DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

"Mahmoud Zahar : notre seul ennemi est Israël, et sa capacité nucléaire"


interview

"Mahmoud Zahar : notre seul ennemi est Israël, et sa capacité nucléaire"

L’accord de Doha divise toujours une partie des Palestiniens. Selon ce texte, Mahmoud Abbas hériterait du poste de Premier ministre dans un gouvernement provisoire couvrant la bande de Gaza et la Cisjordanie en vue de nouvelles élections. A Gaza, Euronews a rencontré en exclusivité Mahmoud Zahar, chef du Hamas dans l’enclave palestinienne.

Mohammed Shaikhibrahim, euronews :
“Monsieur Mahmoud Zahar, membre du bureau politique du Hamas et dirigeant de l’organisation à Gaza, bienvenue sur euronews.”

Mahmoud Zahar :
“Le plaisir est pour moi.”

euronews :
“Pourquoi avoir rejeté l’accord de Doha ? Est-ce que cela signifie qu’au sein même de la Palestine le Hamas émettait un certain nombre de réticences sur cet accord, malgré son approbation par le président du Bureau politique ?

Mahmoud Zahar :
“Tout d’abord, l’accord du Caire, qui remonte à il y a 4 ans, stipulait que nous devions former un gouvernement d’unité nationale, ne comprenant pas de membres du Hamas ou du Fatah, ni même d’autres factions palestiniennes. C’est le premier point, et cela est toujours d’actualité dans l’accord de Doha. Il était question de former un gouvernement neutre pour organiser des élections libres et équitables. Hélas, les Etats-Unis et Israël ont tout fait pour empêcher la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Ils ont plutôt exercé leur influence pour la création d’un gouvernement qui soit pieds et mains liés au bon vouloir du Quartet et à ses conditions, qui ne sont pas acceptables pour le Hamas, parce qu’il constitue un préjudice de taille pour le peuple palestinien. En d’autres termes, l’accord de Doha comprenait une série de lacunes qui ne permettent pas de garantir la tenue d‘élections libres et équitables. Abou Mazen est un concurrent politique, et ne représente pas le peuple palestinien dans son ensemble.”

euronews :
“Pourquoi refusez-vous que Mahmoud Abbas
soit le chef du gouvernement provisoire couvrant la bande de Gaza et la Cisjordanie ?

Mahmoud Zahar :
“Abou Mazen est en charge de la cooperation en matière de sécurité avec Israël, de l’arrestation de plusieurs membres du Hamas, responsable de la confiscation d’une partie de nos fonds. Si nos libertés fondamentales diminuent c’est à cause de lui. Alors comment pourrait-il être objectif pour veiller au bon déroulement des élections ?”

euronews :
“Après la signature de l’accord de Doha, il y a eu des divergences entre les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza et ceux de l’étranger. Vous avez dénoncé le fait que le chef du Hamas en exil Khalid Mechaal a signé cet accord avec Abbas sans consultation de l’organisation.”

Mahmoud Zahar :
“Comme je vous l’ai dit, je ne souhaite pas parler de ce point, puisqu’il n’a aucun effet dans la réalité.”

euronews :
“Est-ce que vous recevez un soutien financier et militaire de la part de l’Iran ?”

Mahmoud Zahar :
“Nous recevons différentes formes de soutien des nations arabes et du monde musulman. Nous acceptons les contributions de tous les pays qui le souhaitent, vues nos difficultés. Notre seul ennemi est Israël, et sa capacité nucléaire.”

euronews :
“Quelle serait la position du Hamas en cas d’attaque de l’Iran par Israël ou les Etats-Unis ?”

Mahmoud Zahar :
“Nous sommes opposés à toute forme d’attaque dirigée contre des pays arabes ou musulmans. Mais vous savez, l’Iran est une grande nation et peut se défendre par elle-même, elle dispose de nombreux moyens pour le faire. Si l’Iran était si facile à battre, je pense que Israël n’aurait pas hésité une seconde il y a bien longtemps déjà.”

euronews :
“Je vais préciser ma question : en cas d’attaque de l’Iran, le Hamas restera-t-il silencieux ou prendra-t-il les armes ?”

Mahmoud Zahar :
“Je ne répondrai pas à cette question.”

euronews :
“A propos de la situation actuelle en Syrie, quelle est la position du Hamas ? Soutien du régime, ou plutôt des révolutionnaires qui demandent le départ du président Bachar al-Assad et la fin de son pouvoir ?”

