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Nicolas Hénin : journaliste plus qu'ex-otage de Daech


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Nicolas Hénin : journaliste plus qu'ex-otage de Daech

Pour beaucoup, l’attrait du groupe Etat islamique est difficile à comprendre mais de toute évidence, ses messages de violence parviennent à en convaincre plus d’un. Nicolas Hénin, journaliste français, a été retenu en otage par Daech pendant près d’un an. Il vient de publier un livre, Jihad Academy, dans lequel il tente de recoller les morceaux du puzzle. Il est l’invité d’Isabelle Kumar dans The Global Conversation.

Qui est Nicolas Hénin ?

  • Nicolas Hénin est un journaliste français de presse écrite, de télévision et de radio.
  • Des militants du groupe Etat islamique l’ont capturé en juin 2013 dans la ville syrienne de Raqqa.
  • Il a été leur otage de juin 2013 à avril 2014
  • Nicolas Hénin partageait sa cellule avec d’autres otages occidentaux.
  • Il vient de publier un livre, “Jihad Academy”.

Dans cette interview, il dénonce le deux poids deux mesures de l’Occident quand il s’agit de déplorer les victimes du groupe Etat islamique : le choc, l’horreur et les gros titres pour les otages, la froideur des chiffres pour les civils syriens et irakiens.

Il revient sur le profil des Occidentaux qui rejoignent les rangs de Daech, des gens “qui ont les mêmes références culturelles que nous”, et évoque son geôlier, Mehdi Nemmouche, auteur de la fusillade au musée juif de Bruxelles. Il analyse aussi la propagande du groupe Etat islamique, dont les vidéos sont produites par une société allemande.

Il met en garde les jeunes qui partent en Syrie “pour sauver la veuve et l’orphelin” de l’oppression du régime de Damas : ils ne seront pas appelés à se battre contre l’armée syrienne. Et de rappeler : “c’est pendant les combats de l’hiver dernier entre Jamaat el-Nosra, la franchise officielle d’al-Qaïda en Syrie et l’Etat islamique qu’il y a eu le plus de morts parmi le contingent français de l’Etat islamique.” Il n’en dédouane pas moins le régime de Bachar el-Assad, “plus criminel “ que Daech à ce stade.

Nicolas Hénin déclare enfin son amour pour le Proche-Orient, une région où il aimerait retourner un jour. En attendant, avec son livre, il cherche à retrouver “une légitimité comme observateur, comme journaliste”, pour ne plus être qu’un ex-otage.

Isabelle Kumar, euronews :
“Vous commencez votre ouvrage avec la scène atroce de l’exécution du journaliste américain James Foley, que vous connaissiez, car vous étiez détenus ensemble. On a l’impression que vous êtes en colère, que cette mort vous a énormément secoué.”

Nicolas Hénin, journaliste :
“Je trouve indécent…
James Foley, tout d’abord, était mon ami. C’est l’ une des personnes les plus formidables que j’ai eu l’occasion de rencontrer durant ma vie. Il ne s’agit pas là de minimiser sa mort. Je veux juste refuser qu’elle soit instrumentalisée. Et je trouve indécent, en l’occurrence, qu’au moment où James Foley est tué, le monde re-découvre la Syrie, redécouvre le problème du djihad, redécouvre les défis posés par l’Etat islamique. Certes, James Foley a été assassiné mais on avait déjà, à ce moment là, 200 000 personnes tuées dans ce conflit en Syrie, plus de 150 000 en Irak. Il faut garder un sens des proportions. Nos morts n’ont pas davantage de valeur que les morts de là-bas.”

Isabelle Kumar :
“Pourquoi commencez-vous votre livre avec sa mort dans ce cas ?”

Nicolas Hénin :
“Parce qu’elle m’a profondément choqué. Et parce que le traitement qui en a été fait m’a sans doute relativement choqué.”

Isabelle Kumar :
“Qu’est ce que vous avez ressenti lorsque vous avez écrit votre livre ?”

Nicolas Hénin :
“J’ai senti en fait un sentiment de libération. Les 10 mois que j’ai passés otage en Syrie ont été, si on les regarde d’un certain point de vue, comme le reportage le plus raté de toute ma carrière puisque j’en suis rentré les mains vides. C‘était une façon, pour moi, professionnellement, de ramener quelque chose de ces 10 mois qui, sinon, dans ma vie, auraient été simplement perdus.”

