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Légalisation des drogues : la solution ?


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Légalisation des drogues : la solution ?

Une récente étude publiée dans le British Medical Journal indique qu’en moyenne depuis vingt ans les prix des drogues illégales ont baissé alors que leur pureté a augmenté. C’est ce qu’a révélé l’analyse par des scientifiques du ‘Centre International pour la Science dans les Politiques sur les Drogues’, implanté au Canada, de deux décennies de données issues de la lutte mondiale contre les drogues. Il note une baisse des prix de moins 74% pour les opiacés et moins 51% pour la cocaïne. Cette baisse des prix sont révélateur du fait que l’offre mondiale de drogue a augmenté.

Noémi Mráv

« Ces conclusions s’ajoutent au corpus grandissant de preuves montrant que la guerre contre la drogue a échoué » explique le Dr Evan Wood, chercheur à l’université de Colombie Britannique, et co-auteur de l’étude. « Nous devrions chercher à mettre en œuvre des politiques qui mettent la santé et la sécurité de la communauté au premier plan de nos efforts, et qui considèrent la consommation de drogues comme un problème de santé publique plutôt qu’un problème de justice pénale ».

De plus en plus de pays légalisent le cannabis


L’opinion du Dr Wood est le reflet d’une tendance récente de la part de pays qui légalisent les drogues ‘douces’ d’une façon ou d’une autre. Il s’agit principalement de la vente et de la consommation de cannabis. Aux Etats-Unis, par exemple, 17 états et la capitale Washington D.C ont autorisé la consommation de marijuana à but médical.
A partir du 1er janvier 2014, la vente de cannabis à but récréatif deviendra légale dans les états du Colorado et de Washington. D’après Bloomberg, les pouvoirs publics dans ces deux états espèrent lever au total près de 2,1 milliards de dollars de recettes fiscales dans les cinq prochaines années.
L’Uruguay a pour sa part choisi de légaliser complètement la consommation de cannabis sur son territoire national.

La légalisation ne dépend pas du débat sur les risques


Depuis longtemps, le débat à propos de la légalisation de la marijuana ne se concentre plus sur les possibles dangers pour les consommateurs, mais plutôt sur la recherche de régulations efficaces, à la fois en termes de santé publique et de bénéfices économiques.

Dans ce cas, pourquoi est-il trompeur de toujours réfléchir et débattre selon une dichotomie dangereux / inoffensif ?

Légaliser n’est pas énoncer le danger ou non d’un produit en particulier. Il s’agit d’une tentative pour trouver un meilleur cadre législatif. En effet, il existe aussi des problématiques médicales, sociales et économiques dans les pays où la marijuana n’est pas légale.

Le vote en faveur de la légalisation du cannabis dans les états américains de Washington et du Colorado en 2012 a été motivé par la constatation d’une augmentation continue de la consommation de marijuana. Il s’agit d’ailleurs du premier des trois principaux arguments pour la légalisation. En effet, selon les pro-légalisation, malgré les risques sanitaires possibles, la marijuana serait bien loin d’être aussi dangereuse que l’alcool et le tabac. Pourtant, malgré cela, ces deux drogues récréatives sont vendues et achetées légalement.

Troisième argument : le cannabis vendu dans la rue est souvent de très mauvaise qualité. Il peut contenir des polluants et autres produits dangereux pour la santé. Légaliser, dans le cadre d’un commerce contrôlé par l’Etat, pourrait aider à réduire ces risques. Cela permettrait aussi d’en interdire la vente aux mineurs dans les débits officiels, contrairement aux dealers qui n’hésitent pas à vendre du cannabis aux moins de 18 ans.
Des sondages ont montré qu’il était plus simple pour un étudiant aux Etats-Unis d’acheter du cannabis que des cigarettes, dont le commerce est strictement contrôlé. Pour cette raison, il a été décidé que la marijuana légale ne serait accessible qu’aux personnes de plus de 21 ans, et la consommation dans les zones publiques serait interdite.

Le revenu fiscal de la vente de cannabis dans l’état de Washington sera en majorité redistribué : 125 000$ serviront à financer la recherche ; 50 000$ iront à la rédaction de rapports sur des questions sociales ou de santé et 5 000$ financeront des campagnes de prévention sur le web.
Près de 1,5 millions de dollars seront versés à l’Association Nationale de Contrôle des Boissons Alcoolisées, répartis à 59% pour le Programme de santé de l’état, 15% pour des traitements médicamenteux contre l’alcoolisme, 10% pour de la prévention et 5% pour des habitats collectifs.

L’Etat rackette les junkies

Le troisième et plus important argument du point de vue de l’Etat concerne es aspects économique et criminel. Pour de nombreux partisans de la légalisation, celle-ci pourrait mettre fin à des décennies de guerre contre la drogue. Sans cadre légal, le trafic de cannabis permet au crime organisé, dont les autres activités incluent le trafic d’armes, le blanchiment d’argent et le kidnapping, de s’enrichir.

Les sommes en jeu sont considérables, et se chiffrent en milliards de dollars. L’inaction coûte cher ; l’Espagne, par exemple, voit s’échapper 177 milliona d’euros en revenus fiscaaux chaque année à cause de la vente illégale de marijuana. Au Royaume-Uni, ce montant est évalué à 1,25 milliards de livres.
Mark Barton, un célèbre officier de police outre-manche, a récemment expliqué sa position dans le grand quotidien britannique The Guardian.

Il explique, dans cet édito, que la criminalisation du trafic fait perdre beaucoup d’argent à l’Etat.
« Après 34 ans dans la police, je reconnais comme une vérité indiscutable que les drogues font du mal. De temps à autres, un collègue retraité plaide pour un changement d’approche. Mais la plupart du temps, les hommes politiques, les professionnels et les média s’entendent pour écrire une belle histoire et nous faire croire que nous sommes en train de gagner la guerre contre la drogue ou que nous devons toujours les combattre de la même manière », écrit-il.

Barton prend l’exemple de la prohibition ds années 1920 aux Etats-Unis. La montée en puissance de la Mafia a été financée en grande partie par le commerce d’une drogue alors interdite : l’alcool, dont la pègre avait pris le contrôle et ce de la production à la vente. L’Etat ne put reprendre le contrôle de la situation qu’en rendant l’alcool à nouveau légal.

« Les drogues devraient être contrôlées. Évidemment, elles ne devraient pas être disponibles librement. Je pense que l’addiction, que ce soit aux drogues, à l’alcool, au jeu etc., n’est pas une bonne chose. Mais une interdiction complète ne fait que mettre le bénéfice aux mains des malfaiteurs », poursuit-il.
Selon lui, les drogues dures devraient être fournies directement par l’Etat aux personnes dépendantes, ce qui ne signifie pas leur légalisation, mais plutôt une consommation dans un environnement contrôlé, avec accès aux services de santé.

Si le trafic de stupéfiant n’était plus le monopole de criminels, ces derniers seraient privés de l’une des leurs sources principales de revenus . Ils pourraient aussi perdre de leur superbe auprès des adolescentes dans les quartiers : avec l’argent facile de la drogue, certains membres de gangs locaux jouissent d’un statut de héros auprès des jeunes. S’ils perdraient la main sur le marché des stupéfiants, leur richesse et leur popularité pourraient toutes deux être sérieusement écornées.

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