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Ixtlán : contre-exemple de la déforestation au Mexique


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Ixtlán : contre-exemple de la déforestation au Mexique

Le Mexique est l’un des pays où la déforestation est la plus virulente. Chaque année 330 000 hectares de forêt disparaissent au profit de l’expansion urbaine, agricole, minière ou touristique.

Dans ce contexte, ce village fait figure de contre-exemple. A Ixtlán de Juárez, dans l‘État d’Oaxaca, la préservation de la forêt est essentielle.

“Pour les habitants d’Ixtlán la clé d’une gestion durable de la forêt passe par l’acquisition des terres forestières par la collectivité”, explique Monica Pinna, l’envoyée spéciale d’euronews au Mexique.

Un combat débuté dans les années 1980

Il y a trente ans les Indiens Zapotèques d’Ixtlán se sont battus pour obtenir le droit de gérer leur forêt au niveau communautaire. Romualdo Pacheco Paz présidait le syndicat d’exploitation à l‘époque.

“Ici, il n’y a pas de déforestation parce que nous avons une longue culture forestière, ce qui veut dire que nous faisons attention à la préservation de la forêt. Nous la contrôlons, parce que la forêt, c’est un trésor pour nous. C’est une source de travail”, indique Romualdo Pacheco Paz.

Un trésor de 19 000 hectares pour les membres de la collectivité locale d’Ixtlán. Un peu plus d’un tiers de cette surface est protégé. 3400 hectares seulement sont exploités, selon des règles strictes et toutes les décisions sont prises par l’assemblée des propriétaires terriens.

Les coupes s’opèrent par cycles

“La forêt a ses phases d’expansion, son stade de maturité. Nous voulons l’exploiter au bon moment, quand le bois est de bonne qualité. Nous le coupons, tout en nous assurant qu’une nouvelle forêt puisse voir le jour”, explique Julio Ruìz Aquino, responsable technique au sein du syndicat d’exploitation forestier d’Ixtlán.

20 000 mètres cubes de bois sont coupés chaque année dans cette zone. Mais à chaque coupe correspond une réimplantation.

Les pins replantés ne seront pas débités en morceaux avant d’avoir atteint quarante mètres de haut, autrement dit, pas avant d’avoir passé quarante ans enracinés dans les terres d’Ixtlán.

Julio Ruìz Aquino détaille le procédé mis en place : la communauté d’Ixtlán fonctionne par zone de 200 mètres de long. Chaque décennie, les arbres sont abattus sur une tranche de cinquante mètres, ce qui permet à la forêt de se régénérer.

Une pépinière pour régénérer la forêt

400 000 arbustes poussent tranquillement dans la pépinière d’Ixtlán. Aparicio et ses collègues ont plantés quarante kilos de graines à la main pour s’assurer de la qualité du bois en devenir.

“On mettra ces plants en terre en forêt au début de la saison des pluies, en juillet. La période de réimplantation dure trois mois”, indique Aparicio Martìnez Pérez, en charge de la pépinière.

Nous nous sommes rendus à Mexico pour voir dans quelle mesure Ixtlán pouvait servir de modèle au reste du pays.

GLOBE, une initiative pour protéger les forêts du monde entier

Le Mexique a voté une loi sur le changement climatique en 2012, dans le cadre du Projet GLOBE, une initiative législative transnationale pour promouvoir la protection des zones forestières.

La parlementaire Ysenia Nolasco travaille à l’amélioration de cette loi.

“Cette loi générale sur le changement climatique est encore une loi sur papier. Mais c’est tout de même un grand bon en avant et un effort considérable au niveau global parce qu’il est très difficile de faire approuver ce genre de lois par une majorité de partis”, estime Ysenia Nolasco.

“La loi a toutefois eu ses premiers effets. Elle a permis de mettre en place un Fonds Vert dans lequel le gouvernement fédéral injecte des ressources à utiliser pour la lutte contre le changement climatique”, ajoute-t-elle.

Difficile de savoir pour l’instant qui bénéficiera du Fonds Vert, d’autant que la loi fait référence aux “municipalités” et non aux “collectivités locales” : un détail qui a son importance dans l’attribution des fonds d’après Oscar Méndez Pacheco, le comptable de la collectivité d’Ixtlán.

“Cette loi n’a pas encore été appliquée. Mais nous n’avons pas attendu l’argent d’autres institutions. L’exploitation durable de notre forêt nous rapporte des bénéfices et notre assemblée détermine seule ce qu’il faut en faire. Un gros pourcentage est réinvesti dans la préservation de la forêt”, renchérit Oscar Méndez Pacheco.

Aujourd’hui, huit millions d’hectares de forêts ont été rendus aux collectivités locales au Mexique.

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