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Les stagiaires de Bruxelles se rebellent

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Les stagiaires de Bruxelles se rebellent

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Fatigués d’être exploités sans véritable contrat, d’être sous-payés, voire pas rémunérés du tout, et de travailler à des postes en-deçà de leurs qualifications, les stagiaires de Bruxelles organisent une manifestation mercredi 17 juillet devant le Parlement européen.

Surnommée « La manifestation du sandwich », d’après les seuls repas que peuvent s’offrir la plupart des stagiaires, l’événement cherche à « attirer l’attention du public sur des conditions de travail inappropriées dans le système du stage », selon le communiqué publié par les organisateurs, un collectif nommé BXL Intern.

Ces derniers expliquent que la crise économique ne doit pas justifier les abus qui mènent, selon eux, à la démotivation de ces futurs travailleurs, mais aussi à des inégalités sociales.

Les indemnités de stage n’étant souvent pas suffisantes à couvrir les besoins élémentaires des stagiaires, leur revenu doit être complété par une autre source, comme la famille. « Cela crée un régime d’exclusion sociale au détriment de personnes moins aisées pourtant tout aussi talentueuses » concluent les organisateurs.

Les institutions européennes, et autres organismes orbitant autour de l’Union européenne à Bruxelles, ne sont pas épargnées par le phénomène. Un groupe utilisant Facebook pour épingler des entreprises qui ne respectent pas le droit belge en matière de stages pointe l’exemple d’une ONG recrutant un stagiaire en ressources humaines pour encadrer les stagiaires.

Un groupe parlementaire sur la jeunesse s’est aussi penché sur ce problème au sein même des instances du Parlement européen. Il a lancé un questionnaire sur le sujet. Les organisateurs de la « manifestation du sandwich » espère qu’il ne restera pas lettre morte.

Ce mouvement n’est pas sans rappeler le mouvement français « Génération précaire » né en 2005 autour d’une grève de stagiaires pour les mêmes revendications.

Dans la même veine que Internship black list, un blog recense des offres de stages abusives en France ; de quoi rire jaune…


Questions à Dagmar Glozewoki, co-organisatrice de la manifestation du Sandwich :




Euronews : Pourquoi ce nom, la Manifestation du Sandwich (the Sandwich Protest ndrl) ?
Dagmar Glozewoki : Nous avions besoin d’un nom accrocheur, et puis le sandwich est tout un symbole pour les stagiaires ! Certains ne pouvaient manger qu’un sandwich pour le déjeuner, soit parce qu’ils avaient trop de travail, et ne pouvaient se permettre que de manger un sandwich devant leur ordinateur. Soit ils ne pouvaient tout simplement pas s’offrir autre chose. Cette image du sandwich reflète exactement ce qui ne va pas dans le monde des stages, c’est-à-dire que les stagiaires ne sont pas payés correctement, ou pas du tout, et qu’ils ont beaucoup de travail. Et puis, la manifestation se déroule pendant l’heure du déjeuner, entre 11h et 14h, donc c’est lié à cette idée aussi.

Euronews : Quels sont vos buts avec cette manifestation ?
Dagmar Glozewoki : Principalement de sensibiliser les gens à notre cause. Nous ne sommes pas une association qui a une existence juridique, nous sommes un groupe de stagiaires qui se réunissent autour de leurs conditions de travail, et qui se rendent compte qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas bien dans le milieu des stages. Alors nous tentons d’organiser un événement pour faire prendre conscience aux gens, et les faire réfléchir sur la situation. Mais nous avons décidé de ne pas réclamer des mesures concrètes pour garder un aspect général à cette manifestation. Certains d’entre nous sont payés, d’autres non, nous avons des situations différentes mais nous préférons rester à un niveau général. Nous ne voulons pas nous adresser à des responsables politiques et exiger qu’ils fassent quelque chose, car nous savons à quel point cela peut être difficile. Nous préférons ouvrir la discussion, c’est notre but premier. Mais je tiens à préciser que nous ne tenons pas à être perçus comme radicaux ou agressifs, nous sommes vraiment reconnaissants pour ces stages. Ce sont de véritables opportunités qui nous sont offertes, nous le savons, et ce n’est pas tout le monde qui peut avoir cette chance.
Nous espérons que le plus de personnes possible pourra se rendre à la manifestation, que ce soit des stagiaires ou juste des personnes solidaires avec nous, mais nous sommes déjà très heureux de voir que les gens s’y intéressent, et que près de 400 personnes (à l’heure où nous écrivons ces lignes) se sont inscrits à l’évènement sur les réseaux sociaux. On parle de nous dans les médias, des députés européens et leurs assistants doivent venir nous supporter officiellement et faire une déclaration.

Euronews : Avez-vous des projets pour le futur ?
Dagmar Glozewoki : C’est compliqué, dans la mesure où la plupart d’entre nous sont stagiaires pour l’été, et ne seront plus à Bruxelles en septembre. De plus, nous sommes un groupe qui s’est formé de manière spontanée, sans existence officielle. Donc nous n’avons pas vraiment de projets concrets : nous aimerions bien sûr continuer le travail, et organiser une autre manifestation, un genre de suivi, à l’automne ou durant l’hiver. Nous sommes un groupe assez flexible, dans la mesure où la plupart d’entre nous ne sont là que pour une année ou six mois, donc l’organisation est compliquée. Mais nous espérons également que notre manifestation sera l’occasion d’attirer l’attention d’autres stagiaires, qui pourront prendre le relais.