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1914, la mort de Péguy, mon arrière grand-­père

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1914, la mort de Péguy, mon arrière grand-­père

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Il y a 100 ans, l‘écrivain français Charles Péguy était tué par une balle allemande au début de la Première Guerre mondiale, laissant une femme enceinte et trois enfants, ainsi qu’une oeuvre riche et une pensée d’une étonnante modernité.
Euronews a choisi d‘évoquer cet homme, son parcours et sa postérité en donnant la parole à l’un de ses descendants, Olivier Péguy, qui est justement journaliste à euronews.

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle. »

Ces vers sont ceux de Charles Péguy, mon arrière grand-père.
Célèbre écrivain français, polémiste, socialiste, dreyfusard, poète, il naît en1873 et meurt en 1914, au tout début de la Première Guerre mondiale. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Charles Péguy n’était pas un va-t-en-guerre, fanatique et illuminé.

Lieutenant de réserve, à la tête d’une des compagnies du 276e régiment d’infanterie, il part au combat estimant que c’est en faisant la guerre qu’on aura la paix. « Je pars soldat de la République, pour le désarmement général, pour la dernière des guerres », dira-t-il à une proche.

De gauche à droite: Pierre, Marcel et Germaine, trois des 4 enfants de Charles Péguy / © Centre Charles Péguy d’Orléans

Lorsqu‘éclate la guerre, Charles Péguy a trois enfants et sa femme est enceinte d’un quatrième. La famille vit alors à Bourg-la-Reine dans le sud de Paris.
Il est responsable d’une revue qu’il a fondée en 1900, les Cahiers de la Quinzaine. Dans cette revue, il est à la fois journaliste, chroniqueur, écrivain, éditeur, typographe, comptable. Il y publie ses propres œuvres mais aussi celles d’autres auteurs (Halévy, Sorel, Romain Rolland, Benda…).


Charles Péguy dans la boutique des Cahiers de la Quinzaine / © Centre Charles Péguy d’Orléans

Le 2 août 1914, comme des millions de Français, il répond à l’appel à la mobilisation générale. Il a alors 41 ans.

Et pour lui, pas question de se dérober à ce devoir patriotique. Il dit au revoir à sa famille. Il va ensuite à Paris pour saluer plusieurs amis intellectuels. Puis il rejoint son unité. Avec ses hommes, il connaît les mouvements de troupes sur les frontières de l’est, les replis face à l’avancée des troupes allemandes.

Début septembre, la contre-offensive française se prépare. Ce sera la bataille de la Marne. Charles Péguy et ses hommes se trouvent à une quarantaine de kilomètres de Paris.


Reconstitution de la Bataille de Villeroy, septembre 2011 / Photo : Olivier Péguy

L’après-midi du 5 septembre, les combats font rage près de la commune de Villeroy. Péguy, debout, ordonne à ses hommes de tirer. Il est tué d’une balle en pleine tête.


Le témoignage de Victor Boudon qui fut l’un des soldats du régiment de Charles Péguy

Il est enterré là, dans une grande tombe au milieu des champs, aux côtés de ses hommes, morts par dizaines en même temps que lui.


Commémoration annuelle sur la Grande Tombe où Péguy est enterré, septembre 2008 / Photo : Olivier Péguy

Tous les ans, une cérémonie du souvenir est organisée sur place, avec des représentants de sa famille et les membres de l’Amitié Charles Péguy, une association littéraire qui entretient la mémoire de l’écrivain. Cette cérémonie revêtira une dimension particulière en cette année de centenaire.