Isabelle Kumar :
“Nous avons demandé aux internautes d’envoyer des questions pour cette interview. Charles Cleary demande : ‘est- ce que ces personnes – et là il parle des soldats de l’Etat islamique – ‘sont mauvaises, ont peur ou sont-elles simplement dévouées à leur cause ?’”

Nicolas Hénin :
“C’est une question très intéressante parce qu’il est impossible de combattre l’Etat islamique sans chercher à comprendre qui sont les gens qui composent ses rangs. En l’occurrence, on a énormément de gens qui sont perdus, de gens qui vivent dans une sorte de désert culturel et qui remplacent ce désert culturel, cet espèce de néant, par l’idée qu’ils peuvent avoir un destin, qu’ils peuvent réaliser quelque chose, prendre en mains leur vie et authentiquement aider. Je pense que beaucoup de gens, beaucoup de djihadistes qui partent se battre en Syrie, sont convaincus qu’ils partent là-bas pour aider. Après, il y a moment qui est un petit peu comme lorsqu’un pêcheur ferre un poisson, qu’il lui enfonce l’hameçon dans la bouche, parce que je pense que, assez rapidement , lorsqu’ils arrivent sur place, ils se rendent compte de la situation, de la réalité de la guerre qui se passe là-bas et là, je pense qu’il y a un lavage de cerveau qui se fait. Certains des djihadistes souhaitent certainement quitter l’organisation à ce moment-là, ils en sont le plus souvent retenus. Et les autres sont retournés et deviennent des djihadistes aguerris.”

Isabelle Kumar :
“Nous allons revenir sur quelques-unes de ces questions, mais parmi vos geôliers, vous avez reconnu Mehdi Nemmouche, l’auteur présumé d’une tuerie en Europe. Est-ce qu’il fait partie de ces personnes perdues dont vous parlez ?”

Nicolas Hénin :
“Mehdi Nemmouche, est typiquement l’une de ces personnes perdues.”

Isabelle Kumar :
“Comment était-il ?”

Nicolas Hénin :
“Mehdi Nemmouche, c’est un enfant de la télé. C’est quelqu’un dont le plus gros des références culturelles [étaient télévisuelles]. On devinait, dans les conversations, les après-midi de désoeuvrement passés à regarder la télé. Il est parti en Syrie pour passer à la télé. Toutes ses références sont des références d‘émissions de télé-réalité, de divertissement, d‘émissions judiciaires sur le crime. L’ensemble de son corpus idéologique était beaucoup plus le paysage de l’audiovisuel français que le coran.”

Isabelle Kumar :
“Vous dites, dans votre livre, que c’est une quête presque romantique quand ils partent. Est-ce que ce romantisme continue quand ils sont sur le terrain ?”

Nicolas Hénin :
“Le djihad, pour moi, c’est un mélange de guerre d’Espagne et d’embrigadement sectaire. Un mélange de guerre d’Espagne, parce qu’il y a cette réaction face à l’horreur, face à l’horreur de ce qu’il se passe actuellement en Syrie et dans une moindre mesure en Irak, et la volonté de partir là-bas pour défendre la veuve, l’orphelin qui se font massacrer…”

Isabelle Kumar :
“Ils vous parlaient de ça quand vous étiez captif ?”

Nicolas Hénin :
“Ils l‘évoquaient oui, de même qu’ils évoquaient leur attraction pour la mort. Un certain nombre d’entre eux disent leur quête de la mort et disent leur refus de rentrer dans leur pays. Ils disent qu’ils sont venus en Syrie en sachant ce qu’ils y trouveraient, et que ce qu’ils y trouveraient, ce serait la mort. Pour faire un djihadiste, il suffit de pas grand chose. Vous prenez une tête un peu faible ou un peu vide, vous la remplissez avec une dizaine de mots d’arabe, de notions très basiques d’islam, qui n’ont rien avoir avec l’islam…”

Isabelle Kumar :
“Ils n’ont pas de connaissance réelle de l’islam à votre avis ?”

