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Catalogne : oui ou non un référendum sur l'indépendance?

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Catalogne : oui ou non un référendum sur l'indépendance?

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Démonstration de force et succès médiatique des indépendantistes catalans. C‘était le 11 septembre dernier, la Diada, le jour de la Catalogne, des centaines de milliers de personnes ont participé à cette chaine humaine traversant la région espagnole du nord au sud, sur 400 km. Leur but : réclamer la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Au parlement de Catalogne, les partis favorables à la tenue d’un référendum sont majoritaires. L’agenda politique du président catalan, Artur Mas, est donc marqué par cette promesse électorale qui contrarie le gouvernement central à Madrid. Le 12 décembre dernier, le président de la Generalitat annonce que la consultation aura lieu le 9 novembre 2014 : “Le moment viendra pour les institutions espagnoles de négocier avec les institutions catalanes en vue d’intégrer ce référendum selon les lois en vigueur, et de nombreuses possibilités existent”, explique alors le président du gouvernement catalan.

Deux questions seront posées aux électeurs catalans : voulez-vous que la Catalogne devienne un État? Et si oui, voulez vous que cet Etat soit indépendant?

C‘était sans compter sur le gouvernement central de Madrid, qui a immédiatement réagi, qualifiant le référendum d’erreur historique. Sa tenue est tout tout simplement hors de question a rétorqué le chef du gouvernement, Mariano Rajoy : “C’est anti-constitutionnel et cela ne se produira pas. Ce que les partis catalans ont décidé est en parfaite opposition avec la constitution et avec la loi.”

Décidé à défendre son projet à l‘étranger, Artur Mas a envoyé fin décembre une lettre aux dirigeants de l’UE, et à la Commission. Il y écrit notamment: “Je suis sur que je peux compter sur vous pour soutenir le processus pacifique, démocratique, transparent, et européen dans lequel le peuple de Catalogne et moi-même sommes totalement impliqués.”

En réponse, le président de la Catalogne a reçu de Bruxelles un courtois : “ce n’est pas mon rôle ni celui de la Commission d’exprimer une opinion ou des encouragemebts sur une question d’ordre interne relative à l’organisation constitutionnelle dans nos Etats membres…”’

Bref, il s’agit d’une affaire “intérieure” de l’Espagne, à règler entre Madrid et Barcelone. Pour l’instant, le bras de fer continue : Artur Mas a réaffirmé le 7 janvier que le référendum sera convoqué. Mariano Rajoy se dit convaincu que “tout va s’arranger.”

Francisco Fuentes, euronews:
Le parlement catalan a ouvert une nouvelle étape en approuvant une demande au parlement espagnol pour qu’il autorise la Generalitat de Catalogne à convoquer un référendum sur l’avenir politique de la région. Pour approfondir la question nous rejoignons à Barcelone, l’analyste politique Antoni Gutiérrez-Rubí. Antoni, bonjour, merci d‘être avec nous. À votre avis, quelles sont les conséquences immédiates de cette décision ?

Antoni Gutiérrez-Rubi, analyste politique:
La première conséquence, c’est la relance du processus souverainiste. La deuxième, c’est que les deux grandes forces politiques de l’Espagne, le Parti populaire et le Parti socialiste, devront expliquer pourquoi ils sont contre. Jusqu‘à présent, on a simplement mis en avant que ce référendum n’est pas autorisé par la Constitution, alors que, oui, celle-ci permet le transfert de pouvoirs. Et troisièmement, la conséquence la plus immédiate, ce sera le retour du processus souverainiste au coeur du débat sur l’avenir de l’Espagne et de la Catalogne.

euronews:
Un mois est passé depuis que le président catalan Artur Mas, a annoncé un référendum pour le mois de novembre prochain. Les semaines passées, il a envoyé des lettres à plusieurs dirigeants européens, jusqu’ici sans succès. Comment jugez-vous cette stratégie du président Catalan?

Antoni Gutiérrez-Rubí:
Il prétend expliquer à ses collègues européens que le gouvernement espagnol ne va en aucun cas permettre, comme l’a fait le gouvernement britannique avec l’Ecosse, qu’une région, dans notre cas la Catalogne, puisse décider de son avenir et de ses relations avec l’Espagne. Il évoque plus largement, une certaine incompréhension du gouvernement espagnol, non seulement sur la demande catalane mais aussi sur l’idée même d’un référendum, du vote démocratique. On verra ce qui va se passer avec cette demande au parlement espagnol : à ce moment là, le gouvernement et les partis politiques devront expliquer pourquoi ce n’est pas possible de réaliser en Espagne ce qui est possible au Royaume Uni.

euronews:
Pourquoi ce type de dialogue semble-t-il impossible en Espagne?

Antoni Gutiérrez-Rubí:
Le Parti Populaire et le président Mariano Rajoy sont prisonniers de leurs bases électorales les plus réfractaires, les nationalistes espagnols qui refusent catégoriquement d’engager la réforme des institutions, notamment la Constitution, alors qu’elle apparait de plus en plus nécessaire. En plus, il n’est pas sur que le Parti socialiste, du fait de sa longue tradition égalitariste ait les moyens et la flexilibilité politique suffisante pour établir une nouvelle relation biltatérale Catalogne-Espagne, sur de nouvelles bases. L’immobilisme de Rajoy ne garantit pas une solution au problème de fond, à savoir qu’une majorité très importante des citoyens catalans désirent et veulent décider de leur avenir et avoir une nouvelle relation avec l’Espagne.