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Liberland : utopie égalitaire ou paradis fiscal ?

En route pour le Liberland, un minuscule État auto-proclamé situé au cœur des Balkans. Pour ses fondateurs, il s’agit d’une utopie moderne, pour les

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Liberland : utopie égalitaire ou paradis fiscal ?

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En route pour le Liberland, un minuscule État auto-proclamé situé au cœur des Balkans. Pour ses fondateurs, il s’agit d’une utopie moderne, pour les autres, un casse-tête politique supplémentaire pour l’Europe. À découvrir dans ce nouveau numéro de Reporter.

Vít Jedlička s’apprête à quitter Prague pour rejoindre la République libre du Liberland. Ce Tchèque de 31 ans est devenu le président de cet État autoproclamé, le 13 avril dernier. Un projet qu’il a mûri pendant des années avant de passer à l’acte. Une micronation où la liberté est reine et la réglementation réduite au strict minimum :

“Nous possédons un document officiel. Nous avons une déclaration d‘État. C’est un document que vous pouvez consulter en ligne et on a aussi l’original quelque part par là. C’est le document que nous avons utilisé pour ouvrir notre compte Paypal. Et il y a également cette association à but non-lucratif en République tchèque que nous avons créée il y a 5 ans et dont le principal objectif est de répandre la liberté à travers le monde.“​

La liberté – individuelle et économique -, tel est le maître mot du président du Liberland qui défend bec et ongles une vision minimaliste de l’Etat, y compris en matière fiscale.

Mais où ce nouveau pays se trouve-t-il au juste ?

Le Liberland est un no-man’s land de la taille d’un confetti coincé entre la Croatie et la Serbie sur la rive occidentale du Danube. Une bande de terre de 7 km2 que ni la Croatie, ni la Serbie ne revendique officiellement en raison du conflit différend transfrontalier qui oppose les deux pays depuis la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Pour se rendre au Liberland, notre équipe embarque, avec des citoyens potentiels et des investisseurs, – à bord d’un avion d’Airliberland, la compagnie aérienne liberlandaise nouvellement créée.

Après ses études, Vít Jedlička s’est engagé dans la vie politique locale de son pays d’origine. Au bout de 5 ans, il jette l‘éponge : ras-le-bol de l’interventionnisme du gouvernement tchèque et des diktats bruxellois.

Impossible de rejoindre directement le Liberland, l’avion atterrit donc à Osijek, en Croatie, puis direction le Danube, côté serbe. De-là, tout le monde prend le bateau. La Croix-Rouge liberlandaise fait office de comité d’accueil.

Le Liberland est-il vraiment en passe de devenir un nouveau paradis fiscal ? Ou bien s’agit-il d’une toquade passagère ? À ce jour, il y aurait quelque 400 micronations et autres entités auto-proclamées à travers le monde.

Pierre-Louis Boitel, un homme d’affaires français, qui plus est ambassadeur du Liberland en France, prend la chose très au sérieux et a investit dans le nouvel État :

“La plupart des micronations sont constituées par un petit groupe d’individus, parfois une seule personne sur des territoires parfois extrêmement petits : une maison et un jardin. Il y a d’autres micronations qui prétendent avoir des territoires dans l’espace, par exemple. Alors que le Liberland fait 700 hectares, ce qui est trois fois la superficie de Monaco. Donc, il est tout à fait possible de s’installer réellement dessus, d’y construire des infrastructures, des bâtiments et d’y installer des entreprises de services et une foule d’autres choses.”

Pour cela, encore, faut-il pouvoir prendre possession de son territoire. Et c’est là que le bât blesse. Depuis des décennies, la Croatie et la Serbie se disputent plusieurs zones réparties de part et d’autre du Danube.

Pourtant, Vít Jedlička estime pourtant avoir fait les choses dans les règles :

“Selon le droit international, tout ce dont a besoin une nation pour devenir un État, c’est d’un territoire et nous avons un territoire vers lequel on se dirige à présent. C’est tout à fait légal de prendre un territoire qu’aucun pays ne réclame. Et c’est ce qu’on fait avec ce territoire entre la Serbie et la Croatie qui, avant s’appelait Gornja Siga et qu’aucun de ses deux voisins ne revendique depuis 24 ans.
Maintenant, nous nous trouvons dans les eaux liberlandaises. On vient juste de traverser la frontière là-bas. Tout ça, ce sont les eaux liberlandaises.”

