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Le succès des lois australiennes sur les armes à feu, un modèle pour les Etats-Unis?

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Le succès des lois australiennes sur les armes à feu, un modèle pour les Etats-Unis?

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Ce jeudi 28 avril est un triste anniversaire pour l’Australie. Il y a 20 ans a lieu le massacre de Port Arthur en Tasmanie, lors duquel un homme de 28 ans tue 35 personnes et en blesse 24. En réaction à ce terrible événement, la législation sur les armes à feu change alors drastiquement. Le gouvernement rachète ou confisque un million d’armes à feu et limite la possibilité de posséder des fusils semi-automatiques, ainsi que des fusils à pompe.

Deux décennies plus tard, ce tour de vis porte ses fruits. Il n’y a plus eu de massacre de ce type et la probabilité d‘être tué par une arme à feu a baissé de 72% entre 1996 et 2014, selon des chiffres du bureau australien des statistiques analysés par Reuters. Si elle était de 0,54 pour 100 000 en 1996, elle est tombée à 0,15 pour 100 000 en 2014.

En effet, alors que la population australienne est passée de 18 à 23 millions d’habitants entre ces deux années, le nombre d’homicides par armes à feu est passé, lui, de 98 à 35. Le nombre d’homicides a lui aussi baissé de manière générale, passant de 311 à 238.

Ces résultats contredisent les positions des principaux candidats à la présidence aux Etats-Unis, où le 2e amendement est inscrit dans le marbre constitutionnel et le taux d’homicide par armes à feu est de 3,4 pour 100 000.

Dans un tweet de janvier 2015, Donald Trump écrivait au sujet des armes : “Plus les lois de contrôle sont contraignantes, plus il y a de violence. Les criminels auront toujours des armes à feu”. Un an après, Ted Cruz faisait le lien entre la législation australienne restrictive sur les fusils et une augmentation des agressions sexuelles dans le pays.

Chez les démocrates, Hillary Clinton refuse d’envisager un rachat généralisé des armes à feu en circulation comme en Australie, et Bernie Sanders, pourtant à la gauche de l’ex-First Lady, refuse lui aussi d’accroître les contrôles sur les armes à feu.

La National Rifle Association, le puissant et riche lobby des armes à feu, voue quant à lui les lois australiennes aux gémonies, disant qu’ “elles ne sont pas la définition du bon sens”.

Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull, à l’occasion des 20 ans du massacre de Port Arthur, a déclaré que les violences par armes à feu aux Etats-Unis montraient “ce qui se passe quand il y a très peu, voire pas de restrictions”. C’est pour lui l’argument-clé pour conserver ces lois.

A ce sujet, Philip Alpers, professeur associé à l’Ecole de santé publique de Sydney, estime que les législations australiennes ont eu un “succès démontrable”. Spécialiste des violences avec armes à feu, il explique à Reuters que l’Australie a “l’ensemble de législations sur les armes à feu le plus exhaustif du monde et ce serait une honte de couper dedans”.

Ce dialogue de sourds entre résultats tangibles et positions de principes continue, et pendant ce temps-là les victimes s’accumulent.