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France : l'ex-ministre Roland Dumas flirte avec l'antisémitisme

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France : l'ex-ministre Roland Dumas flirte avec l'antisémitisme

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“Des propos qui dépassent l’entendement en mettant en cause le Premier ministre avec un vocabulaire d’extrême droite” : Roland Dumas est ainsi jugé par son propre camp, le Parti socialiste. L’avocat, plusieurs fois ministre, notamment des Affaires étrangères, au cours des deux mandats de l’ancien président français François Mitterrand, également ancien président du Conseil constitutionnel, a lancé une virulente attaque ce lundi contre le Premier ministre, Manuel Valls. Au journaliste Jean-Jacques Bourdin, qui l’interrogeait sur la radio RMC, il a déclaré que le chef du gouvernement était “probablement” sous influence juive. Il a ensuite expliqué : “Il a des alliances personnelles qui font qu’il a des préjugés. Chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un, quelqu’un de très bien d’ailleurs, qui a de l’influence sur lui”. Ce quelqu’un, que n’a pas osé nommer Roland Dumas, est la violoniste Anne Gravoin, qui est de confession juive.

L’ex-ministre socialiste s’est aussitôt attiré les foudres de la classe politique, de droite comme de gauche, particulièrement de son parti. Tout le vocabulaire pouvant décrire l’indignation suscitée y est passé…Pour le PS, ces propos sont “indignes d’un socialiste décoré par la République (…) Ils constituent une profanation morale de notre histoire nationale”. La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a tweeté : “Roland Dumas nourrit l’antisémitisme ordinaire. Soutien à tous ceux qui combattent la haine”. Jean-Jacques Urvoas, le président socialiste de la commission des Lois de l’Assemblée nationale, a aussi utilisé Twitter pour commenter : “Pour la première fois, je me sens gaulliste. La vieillesse est un naufrage, Dumas le démontre”. A droite, notamment, Roger Karoutchi, sénateur et ex-ministre UMP, a renchéri : “Roland Dumas va avoir 93 ans, l‘âge du silence médiatique…ou de la révélation de la vraie personnalité ? Ses propos sont odieux… comme lui ?”.

On pourrait effectivement mettre ce dérapage incontrôlé sur le compte de la sénilité, mais Roland Dumas n’en est pas à sa première provocation susceptible de faire le lit de l’extrême-droite. Il a déjà indirectement apporté son soutien à Dieudonné M’Bala M’Bala qui, rappelons le, avait traité Manuel Valls de “petit soldat israélien veule et docile”. Il était allé voir un spectacle du polémiste, expliquant que c‘était “très intéressant”. “Il a parlé des Chinois, des Africains et un peu d’Israël, avait-il déclaré, mais pas du tout avec cette ampleur qu’on lui donne (…) On a le sentiment aujourd’hui que cet humoriste ne prend la parole que pour parler de la Shoah, c’est pas vrai”. Dans l‘émission de Frédéric Taddeï, “Ce soir ou jamais !” sur France 2, Roland Dumas avait également surpris tout le monde en lançant “Le 11 septembre (2001 : attentats aux Etats-Unis), je n’y crois pas !”. Questionné plus tard par un autre média sur l’implication d’Al-Qaïda, il avait déclaré : “Je n’ai pas trouvé trace dans ce que j’ai lu d’une implication formelle d’Al-Qaïda”.

Le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, questionne Roland Dumas dans un tweet cinglant :

Roland Dumas ne peut pas avoir oublié que son père résistant, Georges, arrêté par la Gestapo, a été fusillé à Brantôme, en Dordogne, le 26 mars 1944. Il ne peut pas avoir oublié non plus que, lui aussi, a été membre d’un groupe de résistance dans la région de Grenoble, en Isère. Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, est le premier à s’en étonner : “J’ai connu Roland Dumas résistant et pas reprenant le discours de ceux qu’il combattait”.