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Intégration des Roms : commencer par la scolarisation des enfants

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Intégration des Roms : commencer par la scolarisation des enfants

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Les roms d’Europe centrale et orientale indésirables… La France a récemment relancé le débat en questionnant leur aptitude à s’intégrer. Nous sommes allés au coeur de l’Europe, dans la commune de Saint-Josse à Bruxelles, un quartier multiculturel, pour voir comment se fait ce travail d’intégration. Florin Muntean est un médiateur rom d’origine roumaine employé par la commune. Son cheval de bataille, scolariser les enfants. C’est grâce à lui que la petite Perla a pris le chemin de l‘école primaire.

“ C’est très bien l‘école, je voudrais lire, parler bien français, hollandais “, nous dit la fillette.

Florin passe ses journées de squat en école et en administration sociale. Il est le trait d’union entre les institutions et les Roms de son quartier, où ils sont environ 1.300. On l’appelle même quand un élève a une rage de dents.

“ Chaque fois, je donne le même message, travailler pour les Roms avec les Roms “ , résume-t-il.

A l‘école primaire Henri Frick, on accueille une vingtaine d’enfants roms chaque année, des enfants dont on ne sait jamais combien de temps ils resteront. Le directeur, Eric Leemans, se souvient d’un élève qui l’a particulièrement marqué :

“ Octavien c‘était un enfant de 12 ans, non scolarisé, du tout. Le fait d‘écrire son nom – il ne savait pas écrire son nom – Octavien, sur l’ordinateur, que les lettres apparaissent, il trouvait ça magique. Et un beau jour, on n’a plus eu de nouvelles. “

La mère de Perla et ses quatre enfants sont actuellement logés par la commune. Maria Sava veut rester et donner à enfants, dit-elle, l’enseignement qu’elle n’a pas eu. Elle ne sait ni lire ni écrire.

Mais dans un quartier aux équilibres déjà fragiles, l’arrivée d’une grande vague de Roms en 2010-2011 a provoqué des tensions. Chand Prem Kapoor, qui préside l’association des commerçants de sa rue, raconte :

“ Nous avons eu des petits vols dans les magasins et aussi des vols de sacs et des remarques de certaines personnes, pas agréables. Mais maintenant, c’est assez calme “, confie-t-il.

Accompagner l’intégration des siens, c’est pour Florin une raison d‘être. Mais il a parfois du mal à leur faire abandonner certaines pratiques.

“ Des fois, je trouve des Roms traditionnels, qui ne veulent pas changer leur mentalité. Ils acceptent pas d’arrêter la mendicité, la mendicité avec les enfants, que je n’aime pas. Je propose à la maman qui fait la manche avec eux de me donner la chance d’inscrire les enfants, de les scolariser. “

Etablir le lien, sensibiliser et convaincre. Un travail de longue haleine mais qui commence à porter ses fruits ici. A Saint-Josse, Florin nous assure qu’on ne croise plus de mère mendiant son enfant sur les genous.

Pour aller plus loin sur cette question, nous avons interviewé une sociologue de l’Université Libre de Bruxelles. Voici la retranscription de cette interview.

Audrey Tilve, euronews : “ Corinne Torrekens, vous êtes docteur en sciences sociales et politiques, spécialisée dans la question des minorités. Les déclarations du ministre de l’Intérieur en France, aussi tapageuses soient-elles, ont fait ressurgir une question récurrente : est-ce que les Roms dans leur majorité ont la capacité et la volonté de s’intégrer, d’adopter un mode de vie dit conventiel, qui implique la scolarisation des enfants, un emploi si possible et puis aussi le respect des règles de vie dans le lieu d’accueil ? “

Corinne Torrekens, docteur en sciences sociales et politiques et chercheuse à l’Université Libre de Bruxelles :
“ Clairement, on voit que les populations roms sont diverses et sont structurées de manière différente. Il y a d’une part les gens du voyage qui ont des séjours transitoires et temporaires de manière différente que les familles en grande précarité qui occupent des squats et des logements. Ici, les groupements qu’on observe, par exemple dans une ville comme Bruxelles ne sont pas liés aux réseaux de la mendicité, mais par contre le problème de la scolarisation des enfants se pose déjà dans les pays d’origine comme la Slovaquie ou la Roumanie par exemple. Et donc les processus d’intégration de ces populations sont des processus longs, qui impliquent un accompagnement individualisé sur le long terme. “

euronews : “ C’est un travail de terrain, fait bien souvent par des médiateurs, un travail au niveau local, au cas par cas, c’est vraiment un travail de fourmi. Combien de temps faudra-t-il pour en mesurer vraiment l’efficacité ? “

Corinne Torrekens : “ Ce sont véritablement les autorités locales, municipales et régionales qui se retrouvent en première ligne, et donc cet accompagnement doit se faire par des travailleurs sociaux, des médiateurs, et donc on estime en définitive que ça mettra sans doute une génération avant que l’intégration des familles roms en grande précarité ne puisse se faire en Europe occidentale. “

euronews : “ Un mot pour finir sur le rôle de l’Europe. Elle dit soutenir, encourager ces stratégies d’intégration. 50 milliards d’euros ont été débloqués pour justement financer ces projets d’inclusion sociale, c’est ce que dit la Commission européenne. Est-ce que tous les pays européens jouent le jeu ? “

Corinne Torrekens : “ On voit, je l’ai dit précédemment, que les municipalités se retrouvent en première ligne, et on voit que l’accompagnement au niveau national ou au niveau fédéral par exemple pour la Belgique est véritablement manquant et qu’il y a un manque de volonté politique à aller chercher les moyens au niveau européen. Par exemple, le plan national belge d’intégration des Roms ne prévoit absolument pas ces familles en grande précarité et en errance qui occupent des squats et des logements précaires dans la stratégie nationale. Donc on ne règlera pas le problème avec cette stratégie d’intégration. “

euronews : “ La Belgique donc, d’autres Pays ? “

Corinne Torrekens : “ Il semblerait que ce soit le cas aussi en France. Il y a des expériences pilote qui sont menées et qui arrivent à certains résultats mais ce sont des expériences extrêmement locales. Pour qu’elles puissent perdurer dans le temps et faire école, il faut qu’il y ait un accompagnement national et une vraie volonté d’aller chercher les fonds au niveau européen. “