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Les soap opera et séries turques influencent le Moyen-Orient

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Les soap opera et séries turques influencent le Moyen-Orient

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Auhood vient d’Irak, Ahmad de Jordanie, Asma d’Egypte… Et ils font tous un tour en bateau sur le Bosphore, sous le beau soleil d’Istanbul. Mais la beauté de la ville n’est pas la seule raison qui amène ici ces touristes du Moyen-Orient. Ils veulent voir les lieux de tournage, les acteurs, vivre la vie de ceux qu’ils suivent depuis longtemps dans les séries télé turques : “Je regarde des séries turques comme “La vallée des loups”, dit Ahmad, et le héros Murat Alemdar a joué dans des bonnes séries sur la Palestine, pour moi c’est un héros.”

Doublées en arabe, les séries télé turques sont extrêmement populaires au Moyen-Orient.
Selon une étude effectuée en 2011, les populations de cette région sont influencées par la culture turque, au point de faire de la Turquie leur première destination touristique.
74% des habitants du Moyen-Orient, dans 16 pays, regardent au moins une série turque.
Est-ce à cause de la proximité des cultures, proximité qui n’existe pas avec les productions brésiliennes ou américaines?

“Ces séries montrent qu’on peut être à la fois musulman et moderne, dit une touriste irakienne. Elles montrent ce dont de nombreux Arabes sont privés : la technologie, une vie agréable et moderne. Elles montrent une vision de la vie que nous n’avons pas dans certains pays.”

Mais tout le monde n’apprécie pas ces séries. Certaines autorités religieuses les ont interdites, les jugeant immorales et subversives.. Trop de triangles amoureux, de nudité, de sexe hors mariage. Qu’importe, la production turque explose, la célébrité des stars du pays n’a rien à envier à celui des acteurs d’Hollywood. Le boom, c‘était en 2006, quand la chaine arabophone MBC, diffusée dans 22 pays, a acheté les droits du soap opéra “Gümüs”. 85 millions de téléspectateurs, ont regardé le dernier épisode ! et le rêve se poursuit pour son producteur, İrfan Şahin : “Jusqu‘à présent, nous avons vendu à peu près 50 séries dans 70 pays. Au début, on vendait l‘épisode entre 300 et 500 dollars. Imaginez, parfois on avait même payé nos acheteurs, pour les frais de promotion. Maintenant on vend certaines séries 100 000 dollars la saison. On a le potentiel pour devenir comme “Bollywood”. Rien ne nous arrête.”

L’exemple de cette série, “Il était fois dans l’empire ottoman”, prouve que les liens entre les sociétés sont aussi historiques. Pendant plus de 600 ans, l’empire ottoman a régné sur les pays arabes.
Pour cette série, la télévision turque TRT a dépensé le plus gros budget de production de tous les temps en Turquie, 12 millions de lires, plus de 5 millions d’euros.

Cette série a déjà été vendue à la télé de Dubaï, avec un record de 75 000 dollars l‘épisode. De quoi faire tourner la tête des acteurs.

“Nos acteurs et actrices turcs sont connus, célébrés comme des stars américaine dans la région, remarque l’actrice Leyla Göksun. Mais je crois que ce n’est pas réaliste d’imaginer qu’on peut avoir une carrière internationale, à cause de la langue notamment. “ “J’ai plus de 200 millions de téléspectateurs dans le monde, à juste 33 ans, s’enorgueillit l’acteur Tolga Karel. On me connait même au Vietnam. Je vais aller en Egypte pour un tournage et je suis en train d’apprendre l’arabe. Je pense que dans 10 ou 15 ans, la Turquie sera surnommée “le Hollywood des Balkans et du Moyen-Orient.”

“La vallée des loups” fait aussi un carton. Par le remue-ménage diplomatique que la série déclenche. L’histoire s’inspire du raid israélien contre la flotille turque tentant de rejoindre Gaza. C‘était en mai 2010.
Dans le film, les trois principaux personnages turcs sont des héros, qui se vengent des soldats
israéliens.

Un an avant la sortie du film, Israel a condamné la série qui avait inspiré ce film, série diffusée dans les pays de la région. Et quand le vice-ministre israélien des Affaires étrangères a reçu l’ambassadeur turc, il l’a assis sur une chaise plus basse, et n’a pas mis sur la table le drapeau turc.

Au Moyen-Orient, le succès du film a été immédiat, un journaliste nous explique qu’on a besoin d’un héros dans cette région :

“C’est une nécessité. Les gens se sont trouvés un héros qui défit l’Amérique et Israël. Je pense que des films comme “La vallée des loups” vont être influents à l’avenir et l’effet de la Turquie sur le cinéma et l’art va continuer particulièrement au Moyen-Orient. On aura peut-être de nouveaux héros.”

60 millions de dollars, c’est le montant des exportations des séries turques, qui inondent le Moyen-Orient et les Balkans.
Le style de vie présenté dans ces séries peut-il déclencher une quête de modernité après le Printemps arabe ?

“Jusqu‘à présent la plupart des pays musulmans étaient dirigés par des dictateurs, explique une sociologue. Quand ces dictateurs sont écartés, les gens cherchent des modèles culturels, sociaux et politiques proches des leurs mais en même temps différents.
Les gens de la région ont besoin, et aiment les histoires et le style de vie racontés dans les séries.”

Alors, le cinéma et l’art peuvent-ils apporter la paix au Moyen-Orient? Selon ce producteur arabe, la réponse est oui : “Une de nos séries a été diffusée au moment du conflit entre le Hamas et le Fatah. Ca passait à 4 heures de l’après-midi dans les territoires palestiniens. pendant cette heure là, les deux parties se sont mises d’accord sur un cessez-le-feu. Pour regarder la série. Ca signifie que quand on a une histoire d’amour, on peut stopper une guerre fratricide et un bain de sang, avec sympathie, et communication. “