Mahmoud Zahar :
“Nous ne sommes pas une puissance régionale influente. Nous voulons juste une Syrie forte avec toutes ses composantes.”

euronews :
“Mais rompant avec la stratégie habituelle du Hamas et à la surprise générale, Monsieur Ismaël Haniyeh a annoncé il y a plusieurs semaines au Caire que le Hamas soutenait la révolution syrienne.”

Mahmoud Zahar :
“Laissez-moi rectifier ce point. Il a déclaré que le Hamas se tenait aux côtés du peuple syrien, et en vérité le régime syrien lui-même a dit vouloir surseoir aux demandes de son peuple.”

euronews :
“Alors, soutenez-vous ou non le régime syrien ?”

Mahmoud Zahar :
“Je crois vous avoir répondu à ce sujet pas moins de 3 fois, mais je vois que vous êtes déterminé à obtenir une réponse.”

euronews :
“J’essaie simplement de savoir s’il existe toujours une solide relation et une alliance entre le Hamas et le régime syrien.”

Mahmoud Zahar :
“Je crois que ma réponse à cette question est on ne peut plus claire et précise.”

euronews :
“Alors pourquoi le Hamas a quitté la Syrie au tout début de la révolution ?”

Mahmoud Zahar :
“La décision de partir s’est faite individuellement, et n’a rien de politique.”

euronews :
“Quelle est votre sentiment sur la politique menée par l’Union Européenne à l‘égard de Gaza depuis que le mouvement du Hamas a pris le contrôle du territoire ?”

Mahmoud Zahar :
“Laissez-moi rectifier à nouveau. Notre mouvement ne contrôle pas, il gouverne. Et ce sur la base des résultats des élections. Mais dans la mesure où le bloc de l’Occident ne souhaite pas que la vision islamique se développe, il a décrit notre présence – qui s’est faite démocratiquement – comme un contrôle. Nous devons impérativement gouverner à Gaza et en Cisjordanie, ainsi qu‘à Jérusalem, parce que les résultats des élections ont donné cette orientation. Mais dans la réalité, la situation est bien différente. Et une nouvelle fois, l’hypocrisie occidentale qui s‘érige contre le monde musulman et les courants islamiques en particulier, a changé la donne. Car comme tout le monde a pu s’en apercevoir, ils refusent d’accepter les résultats des élections libres et justes que nous avons eues. Alors je voudrais leur poser une série de questions, et je suis certain que tous connaissent la réponse, mais qu’ils n’ont simplement pas le courage d’y répondre. Ils n’ont pas la courage de répondre à une de ces questions.

La première est la suivante : notre terre, avant 1948, était-elle un territoire juif ? S’agissait-il de la terre d’Israël ? Ou était-elle plutôt la terre des musulmans arabes palestiniens ? Je veux qu’ils m’apportent une réponse à cette question.

Deuxième question : un retour des Juifs, trois mille ans plus tard, pour établir un état sous pretexte que leurs ancêtres vivaient ici, est-ce que c’est cela que l’Occident appelle le droit au retour ? Acceptez-vous le droit de la politique au retour ? Dans ce cas, retournons donc en Espagne puisque nous l’avons quittée en 1492. Et appelons à la réoccupation par la Grande-Bretagne de l’Inde, et de tous les pays arabes et musulmans, à la réoccupation de la France en Syrie, au Liban et Algérie. Si vous demandez aux Français ce qu’ils pensent de l’occupation, ils vous diront que c’est illégal. Que diront-ils de l’occupation de la France par les nazis ? QUe c’est illégal, bien sûr. Quant au général de Gaulle, ils parlent de lui comme un héros de la résistance. Mais ils ne vous parleront pas de la même manière de l’occupation israélienne de la Palestine, simplement parce que leur position s’apparente à de l’hypocrisie.”

euronews :
“Qu’est-ce que le Hamas attend au juste des révolutions égyptienne, libyenne et tunisienne, et de ce qui se passe en ce moment en Syrie ?”

Mahmoud Zahar :
“Le Hamas est une mouvance islamiste. Nous avons la même politique que les mouvements qui se présentent comme tel. Les mêmes croyances et piliers que ces mouvements qui sont en train de prendre le pouvoir en Egypte, en Libye, en Tunisie et au Maroc, mais aussi au Yémen. Nous sommes donc ouverts au dialogue avec n’importe quel leader politique qui émergera par les urnes, et qui exprimer l’opinion de la rue et soutiendra la position du Hamas, s’il refuse l’occupation des territoires palestiniens et l’agression perpétuelle de son peuple. Je pense que les choses vont s’arranger favorablement pour le Hamas, dans un avenir proche.”

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

interview

Sauvegarder la paix au Liban