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Jan Philipp Albrecht : les Européens contrôleront davantage leurs données


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Jan Philipp Albrecht : les Européens contrôleront davantage leurs données

En Europe, un cadre juridique existe pour protéger notre vie privée en ligne et une législation plus stricte s’appliquera à partir de mai 2018 pour garantir notamment que les informations personnelles des citoyens sont protégées peu importe où elles sont envoyées, traitées ou conservées, y compris en dehors de l’Union. Mais qu’en est-il des agissements des services de renseignement nationaux qui comme au Royaume-Uni, ont accès aux données de l’ensemble de la population de manière légale désormais ? Nous abordons ces questions avec l’eurodéputé vert allemand Jan Philipp Albrecht, rapporteur du Parlement européen sur la réglementation de la protection des données.

Sophie Claudet, euronews :
“Avec cette nouvelle législation, comment les Européens se rendront-ils compte que leurs données sont mieux protégées ?”

Jan Philipp Albrecht, député vert allemand et rapporteur du Parlement européen sur la réglementation de la protection des données :
“L’amélioration concrète, c’est qu’il y a beaucoup plus de transparence dans le cadre de ces nouvelles règles. Cela veut dire que vous saurez plus en détail dans quel but vos données sont traitées, à quelle fin elles sont données à des tiers et il y aura aussi de manière générale, davantage de possibilités d’obtenir un aperçu de la nature des données stockées vous concernant. De plus, de nouveaux droits sont instaurés comme la portabilité des données et le droit à l’oubli. Donc il sera beaucoup plus simple pour les consommateurs d’avoir le contrôle sur leurs données personnelles."

Sophie Claudet :
“Et y aura-t-il des changements du côté des paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux ?”

Jan Philipp Albrecht :
“Quand quelqu’un conçoit un produit, une technologie ou un service, il faut que ce produit soit le plus respectueux de la vie privée. Et quand vous commencez à l’utiliser, les paramètres respectant la vie privée doivent être appliqués par défaut et c’est à vous de décider si vous voulez donner vos données, changer les paramètres pour une configuration moins protectrice de votre vie privée. Par exemple, pour Facebook ou d’autres sociétés de ce genre, il est important de noter qu’elles devront se conformer à ces nouvelles règles sur la protection des données, sinon elles devront payer des amendes pour un montant pouvant aller jusqu‘à 4% de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Ce qui peut représenter des milliards dans le cas d’une entreprise comme Facebook.”

Surveillance : “Les Etats membres doivent respecter le droit européen”

Sophie Claudet :
“Oui, c’est dissuasif. Mais dans le même temps, les gouvernements européens adoptent des législations très dures sur la surveillance. Les citoyens doivent-ils s’inquiéter que leur propre gouvernement les espionne ?”

Jan Philipp Albrecht :
“Absolument, ils doivent s’en inquiéter et cette nouvelle législation ne l’emporte pas sur la sécurité nationale ou sur les lois de sécurité intérieure des Etats membres parce que cela les regarde. Mais quand les Etats membres légifèrent dans ce domaine, par exemple en matière de police et de sécurité, ils doivent bien évidemment respecter le droit européen et il ne s’agit pas seulement de cette législation, mais aussi de la norme de base qui prévoit qu’en Europe, toute atteinte à vos droits en matière de protection des données et de vie privée doit être justifiée et proportionnée. En décembre, la Cour européenne de justice s’est prononcée contre deux de ses lois – adoptées au Royaume-Uni et en Suède – et elle a dit qu’elles n‘étaient pas conformes aux droits fondamentaux des citoyens.”

Sophie Claudet :
“Vous parlez de la Cour européenne de justice, mais elle ne dit pas grand-chose sur ce que fait la France pendant l‘état d’urgence.”

Jan Philipp Albrecht :
“Parce que la France agit là dans le domaine de sa sécurité intérieure. Et l’Union européenne – à l’heure actuelle – n’est pas du tout compétente en la matière. Même la Cour européenne de justice n’est pas compétente pour se prononcer sur les lois de sécurité intérieure des Etats membres. Mais cela ne veut pas dire que la France ou les autres Etats membres de l’Union européenne peuvent indéfiniment porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens européens parce qu’il y a quand même la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe et la Cour de Strasbourg et je suis certain que des procédures judiciaires seront lancées pour contester les lois françaises.”

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