas partie du plan de relance et de résilience, représentent également des sources de financement," reconnaît-il.

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Nicolas Coquet

Sources additionnelles • Production : Louise Lehec ; cameramen : Thierry Winn, Radu Diaconescu, Bram Verbeke ; traducteur : Octav Avramescu ; Motion Design : NEWIC