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Vers une guerre civile en Egypte ?


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Vers une guerre civile en Egypte ?

Depuis que Mohamed Morsi a été déposé par l’armée le 3 juillet, ses partisans occupaient jour et nuit deux places du Caire. Les leaders des Frères musulmans se sont succédés à la tribune, appelant au rétablissement de la légitimité.

Leurs chaînes de télévision ayant été fermées par les nouvelles autorités, paralyser le trafic par leurs sit-ins et leurs manifestations étaient un moyen pour se faire entendre.

Mohammed Morsi était le premier président démocratiquement élu d’Egypte. Il a remporté le scrutin de juin 2012 avec près de 52% des suffrages. L’une de ses premières décisions avait été de destituer le chef de l’armée, le maréchal Tantawi.

Il ne sera pas parvenu à mettre au pas l’armée qui l’a renversé et le maintient en captivité dans un endroit tenu secret. Sa détention vient d‘être prolongée d’un mois.

Entretien avec Hasni Abidi, politologue, spécialiste du monde arabe au CERNAM à Genève.

Sophie Desjardin, euronews:
Hasni Abidi, bonjour, merci d‘être avec nous, vous êtes politologue, spécialiste du monde arabe au CERNAM à Genève. Le couvre feu est instauré depuis hier en Egypte, réinstauré plutôt, les Frères musulmans n’ont visiblement – notre correspondant sur place nous l’a confirmé – aucune intention de céder. Que peut il se passer maintenant?

Hasni Abidi:
“Les indicateurs sont malheureusement très inquiétants du côté de l’armée comme du côté des Frères musulmans ou de leurs sympathisants. D’abord l’armée bien sûr en ré-instaurant le couvre-feu mais surtout l‘état de siège va s’arroger tous les pouvoirs donc plus de restrictions en matière de liberté publique et privée et la possibilité de procéder à des arrestations à tous moments. Du côté des islamistes, on s’attend à une multiplication de foyers de tension et pas seulement, à des sit-in dans les villes les plus importantes d’Egypte”.

euronews:
De nombreux Egyptiens, y compris parmi les intellectuels, soutiennent l’armée qui les a soutenus lors de la première révolution. C’est un lien étrange entre le peuple et cette institution aux Megas pouvoirs, jusqu’où l’armée peut-elle aller sans perdre ce soutien?

Hasni Abidi:
“Il ne faut pas oublier que l’armée égyptienne est une armée populaire, elle n’est pas une armée professionnelle comme l’armée turque.Elle est présente dans tous les secteurs de l‘état et notamment dans l‘économie, et pour l’Egyptien ordinaire, l’armée est le seul rempart pour sauver l’Egypte contre toute implosion ou contre cette idée très répandue en Egypte que le pays va devenir un pays gouverné par seulement les Frères musulmans”.

euronews:
Est ce que ça veut dire qu’elle peut aller jusqu’au bout?

Hasni Abidi:
“Malheureusement on peut craindre une certaine dérive, la tentation autoritaire. Il faut dire qu’elle a réussi un coup de force hier même si les conséquences seront terribles pour son image. Bien sûr les réactions internationales ne sont pas réjouissantes pour l’armée, mais malgré cela, si elle arrive à instaurer la sécurité et la stabilité, si elle arrive à ramener un peu plus d’ordre, je pense qu’elle pourra aussi revenir non seulement au réservoir de sympathie qu’elle avait auparavant mais aussi à rassurer les Eyptiens qui sont aujourd’hui, il faut le reconnaître, plus que jamais divisés”.

euronews:
Du côté des islamistes, quelle peut-être la stratégie désormais? Que peuvent-ils faire? La situation n’est pas sans rappeler à certains égards l’Algérie des années 90, y-a-t-il un risque de radicalisation, voire de terrorisme?

Hasni Abidi:
“Ah oui, il y a des similitudes flagrantes entre la scène égyptienne et la scène Algérienne: L’interruption du processus électorale en janvier 1992 qui a ramené une bonne partie des islamistes à prendre le maquis, à se radicaliser, et la naissance des mouvements radicaux comme le GIa, le GSPC etc. L’Egypte malheureusement a déjà ses propres mouvements radicaux, la Gama islamya, le Jihad islamique, qui sont en fait en éveil, qui ont perdu la bataille après le printemps arabe puisqu’ils ont vu des islamistes arriver au pouvoir grâce aux urnes et pas grâce à la lutte armée. Mais malheureusement, les événements d’hier et bien entendu le coup d‘état contre le président Morsi va donner des ailes à ces mouvements radicaux, qu’ils soient à l’extérieur de la confrérie ou à l’intérieur. Pour dire, finalement la participation politique n’est pas la bonne option et désormais seule une lutte armée est possible.

euronews:
L’Egypte est un poids lourd du monde arabe, alors le corollaire est, y a-t-i un risque de débordement au delà des frontières égyptiennes?

Hasni Abidi:
“Si bien sûr les islamistes continuent dans leur logique suicidaire ou dans la politique de la terre brûlée, puisqu’ils ont tout perdu, cela va épuiser l’armée qui fait face à des foyers très importants dans le Sinaï et dans d’autres villes et qui fait face aussi à une circulation d’armes très importantes bien sûr de la Libye qui est incontrôlable aujourd’hui. La gestion des affaires politiques par l’armée risque aussi de l’affaiblir, c’est pourquoi il est indispensable que l’armée se retire au plus tôt pour laisser les affaires aux mains des civils ou aux mains de messieurs Mansour ou Beblaoui. Je crois qu’il y a aujourd’hui un devoir très important moral et politique pour la communauté internationale de ne pas laisser les Egyptiens face à leur propre sort.

Pour lire l’intégralité de notre entretien en français avec le politologue Hasni Abidi, cliquez ici :
Hasni Abidi : “La communauté internationale ne doit pas laisser les Egyptiens face à leur propre sort”

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