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Abdul Raouf Darwish : "le régime syrien ne fait que jouer la montre"

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Abdul Raouf Darwish : "le régime syrien ne fait que jouer la montre"

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10 mars 2012 : un an apres le début du soulèvement syrien devenu de plus en plus sanglant, l’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue Arabe, Kofi Annan, recontre Bachar al-Assad.

Le président syrien reste ferme, ce sont ceux qu’il nomme les “opposants terroristes” qui empêchent tout dénouement politique de la situation. Annan quitte la Syrie sans avoir accompli de réels progrès. Le 27 mars pourtant, il annonce que Damas accepte son plan de paix.

Premier point de ce plan de sortie de crise : mettre un terme aux violences. Damas prend l’engagement auprès de l’ancien secrétaire général de l’ONU de faire une trève dans les combats le 10 avril à précisément 6h du matin, heure de Syrie. L’opposition en fait de même 2 jours plus tard. Concrètement, il s’agit de faire pression sur les deux camps pour cesser l’effusion de sang qui n’a que trop duré. En 1 an, le nombre de morts se chiffre à plus de 9.000, selon l’ONU.

Second point : mettre en place un processus politique ouvert, mis sur pied en interne, autrement dit par les Syriens eux-mêmes, et cela pour répondre aux préoccupations légitimes de la population et désigner un interlocuteur disposant des pouvoirs nécessaires lorsque Annan en fera la demande. Le depart d’Assad, prérogative du précédent plan de la Ligue Arabe, ne figure plus dans celui de Kofi Annan.

Troisième point et pas des moindres : assurer l’acheminement de l’aide humanitaire dans toutes les zones touchées par les combats, et mettre en oeuvre immédiatement une pause humanitaire quotidienne de deux heures. La violence a causé le départ de 39.000 réfugiés syriens selon l’ONU, et fait 200.000 déplacés selon le Croissant Rouge.

Il est aussi question de mettre fin aux détentions arbitraires : accélérer donc et élargir la libération des personnes arbitrairement détenues, et communiquer la liste des lieux de détention pour ensuite assurer l’accès à ces lieux.

Autre demande : permettre aux journalistes de circuler librement dans tout le pays, et mettre en place une politique de visas non discriminatoire à leur égard.

Enfin, les autorités syriennes s’engagent à respecter la liberté d’association et le droit de manifester pacifiquement et librement.

Kawtar Wakil, euronews :
“C’est ce mardi 10 avril que l’armée syrienne a pris l’engagement de commencer à retirer ses forces armées des villes, en vertu d’un plan convenu avec l’Organisation des Nations Unies et l’envoyé spécial de la Ligue arabe, Kofi Annan, ouvrant normalement la voie à la mise en place d’une trêve 48 heures plus tard.

Nous en discutons avec M. Abdul Raouf Darwich, président du collectif du 15 mars pour la démocratie en Syrie, qui est en duplex avec nous depuis Paris. Bienvenue sur euronews.

Les actes de violence continuent en Syrie et de plus en plus de doutes émergent quant à la mise en œuvre du plan de paix proposé par Kofi Annan et accepté par les deux côtés du conflit syrien. Qu’en pensez-vous ?”

Abdul Raouf Darwish, président du collectif du 15 mars pour la démocratie en Syrie :
“En fait, comme vous le savez, la nature du régime syrien ne lui permet pas de procéder à des réformes, et donc pour la mise en oeuvre de toutes les initiatives, comme cela s’est produit avec celle de la ligue arabe l’année dernière, il a accepté, et puis il a changé d’avis et a mis des obstacles pour ne pas les appliquer jusqu‘à ce que les choses s’aggravent. En ce qui concerne l’initiative de Kofi Annan, le régime est train d’employer la même méthode pour gagner du temps.”

euronews :
“Pourquoi, à votre avis, Damas a attendu si longtemps avant d’exiger des garanties écrites de l’opposition et des pays arabes pour mettre un terme aux violences ? “

Abdul Raouf Darwish :
“En fait, le régime a fait la même chose que pour l’initiative de la ligue arabe. Ils acceptent au début, et puis ils fixent leurs conditions et mettent des bâtons dans les roues pour renvoyer l’application du plan car la mise en oeuvre de l’initiative de Annan signifie la fin du régime ou du système politique que nous connaissons à l’heure actuelle. Et cela pour plusieurs raisons, la plus importante est que cette initiative comprend notamment le droit de manifester et le retrait des troupes militaires des villes syriennes, etc.”

euronews :
“Le ministre syrien des affaires étrangères Walid Al Muallem a déclaré, lors d’une conférence de presse à Moscou, que la Syrie avait retiré des unités de l’armée de certaines villes et a confirmé que le gouvernement s’engageait à faire cesser la violence, et à permettre la présence d’une mission d’observateurs internationaux. Quelle est la position du Conseil National Syrien sur les nouvelles conditions imposées par le gouvernement syrien ?”

Abdul Raouf Darwish :
“Le gouvernement syrien a effectivement retiré quelques unités de certaines villes mais c‘était pour les envoyer dans d’autres, dans le but de commettre de nouvelles opérations de répression et de violence. A l’image de ce qui s’est passé, par exemple, dans la province d’Idleb où il a retiré ses chars de certaines villages, mais dans le but de les orienter vers d’autres villes en procédant à la mise à mort d’innocents et à la destruction de foyers. A mon avis, la position du Conseil National Syrien à ce sujet est claire : les responsables de l’opposition ont déclaré que le régime syrien refuse en réalité cette initiative de Annan et que si elle a été acceptée, c‘était juste pour jouer la montre.”

euronews :
“Est-ce que le fait de mettre en place une date butoir pour le retrait des troupes militaires des villes syriennes a mis à mal l‘éventualité de l’application du cessez-le-feu proposé par les Nations Unies ?”

Abdul Raouf Darwish :
“Si le régime voulait vraiment appliquer le cessez-le-feu, la moindre des choses aurait été de faire preuve de bonne volonté afin de répondre à la demande de la communauté internationale.”