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Une base secrète américaine sort de la glace du Groenland

Cette histoire semble sortie tout droit d’un roman d’espionnage.

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Une base secrète américaine sort de la glace du Groenland

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Cette histoire semble sortie tout droit d’un roman d’espionnage. En pleine guerre froide, les Etats-Unis, déjà bien implantés au Groenland, ont tenté de mettre au point une base secrète souterraine abritant plusieurs centaines de missiles capables d’atteindre rapidement l’Union Soviétique. Une étude publiée par une revue scientifique lève le voile sur cet épisode totalement méconnu de la guerre froide. Selon le Geophysical Research Letters, les reliquats de cette base risquent même de voir le jour en raison du réchauffement climatique. La date avancée : 2090.

Cette « découverte » suscite beaucoup d’inquiétude. En effet, de nombreuses substances polluantes ont été laissées sur place après le démantèlement de la base à la fin des années 60. Eaux usées, fioul et même des déchets radioactifs, car cette base était alimentée par un « petit » réacteur nucléaire, font peser un risque écologique majeur sur le Groenland. Lorsque la base a été désaffectée, « personne ne pensait que [la base] ferait surface (…) mais le monde a changé » selon l’un des auteurs de l’étude, William Colgan, glaciologue à l’université canadienne de York.

Des centaines de kilomètres de galeries souterraines

Tout commence pendant la Seconde guerre mondiale quand les Danois ont autorisé les Américains à installer une base américaine au Groenland, alors totalement sous tutelle de Copenhague. Lors de la décennie suivante, en pleine guerre froide, la base, implantée à Thulé, devient de plus en plus stratégique. La coopération entre le Danemark et les Etats-Unis est renforcée sous l’égide de L’OTAN. Au plus fort de l’activité militaire, des milliers de militaires seront stationnés à quelques centaines de kilomètres du pôle Nord. La base de Thulé, entourée d’un grand secret, a également accueilli de nombreux bombardiers.

C’est dans ce contexte qu’intervient la décision de la construction du « Camp Century », objet de l’étude publié par le Geophysical Research Letters. En 1959, un corps de l’USACE, une unité de génie civil et de logistique de l’armée américaine, procède aux premiers coups de pioche, à deux cent kilomètres au nord-est de la base de Thulé. Des galeries sont creusées pour abriter des laboratoires, un hôpital et même une église et un cinéma, le tout alimenté par le fameux réacteur nucléaire mobile. Si l’objectif initial avancé était de mettre en place un centre de recherche sur l’Arctique, le complexe sera, dans le cadre du projet « Iceworm », pour « ver de glace », utilisé pour être le point de départ d’un vaste réseau de galeries pour stocker des missiles balistiques. Mais l’instabilité de la glace scelle le sort du projet. En 1967, il est abandonné… Si le réacteur nucléaire a été démantelé, des déchets radioactifs seraient toujours enfouis sous la glace, ainsi que des centaines de litres de substances toxiques.

Des tensions diplomatiques en vue ?

Le Groenland, un territoire autonome dépendant du Danemark, se dit aujourd’hui par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Vittus Qujaukitsoq, « préoccupé ». Et de se poser la question des responsabilités. Dans les années 50, la question des missiles n’a pas été abordée dans l’accord stratégique signé entre le Danemark et les Etats-Unis. Ce qui peut compliquer aujourd’hui la gestion du problème soulevé par le « Camp Century ».

Le département de la Défense des Etats-Unis a indiqué vouloir « continuer à œuvrer avec le gouvernement danois et les autorités groenlandaises pour régler les questions de sécurité commune » tout en précisant que les conclusions de cette étude n’ont pas été encore « évaluées ». Le Pentagone a quant à lui réagi en déclarant « reconnaître la réalité du changement climatique et les risques qu’il pose ». Le Danemark, selon le responsable de la diplomatie du pays Kristian Jensen, a indiqué « examiner » l’affaire « en dialogue étroit avec le Groenland ». De nombreuses questions resteront longtemps en suspens. A l’heure actuelle, la base se trouve à plus de trente mètres sous la glace et le coût d’une intervention serait exorbitant.