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La Lituanie vit dans la crainte d'une agression russe

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La Lituanie vit dans la crainte d'une agression russe

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A l’occasion du sommet de l’OTAN à Varsovie les 8 et 9 juillet, notre reporter Hans von der Brelie s’est rendu en Lituanie où les troupes de l’Alliance sont à l’entraînement. Elles seront bientôt appuyées par une nouvelle force multinationale de 4000 hommes qui ainsi, participera à la défense de la Pologne et des pays baltes. Ce renforcement de la présence de l’OTAN à la suite d’opérations et de manoeuvres militaires russes dans la région est une bonne nouvelle pour les Lituaniens qui ont remis en vigueur le service militaire obligatoire l’an dernier du fait des craintes que leur inspire la Fédération de Russie.

Veda et Vilius font partie des premiers jeunes appelés après la réinstauration l’an dernier du service militaire en Lituanie. Le pays avait mis un terme à cette obligation en 2008, mais l’inquiétude au sujet de l’implication militaire de la Russie en Ukraine l’a poussé à le remettre en vigueur.

Les deux recrues témoignent de la diversité de la société lituanienne : le père de Veda est polonais, sa mère est russe. Vilius lui est de langue maternelle lituanienne.

Même si en Lituanie, la question des minorités est moins prégnante qu’en Lettonie ou en Estonie, nous demandons à cette jeune femme de langue maternelle russe si ce serait un problème pour elle de défendre la Lituanie face à une agression russe. “Non, ce ne serait pas un problème pour moi, assure Veda. Je défendrais le pays où je suis née, je suis née et j’ai grandi ici, j’ai fait tout mon parcours scolaire ici et aujourd’hui, je fais mon service militaire dans l’armée : la Lituanie, c’est ma patrie,” conclut-elle.

Vilius ajoute : “Dans la vie civile, il y a beaucoup de gens qui restent entre eux, les communautés sont un peu refermées sur elles-mêmes : il y a ceux qui parlent russe, ceux qui parlent polonais, ceux qui parlent lituanien.
Mais ici à l’armée, indique-t-il, tout le monde se cotoie, se mélange et il n’y a tout simplement pas de différence entre nous.”

A Vilnius, la capitale lituanienne, nous avons rendez-vous avec le ministre de la Défense. Juozas Olekas est né en Sibérie où les Soviétiques avaient déporté ses parents. Son ministère a publié une brochure pour préparer les citoyens à la survie en temps de guerre.

L’OTAN, rempart contre la Russie ?

“Aujourd’hui, faut-il voir la Fédération de Russie comme une menace ?” demande notre reporter Hans von der Brelie à Juozas Olekas. “On est au courant de l’agression en Ukraine, du comportement très agressif des Russes au-dessus de la mer Baltique, de leurs exercices surprise à nos frontières, répond le ministre. Il y a une volonté et une rhétorique : ils disent avoir la possibilité d’utiliser leurs forces militaires pour résoudre ce qu’ils appellent leurs problèmes à l’extérieur de leur territoire, poursuit-il. L’OTAN a renforcé ses positions avancées et je crois que c’est une très bonne initiative pour stopper une agression russe,” affirme-t-il.

Suite aux multiples violations des espaces aériens et aux manoeuvres effectuées par la Russie, l’OTAN a réagi en ouvrant dans les pays baltes, en Pologne, Bulgarie et Roumanie, des QG auxquels sont affectés pour chacun, 40 experts en logistique militaire. “L’OTAN pourrait – si la Lituanie en faisait la demande – déployer 5000 soldats dans un délai très court compris entre 48 et 72 heures,” nous explique Angelo Miguel Simoes, porte-parole de l’unité lituanienne au sein de la force d’intégration de l’OTAN.

Les 5000 soldats font partie de la force de réaction rapide de l’OTAN dotée de 40.000 hommes. Le Traité de l’Atlantique-Nord garantit une assistance aux pays membres qui seraient attaqués.

Ecarts dans les effectifs

Un commandant danois nous emmène sur un site d’entraînement dans la forêt lituanienne. “Notre mission consiste à préparer l’interopérabilité des partenaires au sein de l’OTAN pour que nous puissions travailler en groupes et nous battre en étant unis,” indique Vibe Michelsen.

