DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

"Plutôt mourir" : une jeune Yéménite fuit un mariage arrangé


monde

"Plutôt mourir" : une jeune Yéménite fuit un mariage arrangé

Si la plupart des enfants populaires sur Internet le sont pour des raisons presque humoristiques (reprises de chansons attendrissantes ou étonnamment talentueuses, bévues et autres maladresses) c’est pour son courage et sa maturité exceptionnelle que Nada Al-Ahdal, fillette yéménite de 11 ans, fait le tour de la toile.

Elle apparaît dans une vidéo réalisée le 8 juillet 2013 dans laquelle elle annonce avoir fui sa maison familiale. La raison : échapper à un mariage arrangé que ses parents avaient prévu pour elle.

Elle raconte succinctement qu’à l’annonce de son mariage arrangé, elle a fui chez un oncle qui l’a recueillie et chez qui elle vit depuis.

Très rapidement Nada met son histoire au second plan derrière celle de tous ceux qui partagent son destin. Elle dit avoir réussi à résoudre « [son] problème mais que certains enfants innocents ne peuvent pas résoudre le leur, et peuvent en mourir, se suicider, ou tout ce qui leur passe par la tête. » Elle évoque ainsi une de ses tantes, mariée à l’âge de 14 ans, et qui s’est suicidé en s’immolant un an plus tard. Elle-même ne cache pas ses intentions : elle préfère « mourir » plutôt que d’être mariée à 11 ans à un homme qu’elle ne connaît pas.

« C’est criminel, simplement criminel. » dit-elle à la caméra. « Ils ont tué notre innocence, ils ont tués nos rêves. Il ne reste plus rien. Ce n’est pas une façon d’éduquer. »

Cette vidéo remet sur le devant de la scène un phénomène qui est un véritable problème, au Yémen et ailleurs : le mariage forcé des enfants. Illégal dans la plupart des pays, où les mariés doivent la plupart du temps avoir atteint l’âge de 18 ans, il est néanmoins largement pratiqué.

En Inde par exemple, plus de 47% des petites filles sont mariées avant d’avoir atteint l’âge légal, d’après un rapport du Centre de Recherche International sur la Condition des Femmes (ICRW). C’est parfois beaucoup plus, comme au Niger, où ce taux atteint 75%.

Depuis 1999, le Yémen n’a plus de législation limitant l’âge du mariage, qui était auparavant de 15 ans, ouvrant la porte à toutes sortes d’abus. Une tentative de réinstaurer un âge limite à 17 ans avait été effectuée en 2009. Ce projet de loi a été bloqué par des religieux arguant que ce serait contraire à la Charia, la loi coranique, d’après le rapport d’ Human Right Watch .

En avril 2008, une enfant de dix ans avait attiré l’attention du monde sur la « tradition yéménite » du mariage des enfants : Nojoud Ali avait demandé le divorce de son mari de vingt ans son aîné, qui la violait régulièrement. Sa famille battait également Nojoud. Si la loi yéménite autorise le mariage à tout âge, elle interdit les relations sexuelles jusqu’à un âge « approprié » pour de tels actes. Cet âge « approprié » n’est pas et ne doit jamais être 10 ans, et sur ce motif, la cour de Sanaa a accordé le divorce à Nojoud Ali, qui est retournée vivre avec ses parents, et a aussi pu reprendre des études.

Le mariage des enfants est un problème de société au carrefour de plusieurs thématiques, comme la pauvreté, l’éducation, la santé et la prévention, ainsi que la violence. Tous ces facteurs influent d’une façon ou d’une autre sur la condition des ces trop jeunes mariées, que la photojournaliste Stephanie Sinclair a suivi pour le National Geographic .

Nada continue son combat contre sa famille : le site National Yemen.com rapporte son espoir que la plainte contre ses parents soit soutenue par les journalistes et activistes qui l’ont soutenue jusque là, pour qu’elle « continue à vivre son enfance », le plus innocemment possible.

Crédit photo : mariage d’enfants en Inde, Flickr user Naga Rick

Prochain article

monde

Mandela fait des progrès constants