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Grande-Bretagne : classes moyennes en souffrance

Même si l‘économie se porte mieux, les Britanniques ne le ressentent pas au quotidien. La flambée de l’immobilier, la hausse des frais

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Grande-Bretagne : classes moyennes en souffrance

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Même si l‘économie se porte mieux, les Britanniques ne le ressentent pas au quotidien. La flambée de l’immobilier, la hausse des frais universitaires, le coût de la vie pèsent sur les classes moyennes et les revenus les plus modestes du Royaume-Uni. L’effet de la crise et l’austérité, mais aussi de la mondialisation.

“Si l’on regarde la santé économique du Royaume-Uni, explique notre envoyée spéciale, Joanna Gil, les plaies de la crise semblent se cicatriser, mais en grattant la surface, on voit une autre réalité. Une classe moyenne sous pression, et une concentration des richesses aux mains d’une élite, laissant de nombreux ménages sur le bas côté.”

Bicester est une banlieue aisée de Londres. Pourtant, ils sont de plus en nombreux à frapper à la porte des banques alimentaires. Trussell Fund gère 400 de ces banques. On estime qu’en 2014, plus d’un million de personnes ont été secourues, une hausse de 19% par rapport à l’année précédente. De nouveaux pauvres, qui surprennent ce sans-abri:

“C’est terrible, le nombre de gens qui viennent à la banque alimentaire, il n’y a pas que des gens comme moi, dans la difficulté, il y a des gens qui ont des emplois. Nous sommes des êtres humains… Tout ce qui est là, provient du bénévolat, et pas du gouvernement, qui nous taxe et n’augmente pas les salaires des gens”.

En Grande-Bretagne, il n’y a pas seulement un fossé entre riches et pauvres, il y a celui de l‘âge. La hausse des frais de scolarité et du coût de la vie, les jeunes le paient cher. Cet étudiant de 25 ans a emprunté 30 000 £ pour payer ses études. Il vit chez ses parents pour économiser, et travaille à coté, car la vie est chère dans la capitale. Il sait qu’il devra travailler toute sa vie pour rembourser.

“Je ne veux pas un gros salaire, dit Dan Kidby. Mais quelqu’un qui gagne 25-30 000 £ par an, il n’y arrivera pas. Je serai pendu par cette dette tant qu’elle ne sera pas annulée. C’est comme une taxe supplémentaire. C’est autant de moins d’argent que j’aurai. C’est vraiment pénible, énervant, et injuste. Je suis coincé à cause d’elle”.

Elever une famille aussi, coûte de plus en plus cher. A Reading, à 25 minutes de Londres, Georgina se considère chanceuse de pouvoir travailler, mais les frais de garde de ses deux petites filles amputent une bonne partie de son salaire : “Nous payons 1,800-1,900 £ par mois, ce qui revient à 22 000 £ par an”.

Georgina et son mari sont toujours inquiets pour l’avenir : “Vous ne savez jamais ce qui peut arriver avec le travail. Il peut toujours nous arriver un problème. Donc, il faut toujours avoir un plan d’urgence”.

L’abaissement du niveau de vie, la hausse des coûts et une dépendance accrue à l’employeur ont créé une situation d’instabilité pour les classes moyennes et les tranches de revenus inférieures. David Boyle est l’auteur de “‘Broke: Qui a tué les classes moyennes”, il parle des dangers d’une polarisation politique.

“Quand la classe moyenne est frustrée, cela a des conséquences perverses sur la politique, intolérante, très frontale, et il faut être très prudent, dit-il. Les extrêmes en sortent renforcées, on le voit en Europe, et si vous n’avez pas un centre de la sphère politique fort, vous obtenez ces extrêmes à droite et à gauche, des extrêmes, très intolérantes.”

Une précarité de la classe moyenne dont on sous-estime les dangers, selon David Boyle. Une fracture nouvelle, qui impactera forcément le choix des électeurs le 7 mai.