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Les « vrais outsiders » de Sotchi : les Tonga


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Les « vrais outsiders » de Sotchi : les Tonga

Face aux armadas russes, américaines, norvégiennes ou encore autrichiennes, de petites délégations entendent faire parler d’elles lors des Jeux olympiques de Sotchi. Pour elles, leur présence même en Russie est une victoire. Cette année, certaines nations participent même à leurs premières Olympiades, des pays dont la tradition en matière de sports d’hiver est tout sauf évidente, tel le Togo par exemple. Euronews vous propose de passer en revue ces sportifs venus d’horizons parfois lointains.

Casting et homme-sandwich pour une luge

Dans notre inconscient sportif, les Tonga riment avec rugby, certainement pas avec sports d’hiver. Pourtant le pays est représenté à Sotchi. Pour la première fois aux Jeux olympiques d’hiver, un athlète de cet archipel du Pacifique a défendu les couleurs nationales. Sur la piste de Sanki, Bruno Banani a pris part aux épreuves de luge, une discipline aux antipodes des rivages de ses îles natales.

La présence de Bruno Banani à Sotchi est due à une suite de hasards. Mais le weekend dernier, le lugeur tongien a pratiquement réussi son pari. Son objectif était de terminer dans les 30 premiers. Dimanche il s’est classé 32 sur 39, à l’issue des quatre manches de la compétition.

Hasard, vous avez dit hasard ? Il s’avère nécessaire d’opérer un retour en arrière pour mettre au jour tous les tenants et aboutissants de la participation de Banani, un nom qui n’est d’ailleurs, nous allons le voir, pas la vraie identité de notre lugeur.

Comme tous les royaumes, les Tonga sont « couronnés » par une famille royale. Et qui dit famille royale, dit roi et reine, mais aussi princes et princesses. Et c’est à une princesse que revient l’idée de créer de toute pièce une fédération de luge dans le pays. Salote Mafile’o Pilovelu Tuita, alors en vacances dans la très select station de sports d’hiver de Saint-Moritz en Suisse, rencontre le prince Albert II de Monaco. Ce dernier, ancien pilote de bobsleigh, avait représenté sa principauté aux Jeux olympiques d’hiver à cinq reprises entre 1988 et 2002.
C’est sans doute lui qui a su éveiller l’intérêt de la princesse pour les épreuves de glisse.

Celle qui pourrait un jour prétendre au trône a fait le constat suivant : les plus valeureux sportifs du pays sont des enfants de l’ovalie. Et le morphotype des rugbymen correspond bien avec le profil recherché pour « dompter » une luge filant sur un circuit. S’en suit une idée un peu folle : organiser un casting parmi les joueurs de rugby pour tenter de trouver la perle rare. Et c’est là que le destin de celui qui ne s’appelle pas encore Bruno Banani, prend une nouvelle direction : il sera LE lugeur des Tonga.

Etre sélectionné pour représenter son pays est chose. Pouvoir le faire dans des conditions acceptables en est une autre. Et bien que l’essentiel soit de participer, l’argent est tout même l’un des facteurs primordiaux pour mener à bien cette entreprise. Ainsi, bafouant quelque peu les idéaux de l’olympisme, Fuahael Semi, par l’entremise d’une agence de communication, entreprend de changer d’état civil pour porter ce nom de Bruno Banami, un entreprise allemande qui fabrique… des sous-vêtements.
Des athlètes avaient déjà changé de nom après avoir choisi de concourir pour une nouvelle nation, pour être plus conforme avec les us et coutumes. Mais prendre fait et cause pour un marque, c’est du jamais vu ! L’affaire a déclenché de multiples polémiques. En 2012, Thomas Bach, actuel président du Comité international olympique et à l’époque responsable du comité olympique allemand, avait vertement réagi en indiquant que cette manœuvre était une « idée marketing perverse ».


Dans son pays, Bruno Banani a déja déclenché des vocations !

Quoi qu’il en soit, les performances de Bruno Banani sont des plus respectables, surtout pour quelqu’un qui a découvert sa première piste en 2009 ! Il s’est notamment illustré en obtenant la 28ème place de la compétition des Mondiaux 2013. De plus, la luge reste l’une des épreuves les plus dangereuses des disciplines olympiques. La mort accidentelle du Géorgien Nodar Kumaritashvili, lors d’une séance d’entrainement durant les précédents JO en 2010 à Vancouver, reste encore dans toutes les mémoires.

Le mot de la fin revient à Norbert Loch, l’entraineur de la redoutable équipe de luge allemande : « C’est un sacré athlète et pas du tout le nouveau Eddie Edwards1 de la luge ».

1 Loch, dont le fils a remporté l’or ce dimanche, fait ici référence à ce Britannique, qui a participé aux épreuves de saut à ski lors des Jeux de Calgary en 1988. Ce dernier est considéré comme l’archétype de l‘« amateurisme olympique ». Voulant absolument participé aux Jeux, il se tourna vers le saut à ski, car l‘équipe de Grande-Bretagne était pratiquement inexistante, d’où des chances de qualification plus grandes. Fortement hypermétrope, obligé de sauter avec ses lunettes de forte correction, il prit part aux épreuves sur tremplin normal et sur grand tremplin. Et à chaque fois il décrocha… la dernière place. Par exemple, en grand tremplin, alors que le finlandais Matti Nykänen remporta la médaille d’or avec un total de 224 points, Eddie Edwards termina 55ème et bon dernier avec 57,5 points. En termes de distance pure, le meilleur saut réalisé par Nykänen fut de 118,5m, contre 71m pour Edwards. Petite consolation pour lui : à Calgary, il a tout de même établi le record de Grande-Bretagne !

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