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Benoît XVI : "je ne me suis jamais senti seul"

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Benoît XVI : "je ne me suis jamais senti seul"

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Ces mots prononcés par le pape mercredi devant quelque 200 000 fidèles, réunis place Saint-Pierre, soulignent à eux-seuls la gravité du moment. C’est la première fois depuis plusieurs siècles qu’un pape renonce à ses fonctions, et ce alors que l‘Église traverse une période de turbulences. Benoit XVI a expliqué, avec sincérité et humanité, les raisons intimes de sa décision. ‘‘Au cours des derniers mois, j’ai senti que ma force avait décliné et j’ai demandé à Dieu, gravement dans la prière, de m‘éclairer, et avec cette lumière, de m’aider à prendre la bonne décision, non pas pour mon bien personnel, mais pour le bien de l‘Église.”

Le message a été compris, mais certains y décèlent un signal de détresse lancé à l’adresse des cardinaux électeurs du prochain pape.
‘‘Il a pris la décision de démissionner, car il voulait laisser le trône vide. La fonction était devenue trop lourde pour lui. En réalité, je pense que le pape voulait envoyer un signe pour dire que le temps d’un changement était arrivé”, dit une pèlerine italienne.

Devant le peuple catholique et les princes de l‘Église, le pape a puisé son inspiration dans le Nouveau Testament pour exprimer, avec poésie, les années troubles de son pontificat. “J’ai fait une partie du chemin de l‘Église. Il y a eu des moments de joie et de lumière, mais aussi des moments pas faciles. Je me suis senti comme Saint-Pierre ,avec les apôtres, dans la barque sur le lac de Galilée. Le Seigneur nous a donné tant de journées de soleil et de brise légère, de jours de pêche abondante. Mais il y a eu aussi des moments où les eaux étaient agitées, et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l‘Église. Le Seigneur semblait dormir. Mais, j’ai toujours su que dans cette barque est le Seigneur, j’ai toujours su que la barque de l‘Église n’est pas à moi, n’est pas à nous, mais à lui (…) et le Seigneur ne la laisse pas couler.”

‘‘Je n’abandonne pas la Croix, l‘Église est vivante”, a lancé Benoit XVI pour donner du courage aux fidèles, dont beaucoup ont été gagnés par l‘émotion. “C‘était une expérience incroyable. Le Saint-Père a parlé avec un cœur si ouvert et avec tellement de gentillesse. Cela signifie énormément pour les croyants”, dit une pèlerine allemande.

Interview vérité avec l’homme qui a déclenché la tempête Vatileaks

Journées historiques au Vatican. La communauté catholique se serre autour du pape sortant qui laisse une église blessée mais prête à se renouveler. Benoit XVI, qui se dit affabli, demande un pape vigoureux qui soit capable d’affronter les batailles du monde d’aujourd’hui.

Il a fait déclencher Vatiliks en publiant son livre “Sa Sainteté, les papiers secrets du Pape” et juste avant dans “Vatican Spa”. Il a élucidé les mystères et les intrigues des finances du Saint-Siège. Gianluigi Nuzzi, journaliste d’investigation, a crée un effet domino qui promet de ne pas s’arrêter à la démission du pape.

Manuela Scarpellini, euronews : “Vous vous sentez en partie responsable de ce qui s’est passé?”

Gianluigi Nuzzi : “Non, je ne me sens pas responsable parce que j’ai fait mon travail qui est d’informer, et en fait seulement maintenant, après ce choix incroyable du Saint-Père de renoncer au Pontificat, on peut lire ce qui était écrit dans les documents publiés dans mon livre.”

Manuela Scarpellini, euronews : “Dans cette enquête il y a deux personnages, bien différents, d’une part le majordome Paolo Gabriele qui vous a transmis les documents privés du Pape, d’autre part Ettore Gotti Tedeschi le président déchu de l’IOR. Qu’est-ce qui a poussé ces deux personnages à agir ?

Gianluigi Nuzzi : “Paolo Gabriele est un catholique et un chrétien. Au cours des dix dernières années, il a su, il a assisté, il a découvert, il a pris conscience des événements qui ont affligé la Curie, y compris des événements graves. Nous parlons de voitures criblées de coups de feu, de suicides étranges. Paolo Gabriele voulait aider le Saint-Père qu’il aime et qui l’aimait, en rendant publics les problèmes auxquels la Curie est confrontée. D’autre part, nous avons Ettore Gotti Tedeschi, qui est président d’une banque, la seule banque d’un État (le Vatican), qui un jour se lève, et donne à sa secrétaire trois enveloppes avec trois dossier dedans, et qui dit: «Si on me tue donne ces enveloppes aux personnes indiquées”.

Manuela Scarpellini, euronews : “La renonciation choc, le décret “motu proprio “, la démission d’un cardinal accusé de harcèlement sexuel, juste avant le conclave, avec tout cela, le Pape Benoît XVI laisse-til son empreinte ?

Gianluigi Nuzzi : “Ce Pape est un conservateur, mais pas dans le sens politique occidental, dans le sens profond de la chrétienté et de l’Evangile. Le Pape, bien sûr, dans les limites du monde contemporain, reprend les racines du dogme, la parole de l‘Évangile et se réfère à ce qu’elle est. Et puis, sur un cardinal indigne, voilà ce qu’il dit: «Sur les pédophiles, il ne faut pas se remettre à la volonté de Dieu, à la justice divine – qui jusqu‘à présent a été la ‘feuille de vigne’ sur la pédophilie -, il faut se tourner vers les tribunaux civils, nous devons indemniser les victimes. “Donc, ce Pape est un Pasteur révolutionnaire. D’une certaine manière il laisse un témoignage important au Conclave et l’espoir est que – mais ce n’est pas mon sujet – ne choisissez pas un Pape mediatique, peut-être un pape noir, un Pape Brésilien, un Pape africain, un Pape Philippin. Il y aura donc conformistes qui diront: «Enfin, le premier pape noir de l’histoire mondiale de l’Eglise”.