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Refus des statistiques dites ethniques: une belle hypocrisie ?

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Refus des statistiques dites ethniques: une belle hypocrisie ?

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La France connaît le nombre de femmes, de salariés, de seniors, d’adolescents, d’handicapés et de chômeurs qui vivent sur son sol. Mais elle refuse de savoir officiellement le nombre de ses citoyens blancs, noirs, métis, d’origine nord-africaine et asiatique, ni de remédier aux discriminations raciales par des quotas ou de la « discrimination positive ». Or, en 2006, le premier rapport, basé sur des plaintes de la HALDE, la Haute autorité de lutte contre les discriminations, révèle que l’ “origine” est le critère de discrimination le plus fréquemment évoqué (40%), suivi par la santé et le handicap (14%). 6,2% des réclamations concernent la discrimination liée au sexe. (source : AFP, mai 2006)
Les refus des statistiques et de la discrimination positive pour les “minorités visibles” sont « justifiés » par la Constitution qui stipule que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Pourtant, il est arrivé que les renseignements généraux sortent des statistiques “ethniques” (les émeutes de 2005). Et quand elle l’a voulue, la classe politique a su faire des exceptions sur ce « principe d’égalité républicaine ». Il existe des quotas pour l’accès à l’emploi des handicapés. La loi sur la parité entre hommes et femmes en politique, n’est pas autre chose que de la « discrimination positive ».

Le Conseil Constitutionnel l’a lui-même reconnu. Certaines “contradictions entre la jurisprudence et la volonté politique” ont été “surmontées par une révision constitutionnelle (ainsi pour la parité hommes femmes dans la vie politique ou pour les mesures de « discrimination positives » établies en faveur de la population d’origine indigène en Nouvelle-Calédonie)”.(Les discriminations positives dans la jurisprudence du Conseil constitutionnel, septembre 2004)

Le débat autour de cette question a été parfois très tendu. Dans la classe politique, certains se sont offusqués qu’on ose compter le nombre de candidats non blancs sur des affiches électorales pour avoir une idée de la représentativité de ces Français. Le sociologue Eric Keslassy nous a raconté qu’il s’était fait traiter de « nazi » pour avoir recenser les élus issus « des minorités visibles » au parlement.
La question des statistiques dites ethniques divise. Christiane Taubira, candidate à l’élection présidentielle de 2002 y est opposée. Nous avons demandé à l’historien Pascal Blanchard, à Eric Keslassy et Patrick Lozès, qui a tenté de se présenter aux prochaines élections présidentielles, s’ils étaient pour ou contre les statistiques dites ethniques.

Michèle Bouchet