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Pêche profonde : la position de la France "relève d'un véritable scandale"


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Pêche profonde : la position de la France "relève d'un véritable scandale"

Huit ONG environnementales ont obtenu cette semaine la publication de données de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) concernant la pêche en eaux profondes à quelques jours d’une réunion du Conseil des ministres européens de la pêche.

Ces associations, dont Greenpeace, le WWF et Bloom ont dû recourir à la Commission d’accès aux documents administratifs pour obtenir les résultats de cette étude. En effet, leurs demandes précédentes étaient restées vaines depuis le Grenelle de la mer en 2009. Autorisée par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, la publication de ce document permet aux ONG d’appuyer les arguments qu’elles avancent depuis des années sur la pêche en eaux profondes à un moment clé du débat. Pour ces organisations, ces données prouvent « les contre-vérités des autorités françaises sur la pêche profonde et une position injustifiable de la France sur la réforme du règlement européen ».

Un poids économique contestable

Ces ONG s’opposent aux autorités espagnoles et françaises notamment qui avancent l’argument selon lequel l’arrêt de la pêche en eaux profondes menacerait l’emploi. En France, les autorités avancent le chiffre de 500 postes concernés. Les armateurs français parlent même de 3 000 emplois directs et indirects induits par cette technique de pêche. Les organisations environnementales soutiennent quant à elles, et cela depuis de nombreuses années, que cette pêche cause des dégâts considérables aux fonds marins et à des espèces menacées pour un poids économique dérisoire voire « déficitaire ».

Or, selon les données de l’Ifremer, seuls 12 chalutiers français ont opéré en 2012 plus de 10% de leur temps à plus de 600 mètres de profondeur et seulement 10 navires ont opéré à plus de 800 mètres plus de 10% de leur temps. Pour les ONG, cette faible fraction doit être mise à jour, de surcroît, avec la décision de la Scapêche (Intermarché), principal armateur français de pêche fraîche, de ne plus traîner ses filets en dessous de 800 mètres. Une éventuelle interdiction du chalutage profond au-delà de ce seuil concernerait donc « un seul navire français », basé à Boulogne. Pour Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom, ces chiffres ne font que confirmer le parti-pris des deux pays sur ce sujet : « à force de petits arrangements toxiques sur les dossiers pêche en Europe, la France et l’Espagne sont en train d’entrer dans l’Histoire comme des nations voyous ».

Des espèces menacées d'extinction pêchées et rejetées

Pour l’aspect environnemental, les données de l’Ifremer concernant la zone marine dénommée Ouest Ecosse appuient indirectement les arguments des ONG montrant l’effet délétère d’une pêche aveugle.
Le rapport n’est pas directement accusateur et conclut même que si une centaine d’espèce est capturée par la pêche en chalutage profond, « il est du même ordre que celui estimé pour des pêcheries non profondes ». Ces espèces, poursuit-il ne « sont capturées qu’occasionnellement et en très petites quantités » et enfin, « la fraction rejetée totale (de l’ordre de 20%) du chalutage profond est dans la fourchette basse de la moyenne des taux de rejets des métiers du chalutage de fond ».

Mais la conclusion du rapport reconnaît les limites de l’analyse, admettant « de très probables erreurs d’identification d’espèces mal connues des observateurs ». Les ONG s’appuient tout de même sur les relevés et leurs connaissances pour noter que des espèces en voie d’extinction figurent dans les prises accessoires et donc rejetées de ces pêches. Parmi les rejets figurent, par exemple, quelque 65 tonnes de squale chagrin de l’Atlantique, classé en danger d’extinction dans cette zone, ou 40 tonnes de squale savate, considéré « vulnérable ».
Or, les animaux rejetés le sont soit morts soient blessés, et donc condamnés, dans la majorité des cas, comme le rappellent les ONG.

“la France et l’Espagne sont en train d’entrer dans l’Histoire comme des nations voyous”
Claire Nouvian, fondatrice de Bloom

La conclusion du rapport rappelle aussi que « les informations recueillies dans le cadre d’Obsmer ne concernent aujourd’hui que les poissons et non les autres organismes (invertébrés, éponges…) susceptibles d’être ramenés lors des opérations de pêche. »
Or, l’un des arguments des ONG contre la pêche en eaux profondes est les dégâts que cause ce ratissage sur les fonds marins et les autres organismes que les poissons. Cet aspect avait été très visuellement mis en valeur par une bande dessinée réalisée par l’auteur Pénélope Bagieu à la demande de l’association Bloom en novembre 2013 pour soutenir sa pétition contre cette méthode de pêche. Pétition qui a recueilli à ce jour 858 556 signatures.

Fortes de ces données, les ONG demandent à la France de revoir sa position sur la pêche profonde à la veille du Conseil des ministres européens de la pêche : « La France doit réviser sa position, elle n’a plus le choix » plaide Philippe Germa, directeur général du WWF.

Nouvelle journée d'action le 14 juillet

Bloom a décidé de lancer une nouvelle action le 14 juillet prochain et a convié six artistes de street-art à agir dans leur ville : POPAY à Bruxelles, JB ROCK à Rome, SP38 à Berlin, SPOK BRILLOR à Madrid, David ‘JAE’ Antunes à Lisbonne PANIK à Londres. Cette action sera relayée en direct sur les réseaux sociaux avec les hashtags #DeepStreetArt et #chalutageprofond.

L’an dernier, la Commission européenne avait proposé l’interdiction du chalutage profond, consistant à tracter des filets sur des fonds situés entre 400 et 1.500 mètres. Mais cette interdiction avait été repoussée de justesse en décembre par les eurodéputés, qui s’étaient contentés d’encadrer ce type de pêche.


Comprendre les dégâts écologiques de la pêche... par lemondefr

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