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De nouvelles drogues légales ?


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De nouvelles drogues légales ?

C’est un casse-tête pour les responsables politiques à travers l’Europe : comment faire face à la prolifération des drogues légales ? Que font les autorités pour s’assurer que ces nouvelles substances qui imitent les effets des drogues dures ne constituent pas un risque pour la santé publique ?

Certains pays sont inflexibles, d’autres plus permissifs. Bruxelles pour sa part a proposé une réglementation sur ces substances psychoactives, herbes ou encore psychotropes. Des produits autorisés dans des Etats membres – ou pas encore interdits – que l’on trouve facilement sur internet, voire en magasin spécialisé.

En Lettonie, pays qui tente de trouver un juste équilibre en la matière, des “euphorisants légaux” – comme on les appelle parfois – sont en vente dans des shops un peu particuliers. La police veille quand même à ce que l’on n’y trouve aucune substance interdite, les autorités lettones ayant établi une liste de produits prohibés car nocifs. Sont donc commercialisées les substances autorisées, mais aussi de nouveaux stupéfiants qui font sans arrêt leur apparition : ils ne font pas encore l’objet d’une réglementation et on ignore leur dangerosité.

Nous assistons à un contrôle dans l’un de ces shops de Riga. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont convié des inspecteurs des impôts, des représentants des pompiers et d’autres services pour tenter de porter un maximum de coups à ce business. Cette fois, aucune entorse à la réglementation sur les drogues ne sera constatée, mais au moins sept infractions administratives seront relevées.

Du côté des habitués, on estime que ces opérations de police sont stupides. C’est le cas d’un jeune consommateur de 17 ans qui dit consommer ce genre de substances deux fois par mois. Il explique : “quand je me sens déprimé, j’ai besoin de fumer et de me détendre” avant de préciser : “ça fait rien de spécial, c’est du spice, ce n’est pas du cannabis. Le spice, c’est comme le thé,” assure-t-il, “c’est comme quand on boit du thé, ça nous fait du bien.”

Andrejs Grisins, le chef de la police criminelle lettone, affiche de son côté sa détermination et celle de ses équipes : “la lutte contre ces drogues légales est l’une de nos priorités parce qu’on se préoccupe de la santé de nos jeunes et ce sont les plus jeunes qui constituent le public visé par les gens qui vendent ces produits. Pour nous,” poursuit-il, “il est essentiel de nous battre contre eux.”

Tout l’enjeu consiste à établir les risques sanitaires que font peser ces drogues légales sachant que leur composition évolue sans cesse. Dans de nombreux pays, elles causent de plus en plus de décès.

Un ancien détenu toxicomane nous livre son sentiment. Il s’inquiète de cette évolution et estime que ces drogues légales consommées par les plus jeunes font en réalité, partie des substances les plus nocives. “Quand on consomme ces drogues,” affirme-t-il, “c’est comme si on te frappait sur le crâne, ça te retourne la tête, ta tête explose. J’ai goûté une fois ou deux,” raconte-t-il, “j’ai compris que ce n‘était pas pour moi et que je ne vivrais pas bien longtemps si je continuais à en consommer.”

Déterminer la composition de ces produits est nécessaire pour adapter les soins aux consommateurs qui en auraient besoin. Mais la tâche est complexe car toujours plus de mélanges détonnants apparaissent sur ce marché : l’an dernier, en Europe, 73 nouvelles drogues de ce genre ont été identifiées contre 49 l’année précédente.
“Les plus jeunes qui consomment ces produits à base d’herbes par exemple sont plongés dans un état incontrôlable après avoir fumé chez eux ou dans la rue,” souligne le docteur Astrida Stirna, spécialiste des addictions au ministère letton de la Santé. “Ensuite, c’est sous l’effet de ces substances psychotropes qu’on nous les amène et à ce moment-là, il est difficile pour nous d’identifier exactement ce qu’ils ont consommé,” dit-elle, “c’est parce qu’en permanence, de nouveaux composants sont ajoutés dans les produits et on ne peut les identifier tous.”

En parallèle de l’arsenal législatif et policier, les experts estiment que le travail de prévention est tout aussi essentiel : il faut informer sur les dangers potentiels. Les professionnels lettons qui oeuvrent dans le domaine de la santé tentent de faire passer le message auprès des jeunes, notamment en se rendant dans les établissements scolaires. Mais d’après eux, il est tout aussi important de sensibiliser les parents. “Bien sûr, informer les enfants, c’est très bien, mais tout dépend surtout de la famille,” lance Anna Auzina en charge de la prévention à la mairie de Riga. “S’il n’y a pas de soutien de la part des proches,” estime-t-elle, “le spécialiste ne peut pas intervenir, dire que la consommation de drogues est nocive et espérer avoir le moindre impact.”

Si la Lettonie choisit une approche mesurée, les Etats membres dans leur ensemble mettent l’accent sur la lutte contre les drogues. Mais pour être plus efficace, il faut encore accélérer les procédures visant à contrôler et à interdire les produits – quand c’est nécessaire – et mieux partager les informations entre les pays.

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