Nicolas Hénin :
“Leur connaissance de l’islam est extrêmement sommaire pour la plupart d’entre eux en tout cas. L’islam est un support, c’est un vecteur de l’expression de leur rage, de leur envie d’en découdre avec la société. De même que nos parents ont pu dire à nos grand-parents : ‘oh vous me faites chier, je deviens trotskiste et je vais fumer des pétards à Katmandou !’, nous avons aujourd’hui nos enfants qui viennent voir leurs parents en disant : ‘oh vous me faites chier, je vais aller faire le con à Alep ou à Mossoul !’”

Isabelle Kumar :
“C’est choquant ce que vous dites.”

Nicolas Hénin :
“C’est la réalité.”

Isabelle Kumar :
“Lorsque vous étiez là-bas, est-ce que vous pouviez parler avec vos codétenus, est-ce que vous pouviez discuter de ce qui se passait ?”

Nicolas Hénin :
“On était relativement libre de discuter entre nous oui.”

Isabelle Kumar :
“Comment est-ce que vous passiez vos journées ?”

Nicolas Hénin :
“Beaucoup d’ennui.”

Isabelle Kumar :
“Pouviez-vous imaginer un jour retrouver la liberté ?”

Nicolas Hénin :
“J’ai toujours eu beaucoup d’espoir que je réussirais à sortir. On avait tous beaucoup d’espoir, c‘était peut-être naïf mais, dans une situation comme celle-là on a besoin d’espoir pour tenir.”

Isabelle Kumar :
“Et il y avait aussi des femmes otages avec vous, est-ce que les femmes sont traitées différemment des hommes ?”

Nicolas Hénin :
“A ma connaissance, aucune femme otage n’a fait l’objet de la moindre violence.”

Isabelle Kumar :
“Est-ce que vous avez un souvenir récurrent de votre captivité ? Vous pouvez le partager avec nous ?”

Nicolas Hénin :
“Ça reste très présent mais… Je préfère ne pas trop en parler.”

Isabelle Kumar :
“Vous avez aussi parlé bien sûr des otages syriens.”

Nicolas Hénin :
“Oui, la Syrie est une énorme usine à torture. En effet, les prisonniers syriens qui étaient dans certains de nos lieux de détention, dans les cellules voisines, ont subi des heures et des heures de torture.”

Isabelle Kumar :
“Un de nos internautes, Fabien Morin, demande : ‘avez-vous rencontré des djihadistes repentis ? Et qu’est-ce qu’il leur est arrivé ?’”

Nicolas Hénin :
“Moi non. Mais il y a eu un djihadiste belge, qui s’appelle Jejoen Bontinck, qui a été enfermé pendant un gros mois avec notamment James Foley et John Cantlie, qui était parti un petit peu par idéalisme faire le djihad et puis qui, rapidement, s‘était rendu compte que ça ne correspondait pas du tout à ce qu’il imaginait, à ses idéaux, et qui a annoncé sa décision de partir et qui a été emprisonné. Et il se trouve qu’il a été emprisonné dans la même cellule que James Foley et John Cantlie et ils ont pu discuter et il a finalement été libéré. Il a été jugé en Belgique.”

Isabelle Kumar :
“Nous parlions des moyens sophistiqués des médias de l’Etat islamique et, par exemple, de l’utilisation de l’otage John Cantlie, que vous avez connu. Comment comprenez-vous cette utilisation de ce journaliste dans leur propagande ?”

Nicolas Hénin :
“L’Etat islamique est très intelligent de ce point de vue-là. Ils ont compris que dans un éventail, dans un panel de moyens de communication, il faut utiliser l’ensemble de la palette, allant de l’extrême violence pour effrayer l’ennemi, jusqu‘à l’image beaucoup plus policée, beaucoup plus raffinée, comme lorsque l’on voit John Cantlie dans les rues d’un Mossoul où le marché fonctionne, où l‘économie fonctionne, ou d’un Alep qui est tellement beau avec toutes ses ruines, ses sites archéologiques. Ils utilisent l’ensemble de la palette et ça c’est vraiment le signe d’une certaine intelligence stratégique de leur part.”

Isabelle Kumar :
“Quelle est leur stratégie là-dedans alors, quelle est leur stratégie exacte ?”

