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"Soit l'Argentine emprunte à nouveau pour payer les fonds spéculatifs soit elle trouve un mécène"


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"Soit l'Argentine emprunte à nouveau pour payer les fonds spéculatifs soit elle trouve un mécène"

L’Argentine contre les fonds “vautours”. Le pays est sous la menace d’un nouveau défaut de paiement 13 ans après le naufrage de 2001. Une poignée de fonds spéculatifs américains, ayant refusé tout allègement de sa dette, contrairement à la majorité des créanciers, ont mis Buenos Aires au bord du gouffre.

L’Argentine a été condamnée aux Etats-Unis par le juge Thomas Griesa de New York à verser 100 % de leur dû à NML Capital et Aurelius Management, deux fonds spéculatifs ayant acheté de la dette argentine à des prix cassés. Le pays a jusqu’au 30 juillet pour solder le contentieux avec ces fonds, faute de quoi il se trouvera en défaut de paiement face aux autres créanciers. Car ce même juge a bloqué le paiement en dollars d’une échéance de la dette restructurée qu’il considère illégale.

Un médiateur a été nommé par le juge de New York pour tenter de trouver une issue entre Buenos Aires et ces fonds vautours.

L’Argentine a réussi à restructurer une partie de sa dette de 2001.
92% des créanciers ont accepté une décote. 8 % ont refusé, dont 1% sont les fonds spéculatifs NML Capital et Aurelius Management qui ont obtenu de la justice américaine le rembouserment complet de leurs titres plus les intérêts, soit 1,5 milliards de dollars.

Ce verdict est tombé comme une douche froide à Buenos Aires, dont la monnaie – le peso – vient de subir la plus grande dévaluation face au dollar depuis 12 ans. La Banque centrale a dû puiser dans les réserves pour soutenir le peso, elle n’a que la moitié d’il y a deux ans, soit 28,5 milliards de dollars.

L’Argentine ne veut pas payer aux vautours, car d’autres pourraient suivrent et faire monter la note jusqu‘à 15 milliards de dollars, soit plus de la moitié des réserves du pays.

Axel Kicillof, ministre argentin de l’Economie:
“Cela va probablement nous conduire au défaut de paiement. De quelque coté que l’on se place, cette décision renforce le risque de crise économique en Argentine. C’est pousser notre peuple vers un endettement multiplié par deux et vers un nouveau 2001 pour l’Argentine.”

En décembre 2001, le pays avait annoncé un défaut de paiement de la dette qu’il avait accumulée depuis les années 1970. L’Argentine tombe dans une crise économique et sociale gravissime. Elle ne se remettra que grâce à une décennie de forte croissance.

DUPLEX

Viçenc Batalla, Euronews
“Nous joignons a Buenos Aires l‘économiste Fausto Spotorno, directeur du Centre d’Etudes Economiques argentin et membre du cabinet de consulting Orlando Ferreres e& Associés.
Quelles probabilités y a t il pour que l’Etat argentin soit a nouveau en défaut comme en 2001? Y aura t il un accord avant le 30 juillet aux Etats Unis?

FAUSTO SPOTORNO
Je crois que les probabilités de voir l’Argentine être en defaut sont très petites, vraiment très petites. La réalité c’est qu’aucun pays se suicide comme ça. Le défaut ne convient pas à l’Argentine, il ne convient pas aux fonds spéculatifs qui ont refusé la restructuration, il ne convient à personne dans le monde. Et la solution ne semble pas aussi complexe. Elle est techniquement complexe, mais du point de vue politique elle ne semble pas si complexe.

Euronews
Est-ce que les réserves argentines en devises sont suffisantes pour pouvoir payer ? On parle de 15 milliards de dollars.

FAUSTO SPOTORNO
“En cash, en espèces, non. Les réserves en Argentine aujourd’hui sont d’un peu plus de 29 milliards de dollars. Utiliser 15 milliards de dollars pour payer tous ces procès en cash serait trop. Les chiffres que nous avons nous, sont les suivants: il y a 1,5 ou 1,6 milliards de dollars qui correspondent à ce procès en particulier. Ensuite il y a 10 autres milliards de dollars de risques correspondant à des fonds spéculatifs qui sont dejà dans des procès, dans plusieurs instances judiciaires et qui peuvent rapidement parvenir au même résultat que ce procès en particulier. En plus il y a encore 5 milliards de dollars de risques concernant des fonds qui n’ont pas lancé de procédures judiciaires à New York ou qui ne se sont même pas présentés aux swaps (à l‘échange de dette). Nous estimons que de ces 17 milliards de dollars à valeur actuelle seulement 15 milliards peuvent faire l’objet d’un jugement et être payés à cent pour cent.

Comme l’Argentine n’a pas de réserves, elle va devoir émettre une autre tranche de dette ou trouver quelqu’un qui finance ces procès. Le seul fait que la rumeur indique que l’Argentine est en train de résoudre le problème des fonds spéculatifs qui ont refusé la décote, a fait grimper le nominal des obligations publiques et fait baisser les taux d’intérêt.

Euronews
Justement, le conflit arrive à un moment où la situation économique argentine n’est pas très bonne. Pensez-vous que l’attitude, la position adoptée par la présidente Cristina Kirchener est la plus juste?

FAUSTO SPOTORNO
“Non, non je ne pense pas. Je pense que l’affaire du défaut a été mal gérée depuis le debut en 2001 jusqu‘à aujourd’hui. L’Argentine a commis une erreur lorsqu’elle a annoncé un defaut sans s‘être légalement préparée à y faire face.
Ensuite, elle a tardé pendant trop d’années à proposer une première restructuration, une première décote. Elle a fini par proposer une décote de dette qui a été accepté par 76% des créanciers. Je trouve ce chiffre très bas par rapport aux 100% qui étaient supposés accepter.
De fait, tous ces fonds spéculatifs qui ont lancé des procédures judiciaires et qui ont gagné leur procès face à l’Argentine, sont des hedge funds qui ont acheté les titres obligataires après la première décote, le premier swap. Si l’Argentine avait mieux conclu le premier swap en 2005, probablement ça n’aurait pas eu lieu.”

Euronews:
Une dernière question que je ne peux pas laisser passer. Suite à la qualification de l‘équipe argentine en finale de la Coupe du Monde de football, si la sélection gagne le titre, est-ce que l‘économie va en profiter ?

FAUSTO SPOTORNO
“Non. Cela peut profiter à l’image de la presidente ….un mois!
Mais nous sommes dans une situation de récession en Argentine, de destruction d’emplois au moins dans l‘économie formelle, et d’inflation rampante. Cette année l’inflation va atteindre près de 40%. A ce jour elle est dejà à 41,4% en rythme annuel.
Donc, le bénéfice d’une éventuelle coupe du monde va vite disparaître.”

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