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L'avortement sélectif de filles, pratique courante en Inde


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L'avortement sélectif de filles, pratique courante en Inde

Décembre 2012, le viol collectif et l’assassinat d’une jeune étudiante provoquent la colère en Inde et choque l’opinion publique mondiale.

Ce drame déclenche une rébellion sociale sans précédent dans le pays. Les autorités jugées bien trop laxistes face à ces atrocités sont pointées du doigt.

Trois mois après, le gouvernement cède sous la pression. Il approuve une loi durcissant les sanctions contre les crimes sexuels.

La nouvelle loi n’aura pas eu les effets escomptés. Plus d’un an après son entrée en vigueur, les viols persistent, ils seraient même en augmentation.

En janvier dernier, une femme de 20 ans a été victime d’un viol collectif ordonné par un conseil de village en représailles d’une relation amoureuse.

“Beaucoup de crimes sexuels en Inde se produisent en raison de nombre moins important de filles que de garçon dans le pays. Les jeunes garçons ne sont pas en mesure de se marier, en particulier dans le nord de l’Inde. Le fœticide féminin et I’infanticide de filles sont en cause”, explique Rishi Kant, militant pour le droit des femmes.

En effet, d’après le recensement de 2011, l’Inde compterait 37 millions d’hommes de plus que de femmes. Le pays a l’un des ratios hommes-femmes les plus déséquilibrés au monde.

Ce déséquilibre est dû en partie aux avortements sélectifs de fœtus féminins. La loi de 1994 interdisant le diagnostic prénatal pour connaître le sexe de l’enfant n’est pas vraiment respectée et naître fille en Inde est un handicap.

Il y a eu douze millions d’avortements de fœtus féminins au cours des trois dernières décennies, en Inde, selon le Centre de recherche en santé mondiale de Toronto.

Dans un système patriarcal où la femme est sous la tutelle des hommes toute sa vie, la préférence masculine est la règle.

Ce sont souvent des familles riches et éduquées qui font le choix de se débarrasser de leurs filles, privilégiant les garçons, symboles d’une future réussite.

“Nous avons constaté une baisse de ces naissances dans les foyers situés en haut de l‘échelle sociale, contrairement à ceux étant plus pauvres et sans éducation. Il s’agit donc vraiment, en Inde, d’un phénomène qui touche les personnes instruites et fortunées”, dit Prabhat Jha, épidémiologiste au Centre de recherche en santé mondiale de Toronto.

Selon une étude publiée en 2011 par la revue The Lancet, entre quatre et douze millions de filles ont été “éliminées” en Inde depuis le milieu des années 1980.

Les Nations unies estiment à environ 500 000 chaque année en Inde le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) destinées à éviter la naissance d’une fille.

Questions à Lakshmi Puri, ONU Femmes

euronews:
Lakshmi Puri, vous êtes directrice adjointe d’ONU Femmes, l’Entité des Nations Unies pour l‘égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, merci d‘être avec nous. La Journée internationale des femmes est un moment fort de la lutte pour les droits de l’homme et les droits civiques. Où la cause de l‘égalité des sexes a t-elle le plus besoin de soutien?

Lakshmi Puri, directrice adjointe d’ONU Femmes:
Le combat pour l‘égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes est devenu aujourd’hui très important, elle a été mené au sein de la communauté internationale comme jamais auparavant, en particulier depuis la création d’ONU Femmes.

euronews:
Selon l’ONU, l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le viol en Inde donne-t-elle plus de sécurité aux femmes ?

Lakshmi Puri:
La loi sur le viol dans le nouvel amendement du Code pénal est une loi historique. Elle est vraiment progressiste et complète, car elle englobe toutes les formes de violence contre lesquelles il est nécessaire d’agir, la définition des violences sexuelles, les peines, les dispositions particulières, les tribunaux spéciaux à disposition. Tout cela est très, très positif. Mais bien sûr, son application est fondamentale, et là dessus qu’il faut vraiment travailler avec tous les partenaires, le gouvernement, les intervenants, le grand public.

euronews:
Certaines études indiquent qu’en Inde, un foetus féminin fait plus l’objet d’avortement que s’il est masculin, alors même que le diagnostic prénatal du sexe de l’enfant est illégal. Que dit l’ONU sur l’avortement sélectif ?

Lakshmi Puri:
L’ONU est contre toutes les formes de violence, y compris celles faites aux femmes et aux filles, et c’est en effet une forme tout à fait inacceptable et odieuse de violence et de discrimination, la discrimination extrême, basée sur la préférence donnée aux garçons, enracinée dans les structures patriarcales, et nous aux Nations Unies, à ONU-Femmes en particulier – nous avons fait campagne contre cela, y compris en Inde, et aussi dans d’autres parties du monde où de telles pratiques existent, et nous avons travaillé avec différents partenaires, tels que l’UNICEF et le Fonds de l’ONU pour la population, le FNUAP, pour soutenir le gouvernement dans sa campagne .

euronews:
L’Inde est la plus grande démocratie du monde. La démocratie constitutionnelle qu’est l’Inde et la Charte de l’ONU pour l’enfance tiennent-elles leurs promesses?

Lakshmi Puri:
L’Inde, en tant que plus grande démocratie du monde dispose en fait de l’une des constitutions, des dispositifs juridiques les plus progressistes en matière d‘égalité entre hommes et femmes, garçons et filles et aussi concernant les droits des enfants. L’Inde a signé toutes les conventions relatives aux droits de l’enfant. Il y a bien sur une volonté de la part du gouvernement d’appliquer ces conventions, mais il y a, toujours, un fossé avec ce qui est possible, les mesures supplémentaires à prendre. Et il y a d’autres défis majeurs, deux défis majeurs, la pauvreté, l’extrême pauvreté surtout, et le poids culturel, les dysfonctionnements dûs à la tradition et à la religion. Et sur ces deux terrains, il faut vraiment se battre.

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