Nicolas Hénin :
“Ils cherchent d’un côté à plaire, à recruter de nouvelles personnes, et pour ça ils sont très forts, parce qu’ils utilisent… Ils parlent le même langage que nous. Je ne veux pas dire par là qu’ils parlent français, anglais, allemand, espagnol, non ! Ils parlent notre langue, on a le même langage culturel ! Ce sont des gens qui ont vu les mêmes films que nous, qui ont joué aux mêmes jeux vidéo que nos enfants, qui ont lu les mêmes bouquins, enfin, ils baignent dans notre bain culturel. Ce sont tous des enfants de Facebook et Twitter, on a le même bain culturel, les mêmes références. Et ce n’est pas étonnant d’ailleurs qu’une des principales sociétés de production qui produit les vidéos de l’Etat islamique ait été fondée par une petite bande de djihadistes allemands. Ce sont des gens de chez nous, ce ne sont pas du tout des Syriens, des Irakiens, ces gens-là.”

Isabelle Kumar :
“De quels pays venaient vos ravisseurs ?”

Nicolas Hénin :
“Ecoutez, j’ai entendu parler français sans accent, anglais sans accent, espagnol sans accent, enfin un échantillon de langues, mais cela sans surprise. L’Etat islamique est réputé pour être une organisation qui recrute très largement, partout en Occident.”

Isabelle Kumar :
“Et il paraît que les Britanniques sont les plus violents ?”

Nicolas Hénin :
“On a subi une certaine violence de la part des Britanniques, oui, mais pas seulement.”

Isabelle Kumar :
“Vous dites dans votre livre : ‘on ne parviendra pas à réduire la menace islamiste sans éteindre l’incendie qui l’alimente.’ Je voudrais amener une voix de nos réseaux sociaux, c’est ‘Heartie 1’ qui demande : ‘que peut-on faire différemment pour freiner les actions de Daech’ ?”

Nicolas Hénin :
“Il faut assécher le recrutement, et pour cela, envoyer un message aux populations locales : ‘on est avec vous’. Et pour cela, il faut les protéger. La protection des civils est une responsabilité de la communauté internationale. Il faut tout faire, par les moyens diplomatiques, militaires s’il le faut, pour protéger les civils.”

Isabelle Kumar :
“A votre avis, c’est possible de négocier avec ce groupe ?”

Nicolas Hénin :
“C’est une question qui n’est pas simple parce que c’est un groupe qui, par certains côtés, répond à une rationalité évidente et par d’autres côtés, qui réagit de façon imprévisible. De fait, je suis sorti. C’est bien le signe qu‘à certains moments, à certains niveaux, dans certaines circonstances, une négociation est possible.”

Isabelle Kumar :
“Vous savez pourquoi vous avez été libéré ?”

Nicolas Hénin :
“J’ai été libéré parce qu’il y a eu, à un moment donné, des négociations. Je ne suis en rien au courant des détails de ces négociations. Tout ce que je sais c’est ce que le président Hollande m’a dit les yeux dans les yeux, quand je suis arrivé, de retour en France à Villacoublay : ‘la France n’a pas payé pour votre libération’.”

Isabelle Kumar :
“Quel est votre avis sur le paiement de rançons ?”

Nicolas Hénin :
“C’est une question qui est difficile et qui n’a pas de réponse évidente. Je pense que chaque prise d’otage est une situation spécifique. C’est pour ça que je m‘énerve régulièrement des doctrines affichées, selon lesquelles par exemple les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, ne négocieraient jamais, seraient des pays très vertueux et en face, nous aurions des pays européens qui, par faiblesse, se retrouveraient à financer le terrorisme. De fait, quand on regarde l’historique récent, on constate qu’un certain nombre d’otages français ont été tués ces derniers mois et à l’inverse, deux otages américains ont été libérés. Il y a des fois où on ne peut pas négocier. Et ça, c’est le résultat d’une analyse complexe de renseignements. Il faut évaluer le rapport entre le coût et le bénéfice d’une négociation. (Il faut se demander :) Est-ce qu’on peut se permettre d’accéder aux demandes des ravisseurs ?”

Isabelle Kumar :
“Passons en Syrie puisque vous entrez un peu dans la psychologie du président syrien Bachar el-Assad. Pour vous qui cet homme ?”