Depuis quelques semaines, la police croate a fait son apparition dans la région. Et rapidement, le capitaine du bateau originaire du Serbie doit faire demi-tour. Vít Jedlička et ses invités ne pourront pas aller plus loin. Le néo-président s’efforce de faire bonne figure ; il affirme être en contact avec le gouvernement croate via la voie diplomatique.

Le père fondateur du Liberland est bien décidé à convaincre les médias notamment que ce nouvel État n’a rien d’un canular, mais tout d’une utopie des temps modernes :

“Je pense, en réalité, que rien ne peut arrêter cela maintenant. Parce qu’il y a cette volonté de 40, 50, 300 mille personnes qui veulent créer un pays. Nous partageons le même idéal. Tous ou presque tous ceux qui ont déposé une demande de citoyenneté croient que l’intervention étatique doit être minimale. L‘État ne doit s’occuper que des choses les plus basiques. En ce moment, nous avons un problème avec la police croate, mais c’est le seul obstacle qui nous empêche encre de créer ce pays. Dès qu’ils nous laisseront passer, on bâtira notre État.”

Depuis quelques semaines, la police croate a fait son apparition dans la région. Et rapidement, le capitaine du bateau originaire du Serbie doit faire demi-tour. Vít Jedlička et ses invités ne pourront pas aller plus loin. Le néo-président s’efforce de faire bonne figure ; il affirme être en contact avec le gouvernement croate via la voie diplomatique.

Le père fondateur du Liberland est bien décidé à convaincre les médias notamment que ce nouvel État n’a rien d’un canular, mais tout d’une utopie des temps modernes :

“Je pense, en réalité, que rien ne peut arrêter cela maintenant. Parce qu’il y a cette volonté de 40, 50, 300 mille personnes qui veulent créer un pays. Nous partageons le même idéal. Tous ou presque tous ceux qui ont déposé une demande de citoyenneté croient que l’intervention étatique doit être minimale. L‘État ne doit s’occuper que des choses les plus basiques. En ce moment, nous avons un problème avec la police croate, mais c’est le seul obstacle qui nous empêche encre de créer ce pays. Dès qu’ils nous laisseront passer, on bâtira notre État.”

Quand ils ont voulu accoster sur les rives du Liberland, ceux qui se sont baptisés les ‘colons du Liberland’, ont été interceptés par la police croate. Une interpellation qui a eu lieu au lendemain de la tentative avortée de Vít Jedlička.

Le gouvernement croate, qui au départ n’avait pas pris au sérieux le projet du jeune Tchèque, vient officiellement de déclarer que le territoire en question n’est pas un no-man’s land ; la police croate continuera donc à patrouiller sur zone jusqu‘à ce que la Croatie et la Serbie règlent leur différend territorial qui a suivit de l‘éclatement de l’anienne Yougoslavie.

Parmi les hommes interpellés se trouvait Niklas Nikolajsen, un entrepreneur suisse convaincu que le Liberland verra le jour, grâce à leur détermination et à la générosité des futurs citoyens :

“L’Association de la Colonie du Liberland est financée grâce aux dons via un groupe d’investisseurs baptisé la ‘Corporation de la Colonie du Liberland’. En investissant dans cette corporation, vous devenez propriétaire d’un bien immobilier au Liberland. Et si le projet aboutit, alors vous aurez fait un très très bon investissement. Cela dit, c’est un projet risqué et quiconque s’engage financièrement doit savoir qu’il n’y a aucune garantie que nous arrivions à décrocher la souveraineté pour le Liberland.”

“On ne veut pas seulement créer un refuge fiscal, mais véritable paradis fiscal, insiste Vít Jedlička. Parce qu’il y a beaucoup trop d’enfers fiscaux à travers le monde aujourd’hui. Les gens reversent plus de 60 ou 70 % de ce qu’ils gagnent à l‘État. Il devrait y avoir plus de concurrence, comme dans des États tels que Hong Kong, le Liechtenstein ou Monaco, pour rendre le monde plus libre et où les gens pourraient prospérer.”

En attendant que la question de la souveraineté du Liberland soit tranchée, son président engrage les demandes de citoyenneté. Pour postuler, il suffit de ne pas être communiste ou nazi, et ne pas avoir commis de crimes. Toute contribution financière est également bienvenue.
Le Liberland compterait déjà 30 mille citoyens.

Le nouvel État s’est aussi doté d’une constitution, d’un hymne, d’un drapeau et d’une devise ‘Vivre et Laisser vivre’. Il ne lui manque plus désormais qu’un territoire en bonne et due forme.