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Pologne : le scénario inattendu des élections présidentielles

C’est certainement la plus grande surprise dans l’histoire politique polonaise de ces dernières années.

La défaite cuisante du président sortant Bronislaw Komorowski face au candidat de l’opposition conservatrice Andrzej Duda est non seulement un avertissement aux libéraux, au pouvoir depuis huit ans, mais également une sanction pour sa campagne terne, marquée par un manque de contact avec les électeurs.

Ancien ministre de la Défense, B. Komorowski avait bâti sa campagne autour des questions de sécurité, dans le contexte de la crise ukrainienne. Figé dans son rôle de candidat favori, il n’a pas réussi à rompre la vague populiste de ses adversaires. Il n’a pas su convaincre les électeurs, déçus par l’évolution récente du pays, que l’identification à l’Etat polonais dans sa forme actuelle était possible et que les slogans protestataires cachaient en réalité un vide idéologique. La candidature du président sortant a en effet souffert de la mobilisation de tous ceux qui mettent en questions les acquis des 25 ans de Pologne libre, tous ceux qui souhaitent une Pologne moins libérale et plus sociale.

Le candidat conservateur d’opposition Andrzej Duda, jeune et relativement peu connu, avait justement fondé sa campagne sur les questions sociales, promettant aux Polonais, entre autres, baisse des impôts et rabaissement de l’âge de la retraite. Soutenu quasi ouvertement par l’Eglise catholique, qui continue à fortement influer sur l’opinion publique polonaise, il a réussi non seulement à incarner la nouvelle image du parti Droit et Justice, dirigé par Jaroslaw Kaczynski, mais aussi à la faire accepter par les électeurs.

L’excellent résultat (20,5% des voix) du candidat contestataire Pawel Kukiz, obtenu grâce au vote des jeunes, étonne peu si l’on prend en considération le succès du même type de candidatures dans d’autres pays européens, tels que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne. C’est pour les voix de ses électeurs que les challengers du deuxième tour vont devoir se battre. Reprenant à son compte les revendications de P. Kukiz, Bronislaw Komorowski a déjà annoncé sa volonté d’organiser un référendum sur un scrutin uninominal majoritaire et l’arrêt du financement des partis politiques par l’Etat. De son côté, Andrzej Duda a commencé à courtiser les jeunes en promettant de changer la Constitution de façon à pouvoir résoudre leurs problèmes.

La campagne du deuxième tour des élections présidentielles en Pologne, prévu pour le 24 mai, promet d’être passionnée. Tous les scénarios sont encore possibles car les intentions de vote pour les deux candidats ne diffèrent que très peu (34,5% des voix pour A. Duda contre 33,1% des voix pour B. Komorowski).

L’enjeu de l’élection n’est pas tant de remporter la présidence, car les pouvoirs du chef de l’Etat sont limités en Pologne, que d’ augmenter les chances du parti du vainqueur de gagner les législatives en automne, prochain rendez-vous électoral des Polonais en 2015.

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