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L'Europe : un rêve de paix


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L'Europe : un rêve de paix

1945. La Seconde guerre mondiale s’achève, l’Europe est à genoux. Dévasté, ruiné, coupé en deux, le Vieux Continent vient également de subir l’une des pires idéologies de l’Histoire.

Pour reconstruire l’Europe, la stabiliser, en faire un îlot de paix et de prospérité, les Etats prennent alors conscience de la nécessité de s’unir.

Quelques hommes seront à l’origine de cette idée. Ce sont les pères fondateurs de l’Europe politique : Adenhauer, Schuman et Monnet.

Grâce à ces hommes et ceux qui les ont suivis, une première union économique est créée autour du charbon et de l’acier. L’Europe politique, elle, voit le jour en 1957 avec la naissance à Rome de la CEE. Six pays en font partie : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays Bas.

Au fil des décennies, l’alliance se construit, grandit. Ses idéaux démocratiques aussi. Après 4 nouveaux états membres, l’Europe accueille en 1985 deux anciennes dictatures, l’Espagne et le Portugal. C’est l‘époque de la commission Delors, sans doute l’une des plus importantes. On ne parle plus de CEE mais d’Union européenne. 1985-1995 : une décennie fondamentale.

Dignes héritiers de leurs prédécesseurs, François Mitterrand et Helmut Kohl jouent un rôle essentiel dans la réconciliation franco-allemande, pierre angulaire de la paix en Europe et moteur de la construction européenne.

En 1989 se produit ce que tout un continent attendait : la chute du mur de Berlin, symbole d’un monde coupé en deux depuis les années 1960.
Un événement qui ouvre la voie à la réunification allemande un an plus tard, et au delà, à celle de tout un continent.

En 2004, l’Europe connaît son plus grand élargissement. 10 pays dont 8 issus de l’ancien bloc de l’Est rejoignent l’Union et ses valeurs.

Cette idée des pères fondateurs, l’idée que l’unité des Européens est une nécessité pour le maintien durable de la paix anime encore, 6 décennies plus tard, les “euro-convaincus”. Aujourd’hui ce n’est plus la guerre qui risque de mettre fin au rêve européen. Mais la crise économique.

Javier Solana a été ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, secrétaire général de l’Otan et haut représentant de l’Union européenne pour la politique extérieure jusqu’en 2009. La journaliste espagnole Raquel Alvarez l’a questionné sur le prix Nobel de la Paix :

euronews : “L’Union européenne a été reconnue comme modèle de démocratie, peut-être plus à l’intérieur qu‘à l’extérieur du continent. Pourquoi le Nobel de la paix pour l’Union européenne maintenant ? S’agit-il d’une reconnaissance du modèle institutionnel ou de son parcours ?”

Javier Solana: “Je pense, comme vous l’avez souligné, qu’un sentiment de reconnaissance internationale du rôle de l’UE a joué. Rappelez-vous que nous avons un continent où la guerre a été cruelle. Rappelez-vous ce qui s’est passé au XXe siècle. Nous avons réussi à vivre en paix, dans la liberté, la stabilité et, tous ensemble, nous avons eu une présence dans le monde significative. Nous sommes maintenant confronté à un moment difficile, mais cela passera.”

euronews : “Ce prix est une chance, une opportunité, précisément au moment où la crise économique menace plus que jamais son intégrité. Par le passé, vous aviez averti les leaders sur les risques liés à la gestion de la zone euro. Nous parlons notamment du point de vue humain, laissons de côté la politique.”

Javier Solana: “Je vis, comme vous pouvez l’imaginer, ce moment avec l’intensité avec laquelle les citoyens l’affrontent. C’est un moment difficile, un moment de crise : les gens souffrent, et nous devons tout faire pour agir de manière plus déterminée, plus rapidement et plus efficacement. En particulier, les dirigeants de l’UE.”

euronews : “L’agitation sociale est évidente vous le dites dans les pays les plus durement touchés par la crise et la montée de l’extrémisme. Y a-t-il des raisons d‘être inquiet pour l’avenir de l’Union européenne ?”

Javier Solana: “Non, je ne le pense pas, l’UE a traversé des moments très difficiles, a toujours su comment réussir et nous allons surmonter cette crise également. Et cette crise doit aussi nous préparer à vivre au XXIe siècle, un siècle qui a changé l’histoire du monde où il y a eu des changements significatifs. Il s’agit d’un monde multipolaire et je pense que la voix de l’UE avec ses valeurs, sa façon de faire les choses est fondamentale et doit rester toujours présente.”

euronews : “La guerre des Balkans, durant laquelle vous étiez à la tête de l’OTAN, restera comme l’une des pages les plus sombres de l’Union européenne. Mais à Bruxelles, des années plus tard, les pourparlers ont permis d‘éviter qu’un tel conflit voit le jour en Macédoine. Quels sont les autres épisodes qui d’après vous font de l’Union Européenne le porte-drapeau de la défense des droits de l’Homme ?”

Javier Solana: “Je pense qu’il y en a beaucoup d’autres. Nous avons été présents en Afrique au cours de périodes difficiles, nous avons résolu de nombreux problèmes en Afrique. Souvenez-vous de l’Asie, et il faut notamment se souvenir par exemple du processus de paix à Aceh, qui a permis de résoudre des problèmes historiques dans un pays comme l’Indonésie. Nous avons été également dans d’autres pays. J’estime que l’UE a vécu les dix dernières années du point de vue de notre politique étrangère de manière lumineuse.”

euronews : “Après avoir été le visage de la diplomatie européenne pendant 10 ans, vous attendiez-vous à ce prix pour l’UE ?”

Javier Solana : “Sincèrement, Eh bien non, je ne m’attendais pas à ce que l’on me fasse une telle surprise.”

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