DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Nuit Debout en France : appel au rêve général


monde

Nuit Debout en France : appel au rêve général

ALL VIEWS

Touchez pour voir

“On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste”. La Nuit Debout pourrait faire sienne ce sous-titre de la bande-dessinée de L’An 01 de Gébé débutée en 1970.

Ce rassemblement de quelques milliers de citoyens français, réunis depuis la nuit du 31 mars dernier, a volontairement fait un pas de côté et réfléchit tout azimut depuis, à la fois sur lui-même – comment fonctionner, quels objectifs – sur la société, la politique… Manifestation, mouvement, sit-in, agora, assemblée générale permanente, difficile de définir la forme de la Nuit Debout.
Dans les faits, un groupe de personnes à géométrie variable occupent la Place de la République à Paris – ainsi que d’autres lieux à travers la France – depuis une semaine. Tous les jours à 18h se tient une assemblée générale. Le reste du temps est passé de manière variée. “Quelque chose est en train de naître”, s’enthousiasme Oumar, participant de 18 ans, “Maintenant je ne vois pas encore à quoi ça ressemble”. Sentiment partagé par des curieux intéressés mais encore incertains sur le devenir des Nuits Debouts qui passent voir, sans forcément encore participer.

Le lieu parisien est fortement symbolique à double titre. La place de la République est, en effet, devenu lieu de mémoire et de rassemblement privilégié depuis les attentats de janvier et novembre 2015. Et si de nombreux participants se disent désabusés, dégoûtés de la politique et partis traditionnels, la république est toujours un fondement : “Il ne faut pas défendre la place de la République, mais défendre notre place dans la République”, s‘écrie ainsi Michel au mégaphone.

Des rassemblements, de plusieurs centaines de personnes, ont essaimé dans le reste de la France : Nantes, Toulouse, Strasbourg, Lille… mais aussi Pointe-à-Pitre ou Bruxelles en Belgique.

La filiation de Nuit Debout

La filiation de Nuit Debout est plus simple à reconstituer que son devenir. La première Nuit Debout a été lancée par le collectif Convergence des luttes, né d’une rencontre le 23 février après la diffusion du film documentaire “Merci Patron” de François Ruffin, réalisateur du film et rédacteur en chef de Fakir. Accompagné, incité, aidé – les termes pouvant être appliqués sont, au fond, variés – notamment par l‘économiste Frédéric Lordon et Jean-Baptiste Eyraud, fondateur de Droit Au Logement (DAL), le collectif appelle alors à une manifestation immobile place de la République à la suite du défilé “traditionnel” contre la loi travail le 31 mars. Quelques milliers de personnes restent ainsi après la manifestation. Ils sont encore 500 au milieu de la nuit puis plus qu’une cinquantaine finalement évacués par la police au petit matin. Et, le rassemblement redémarre le soir-même.

La méthode est inspirée de plusieurs mouvements, cités par les participants : mouvement Occupy parti des Etats-Unis en 2011, les Indignés espagnols de la Puerta del Sol à Madrid aussi en 2011, nom qui leur a été donné et qu’ils ont gardé suite à la publication du livre Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Le mouvement n’est pas sans rappeler non plus les printemps arabes débutés en 2011 ou le “printemps érable” des étudiants canadiens en 2012 ou encore du parti espagnol Podemos, fondé en 2014 dans les suites du mouvement des Indignés. “C’est le même mode d’action”, reconnaît Anna, 23 ans, photographe, lorsqu’est cité le mouvement des Indignés. Mais pour elle, tout cela est “beaucoup plus prosaïque et désespéré”.

Un mouvement, libre, en construction

Le collectif Convergence des luttes et les participants aux Nuits Debout ont tenu dès le départ à se détacher des partis politiques et des syndicats traditionnels. Ainsi, Marco, 20 ans, et Sonia, 19 ans, inscrits aux Jeunes Communistes insistent : “On n’est pas là en tant que jeunes communistes, on est là en tant que mobilisés, engagés dans la lutte”.

Les objectifs ne sont pas encore fixés et sont soumis à la discussion qui commence à se structurer. Le rassemblement s’appuie sur les exemples des Indignés, des ZAD (Zone à Défendre) et privilégie la démocratie directe. Des comités gèrent les différents pôles : logistique, communication, sécurité, infirmerie…

Une AG est organisée tous les jours à 18h où chacun peut prendre la parole à tour de rôle après s‘être inscrit. Un code gestuel, venu de la langue des signes et déjà utilisé par les Indignés espagnols, a été adopté.

Le mouvement utilise aussi largement internet : sites web (Convergence des luttes ou Nuit Debout), réseaux sociaux (Twitter, Facebook de Convergence des luttes ou Facebook de Nuit Debout, Tumblr, Youtube), outils tirés du monde du logiciel libre, sous les conseils avisés en matière de ‘protection numérique’ de la Quadrature du Net.

Des personnalités du monde politique français s’intéressent au mouvement. Ainsi Jean-Luc Mélanchon, interrogé sur le sujet, a déclaré : “je ne veux pas récupérer le mouvement et je serais très fier que le mouvement me récupère”. Olivier Besancenot, qui n’est plus que simple militant NPA, soutient le mouvement, ainsi que Julien Bayou, élu régional et porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts.

Le gouvernement, quant à lui, garde un oeil sur ces rassemblements. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane LeFoll a rappelé la “formule de Jaurès : il faut comprendre le réel pour aller à l’idéal” avant de citer les exemples de la révolution bolivarienne au Venezuela qui “s’est heurtée et fracassée sur la baisse du prix du pétrole” ou du chef du gouvernement grec Alexis Tsipras contraint de trouver un “compromis” avec les créanciers de son pays. “On a toujours besoin de porter un idéal – je le dis à ceux qui font les Nuits Debout – mais ils ne peuvent pas considérer qu’ils seraient les seuls à détenir une vérité quand ceux qui assument la responsabilité seraient complètement déconnectés des valeurs et de l’idéal” a-t-il ajouté.

Cela n’empêche pas étudiants, travailleurs, précaires, retraités qui rêvent de réinventer un monde, de se retrouver et d’en débattre en place publique, tel que le rêvaient leurs prédécesseurs des années 1970 qui avaient imaginé L’An 01. En 2016, ceux de la Nuit Debout, comptent désormais leur calendrier à partir du 31 mars et préparent, qu’il pleuve ou qu’il vente, leur AG du 38 mars.


Pour suivre la Nuit Debout à Paris en direct : Rémy Buisine filme régulièrement en direct sur Périscope.

ALL VIEWS

Touchez pour voir
Prochain article

monde

Pologne : le droit à l’avortement en question