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Victoire de Tsipras en Grèce : et après?


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Victoire de Tsipras en Grèce : et après?

Alexis Tsipras signe pour un nouveau mandat.
Le leader de Syriza sera le Premier ministre de la Grèce pour les quatre ans à venir.
Mais sitôt la victoire savourée et le Parlement recomposé, les législateurs devront affronter la réalité, et voter une trentaine de nouvelles mesures d’austérité découlant de l’accord signé le 13 juillet dernier entre Tsipras et ses créanciers.
Cet accord prévoyait en effet de sévères mesures de rigueur en échange d’un troisième plan d’aide et du maintien de la Grèce dans la zone euro.

Ces mesures, bien que difficiles, sont inévitables aux yeux de Dimitris Sotiropoulos, professeur de science politique à l’Université d’Athènes :

“Il ne reste que très peu de mois avant la fin de l’année et durant cette très courte période, nous devons travailler à la recapitalisation des banques, sinon, il y a des chances pour qu’on assiste à un bail-in, un renflouement interne par des particuliers, qui affectera gravement les dépôts des citoyens grecs dans les banques grecques.”

Selon les termes de l’accord scellé le 13 juillet, Athènes reçoit environ 86 milliards d’euros sur 3 ans. Une prochaine tranche d’aide de 3 milliards d’euros doit être versée en novembre.
Autre priorité du gouvernement Tsipras, la négociation d’un allègement de la dette grecque, à peine inférieure à 170% du PIB.

Par ailleurs, le Parlement va devoir approuver la hausse de nombreux taux d’imposition, à commencer par l’impôt sur le revenu des agriculteurs qui passerait de 13% à 26% d’ici 2016. Le secteur agricole emploie près de 13% de la population active grecque.
L’impôt sur le revenu des auto-entrepreneurs croît quant à lui de 3 points à 29%.

Enfin, les retraités, déjà touchés par 6 années d’austérité, vont devoir encore se serrer la ceinture, avec la baisse attendue des retraites principales et complémentaires, respectivement de 2 et 6%.

Par ailleurs le montant de la pension étant indexé sur la croissance du PIB et l’inflation, une éventuelle entrée en récession de la Grèce peut conduire à des réductions automatiques des retraites.

Le correspondant d’euronews à Athènes Stamatis Giannisis apporte un éclairage sur les défis qui se posent pour le nouveau gouvernement d’Alexis Tsipras.

Elena Rizopoulou :

Syriza a surpassé les attentes, y compris celles de ses partisans les plus optimistes, et a remporté une victoire écrasante face à Nouvelle Démocratie. Comment cela s’est-il produit?

Stamatis Giannisis :

Le résultat des élections a clairement montré que Syriza et Alexis Tsipras en particulier restaient très populaires pour la majorité des électeurs grecs, malgré le spectaculaire retournement politique du parti de la gauche radicale, qui a accepté en juillet les conditions dictées par les créanciers de la Grèce en échange d’un nouveau plan de sauvetage.

Mais Syriza s’en est remis au vote, Alexis Tsipras a guidé sa campagne et remporté la victoire sur son rival du centre droit Evangélos Meimarakis, qui, aux yeux de l‘électorat s’est montré un peu trop vieux et trop conservateur par rapport à Alexis Tsipras.

Elena Rizopoulou :

Une des raisons qui a conduit Alexis Tsipras vers les élections est la division au sein de son propre parti. Mais l’aile d’extrême gauche de Syriza, l’Union populaire, n’a pas obtenu de sièges au Parlement, que s’est-il passé?

Stamatis Giannisis :

Le fait que l’Union populaire n’obtienne pas de sièges a été une surprise, bien qu’environ un quart des députés étiquetés Syriza dans le précédent Parlement ait quitté le parti quand Mr Tsipras a accepté les conditions du nouveau plan de sauvetage avec les créanciers de la Grèce.
Mais finalement ce parti rebelle s’est retrouvé pris entre Syriza et le Parti communiste grec tandis que d’autres électeurs opposés au plan de sauvetage ont choisi soit de s’abstenir, soit de voter pour des partis d’extrême gauche qui n’ont pas réussi non plus à être représentés au Parlement.

Elena Rizopoulou :

M. Tsipras insiste pour continuer à gouverner avec le parti des Grecs indépendants (ANEL), la droite souverainiste, pourquoi persiste-t-il dans cette alliance contre-nature, alors qu’il y a au moins trois partis du centre et de centre gauche, mais aussi de centre droit qui ont soutenu au Parlement l’accord sur le plan de sauvetage ?

Stamatis Giannisis :

Bien qu’incompatible sur le plan idéologique, le partenariat avec le parti des Grecs indépendants est à ce stade un choix prudent pour Mr Tsipras. Au-delà de la nécessité de former une majorité parlementaire pour rester au pouvoir, il veut aussi dominer le centre gauche de l‘échiquier politique grec. Le fait qu’il reconduise son alliance avec le parti des Grecs indépendants lui permet de ne pas partager le pouvoir avec un parti idéologiquement plus proche de lui. Donc à l’avenir, il ne faut pas être surpris de voir Syriza former une telle coalition, qui lui permet de devenir un parti dominant sur le centre gauche.

Elena Rizopoulou :

Mr Tsipras a déclaré que son mandat lui donnait la chance de proposer sa vision. Il a également dit que son gouvernement se mettrait immédiatement au travail. Que devons-nous attendre maintenant, étant donné que de nombreuses réformes difficiles doivent être mises en œuvre aussi rapidement que possible?

Stamatis Giannisis :

Il va y avoir une période difficile pour le nouveau gouvernement, durant disons un mois et demi, car un certain nombre de mesures d’austérité résultant de l’accord de Juillet dernier doivent être adoptés par le Parlement. Cela ne va pas être si facile parce que cette fois, Mr Tsipras aura l’opposition contre lui au Parlement , mais il devra en plus faire face aux protestations de divers groupes de citoyens contre l’austérité et contre ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leurs droits professionnels ou sociaux.

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