Alors que l’armée russe effectue périodiquement des manoeuvres massives en déployant jusqu‘à 160.000 hommes, l’OTAN s’entraîne avec beaucoup moins d’effectifs. En juin, 10.000 de ses soldats ont participé à l’exercice
Saber Strike dans les trois pays baltes. Les opérations menées en Lituanie ont été baptisées “Loup d’acier”.

Les pays de l’OTAN ne sont plus aussi certains de pouvoir anticiper les décisions de Moscou. Les pays baltes et la Pologne ont demandé à l’Alliance d‘étoffer sa présence dans la région.

Parmi les militaires de l’OTAN, on nous assure que cette campagne d’entraînement intense se déroule parfaitement. “L’interopérabilité se fait à tous les niveaux et cela ne nous pose aucune difficulté de coopérer les uns avec les autres, entre les différents pays et les différentes armées,” souligne Navasaitis Algirdas, capitaine dans l’armée lituanienne.

Une nouvelle force multinationale de l’OTAN

L’Alliance s’apprête à déployer une nouvelle force multinationale de 4000 hommes pour participer à la défense de la Pologne et des pays baltes. Le Canada, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis dirigeront ces quatre bataillons.

“On a alterné les opérations d’attaque et de défense depuis cinq jours, on a aussi changé de rôle avec nos partenaires sur le terrain, précise Christopher Salisbury, capitaine de l’armée américaine avant d’ajouter : La communication, c’est l’aspect le plus important et ça fonctionne bien jusqu‘à maintenant.”

La Pologne et les pays baltes craignent que les quatre bataillons de l’OTAN ne suffisent pas en cas d’attaque. L’Alliance assure qu’ils feraient perdre du temps à l’agresseur et que des renforts seraient très vite mobilisés.

Marc-Ulrich Cropp, lieutenant-colonel dans l’armée allemande, assure : “Pour nous, cela ne pose plus de difficultés de transporter du matériel sur de longues distances par le rail, des troupes par les airs et partiellement, des équipements spéciaux par voie terrestre.”

La mobilisation est aussi visible dans les budgets : 16 des 28 pays membres de l’OTAN dont la Lituanie ont augmenté leurs dépenses militaires.

“On peut défendre la Lituanie”

L’exercice “Loup d’acier” s’achève pour 392 jeunes Lituaniens, leur service militaire aussi. Au sein du bataillon des “Loups d’acier” justement, Sergei, un jeune homme de langue maternelle russe. Il a voulu faire son service militaire dès qu’il a été remis en vigueur. “Je suis content d’avoir pris cette décision de faire mes neuf mois de service militaire, j’ai compris qu’il revient à chaque individu de changer le destin du pays : on ne se bat pas tout seuls, on est des milliers et donc, on peut défendre la Lituanie,” estime-t-il.

Pour Sergei, il est temps de retourner chez ses parents dans la campagne lituanienne. Son père, employé des chemins de fer, a lui effectué son service en tant que conducteur de chars dans l’armée soviétique.

Que pense-t-il de sa remise en vigueur en Lituanie ? “C’est une bonne chose que le service ait été réinstauré, tout le monde devrait le faire, il y a des jeunes qui n’ont pas de travail, qui ne trouvent pas leur place dans la société, qui se laissent aller, estime Anatolii. Les jeunes devraient faire leur service parce que l’armée, c’est une bonne école pour apprendre la vie,” lance-t-il.

La Lituanie a rejoint l’OTAN en 2004. Dans certaines familles, c’est un sujet de discussion qui reste sensible. Alors que le père de Sergei ne veut pas nous donner son avis, son fils lui accepte de s’exprimer. “Je pense que c’est positif, le fait que la Lituanie travaille main dans la main avec l’OTAN, dit Sergei. J’ai commencé mon service militaire dans le bataillon des “Loups d’acier”, j‘étais très motivé et j’ai même décidé de me faire un tatouage de “Loup d’acier” sur le torse : c’est bien que la Lituanie fasse partie de l’OTAN,” assure-t-il. Sergei nous confie son rêve : il veut servir dans l’armée lituanienne et rejoindre les troupes de l’OTAN.

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