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Femmes djihadistes, de plus en plus nombreuses


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Femmes djihadistes, de plus en plus nombreuses

A l’image d’Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage du supermarché casher à Paris, elles sont de plus en plus nombreuses, à rejoindre les rangs du djihad. Des femmes, souvent très jeunes, occidentales ou non.

Un phénomène qui a créé la surprise, tant les islamistes radicaux tels que le groupe Etat Islamique, sont plutôt connus pour leur haine des femmes, et leur aversion à les voir tenir les armes.

Et malgré ces vidéos de propagande, où l’on voit des femmes les manier, peu d’entre elles sont en réalité recrutées pour être des combattantes.

En Occident, l’embrigadement se fait essentiellement via internet. On promet aux jeunes filles une vie meilleure, de l’argent. Elles n’ont souvent aucune idée du rôle réel qu’elles vont jouer et une fois sur place, le “lavage de cerveau” se met en route.

La soeur de Johnathan, mineure, est partie en Syrie. “Elle ne dit pas qu’elle est déçue, elle dit qu’elle est bien là où elle est, qu’elle ne veut pas rentrer, qu’apparemment, tout est beau là-bas. Je ne sais pas, je comprends pas, je comprends pas…” explique-t-il.

Difficile de contrer le phénomène avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des groupes comme l’EI qui manient parfaitement ces outils. Pour eux, le recrutement des femmes a deux avantages majeurs : assurer une relève générationnelle : ces femmes vont faire des enfants élevés dans ce milieu, et inciter les hommes à s’engager.

Une féminisation du terrorisme qui n’est pas nouvelle. Les femmes kamikazes existent depuis longtemps. Des palestiniennes notamment, mais aussi des tchétchènes comme celles, nombreuses, qui s‘étaient illustrées en 2002, au théâtre de la Dubrovka à Moscou.

Mais l’aggravation du phénomène prend de court et inquiète les Occidentaux alors qu’un réseau de recrutement de jeunes femmes pour l’Etat Islamique vient juste d‘être démantelé en Espagne

Mia Bloom: l’embrigadement et la banalisation

Joanna Gill, euronews:

Pour parler de ces Occidentales qui rejoignent les djihadistes, je suis avec Mia Bloom, spécialiste des questions de sécurité à l’Université du Massachusetts et auteur de “Bombshell: les nombreux visages de femmes terroristes”. Merci de nous rejoindre. Actuellement, on voit des jeunes Occidentales bien éduquées s’opposer au conflit en Syrie en rejoignant l’Etat Islamique. Qu’est-ce qui les pousse vers l’extrémisme? Ont-elles les mêmes raisons que les hommes?

Mia Bloom, spécialiste des questions de sécurité à l’Université du Massachusetts:

J‘étudie ce phénomène depuis plus de vingt ans, pour essayer de comprendre leurs motivations… Il n’y a pas une grande différence entre les hommes et les femmes. Très souvent, il est dit que les femmes sont motivées par des relations affectives ou par un désir de vengeance, alors que les hommes semblent être motivés par l’idéologie, la religion ou la politique. Ce que j’ai observé, c’est qu’au cours de leur vie, les hommes comme les femmes agissent pour toutes ces raisons, mais peut-être à différents niveaux dans le temps.

euronews:

Les jeunes filles occidentales sont souvent embrigadées en ligne, dans leur chambre. Vous avez comparé le processus à celui des prédateurs sexuels. Pouvez-vous nous en dire plus? “

Mia Bloom:

Tout comme les enfants qui sont progressivement pris au piège par les prédateurs sexuels, on voit qu’avec l’Etat Islamique, ces jeunes sont d’abord habitués, avec des décapitations de poupées, puis avec des films de vraies décapitations, jusqu‘à ce qu’ils y assistent eux-mêmes, sur place. Il y a donc un processus de désensibilisation : au début, il s’agit d‘établir la confiance, une relation, un leurre. Ces filles qui ont 14, 15, 16 ans n’ont pas été abordées par un homme de 30 ans, elles sont approchées par une jeune fille cool, de 20 ans, avec qui elles sont en relation, et elles laissent tomber leurs défenses, c’est encore une fois très typique du processus d’embrigadement en ligne.

euronews:

L’EI fait beaucoup usage des réseaux sociaux pour recruter. En quoi diffère-t-il des autres groupes extrémistes?”

Mia Bloom:

Eh bien, l’EI utilise les contenus en ligne et les réseaux sociaux de façon plus élaborée qu’Al-Qaïda ou les Tigres tamouls au Sri Lanka. Tous ces groupes ont très bien maîtrisé internet. Mais le tissu actuel des réseaux sociaux est beaucoup plus interactif, il y a beaucoup plus d’interface, c’est beaucoup plus sophistiqué, et bien sûr, beaucoup est en anglais, pour toucher un public anglo-saxon, avec des références pour les jeunes, des plates-formes comme Twitter et Facebook… Ce sont des outils relativement nouveaux, comparé aux plates-formes utilisées avant, par al-Qaïda.

euronews:

Il y a eu cette traduction en anglais d’un document d’EI sur internet se présentant comme un manifeste pour les femmes. Il souligne la place des femmes dans la société grâce à leur pouvoir de donner la vie. Cette notion romantique de la maternité reflète-t-elle la réalité de la vie avec l’EI?

Mia Bloom:

La raison pour laquelle ce document n‘était pas destiné à un public anglo-saxon, c’est qu’il est contraire à la version “Disney”, la version idéalisée que l’EI dépeint pour les femmes, quand ils s’adressent aux femmes du Royaume-Uni, du Canada ou d’Australie, en disant, “c’est une vie merveilleuse ici, venez, on s’occupera de vous, vous allez avoir une vie excitante, et vous apporterez votre contribution”, alors que le document en arabe indique clairement : “vous allez être mariée, vous ne quitterez probablement pas votre maison, mais vous pourrez faire plus dans le califat qu’en restant dans vos sociétés d’origine.

euronews:

Comment les Occidentaux peuvent-ils contrer ce type de propagande?

Mia Bloom:

Par exemple, j’ai vu sur Twitter un djihadiste britannique qui disait: “Je suis allé là-bas pour être un héros et un martyr, et ils m’ont fait nettoyer les toilettes”. C’est l’une des choses auxquelles il faut penser avec ces combattants étrangers qui reviennent, et qui nous préoccupent tant. Que peut-être, ces individus déçus puissent s’adresser au public, parler aux personnes qui sont sur le départ, et au moins semer le doute.

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