Nicolas Hénin :
“Bachar el-Assad, c’est quelqu’un qui est avant tout intéressé par l’argent, comme beaucoup de dirigeants du monde somme toute, et notamment dans les pays en développement. C’est quelqu’un qui est aussi extrêmement manipulateur. Et surtout, c’est quelqu’un qui a hérité d’un système de gouvernement, celui qu’avait fondé son père, qui en fait, depuis 40 ans, s’est construit de façon à pouvoir répondre à la crise qu’il traverse aujourd’hui.”

Isabelle Kumar :
“Et qui est le pire ennemi à votre avis ? Assad ou le chef de l’Etat islamique Abou Bakr el-Baghdadi ?”

Nicolas Hénin :
“Je vous invite pour cela à reconsidérer les chiffres. L’Etat islamique a tué plusieurs milliers de personnes depuis qu’ils ont établi leur califat, probablement même plus de 10 000. Depuis le début de la guerre civile en Syrie, le régime a tué à peu près 200 000 Syriens dans la campagne de répression. De ce point de vue-là, je ne sais pas si on peut dire que l’un est meilleur ou ‘moins pire’ que l’autre, mais en tout cas le plus criminel jusqu‘à présent, c’est clairement le régime.”

Isabelle Kumar :
“Alors, une internaute, Solène Jomier, demande : ‘que diriez-vous aux jeunes Français qui sont aujourd’hui tentés de rejoindre des milices armées en Syrie et en Irak ?’”

Nicolas Hénin :
“J’adore cette question. J’ai envie de lui dire – d’abord excusez-moi de prêcher pour ma chapelle mais : lisez mon livre ! Et ensuite, je lui dirais avant tout : si vous partez en Syrie, vous tuerez des musulmans. Vous ne tuerez même pas, vous ne battrez même pas le régime de Bachar el-Assad. Parce que les batailles majeures entre l’Etat islamique et le régime de Bachar el-Assad sont rarissimes. Et d’ailleurs, savez-vous qui a tué le plus de djihadistes français de l’ensemble des parties prenantes du conflit en Syrie ?”

Isabelle Kumar :
“Non.”

Nicolas Hénin :
“Eh bien c’est al-Qaïda. Il se trouve que c’est pendant les combats de l’hiver dernier entre Jamaat el-Nosra, la franchise officielle d’al-Qaïda en Syrie et l’Etat islamique qu’il y a eu le plus de morts parmi les Français, parmi le contingent français de l’Etat islamique.”

Isabelle Kumar :
“Et pourquoi dites-vous que la France a envoyé le plus de candidats au djihad ?”

Nicolas Hénin :
“Peut-être à cause du terreau globalement islamophobe qu’on trouve en France et parce que les musulmans de France se trouvent exclus. Mais de fait, cette exclusion ne concerne pas que les musulmans. 22 % des djihadistes français sont des convertis, sont des gens, pour la plupart, de culture catholique, certains même de culture juive, qui ont embrassé la foi musulmane – pensent-ils en tout cas – pour aller mener le combat en Syrie.”

Isabelle Kumar :
“Vous êtes fasciné par la Syrie, l’Irak. Vous pensez que vous pourrez y retourner un jour ?”

Nicolas Hénin :
“J’adorerais y retourner, j’ai un énorme attachement pour ces pays, c’est le berceau de notre civilisation, c’est incroyable tout ce qu’on leur doit. Et ça a été un tel plaisir de pouvoir me promener dans ces paysages splendides, cette cuisine fabuleuse, ces sites archéologiques. Malheureusement pour moi, il sera sans doute difficile d’y retourner dans un avenir proche.”

Isabelle Kumar :
“Et comment votre regard sur le monde a-t-il changé depuis votre expérience en captivité ?”

Nicolas Hénin :
“J’ai sans doute perdu un peu de ma candeur.”

Isabelle Kumar :
“Lorsque j’ai parlé à Ingrid Betancourt qui a été retenue en otage par les Farc pendant six ans, elle a dit que quelque part en elle, elle serait toujours une ex-otage. C’est pareil pour vous ?”

Nicolas Hénin : *C’est la difficulté quand on a vécu une expérience tellement traumatisante, on a toujours cette méchante étiquette qui vous colle, et c’est aussi l’objectif de ce livre. C’est de me débarrasser de cette condition d’ex-otage. Je retrouve une légitimité comme observateur, comme journaliste, je ne suis pas un ex-otage.”

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