DERNIERE MINUTE

Les Grecs restent les champions de l'euroscepticisme

Reportage en Grèce où l'euroscepticisme reste fort après la crise de l'euro et les divisions au sein de l'UE sur l'accueil des réfugiés.

Vous lisez:

Les Grecs restent les champions de l'euroscepticisme

Taille du texte Aa Aa

A l’occasion du 60e anniversaire du traité de Rome le 25 mars, nous nous rendons en Grèce, un pays frappé par la crise de l’euro, submergé par sa dette, se situant désormais aux avant-postes de la crise des réfugiés et agité par la tentation d’un Grexit à l’image du Brexit. Les Grecs continuent de se distinguer par leur méfiance à l‘égard de l’Union européenne malgré les plans de sauvetage consentis par leurs créanciers notamment européens et les fonds qui comme ailleurs en Europe, leur sont distribués pour financer des projets.

Dans le district d‘Ágios Dimítrios à Athènes, des terrains abandonnés sont devenus des jardins collectifs urbains. Nous y rencontrons Maria Androutsou, maire de ce district. Comme ailleurs en Grèce, ses admnistrés ont été durement frappés par la crise de l’euro et par les mesures d’austérité. Sur place, le taux de chômage atteint 30%. La plupart des personnes qui cultivent ces jardins sont sans emploi. Certains donnent une partie de leur production à la banque alimentaire locale.

“J‘étais femme de ménage dans une pharmacie et j’ai perdu mon emploi il y a quatre ans, raconte l’une d’elles. Qui est responsable de cette situation ? Pour moi, ce sont les anciens gouvernements et aussi ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, ils se rendent bien compte que c’est de pire en pire et ils continuent de nous envoyer droit dans le mur,” lance-t-elle.

Ces jardins ont été en partie financés par l’Union européenne. Les fonds ont notamment servi à former les bénéficiaires aux pratiques agricoles. “On a reçu le soutien de l’Union pour mettre en place ces jardins, explique Maria Androutsou. Ce qui fait que beaucoup de gens ont changé d’avis sur l’appartenance de la Grèce à l’Union car il y en avait beaucoup qui étaient très sceptiques à cet égard, poursuit-elle, parce qu’ils se disaient que l’Europe, ce n‘était que de la politique et pas des aides financières pour des projets qui aident vraiment les gens.”

Six fois plus de subventions que de contribution

Subventionner des projets, c’est l’un des objectifs principaux de l’Union depuis son origine. La Grèce par exemple a reçu des milliards d’euros depuis son adhésion en 1981 et aujourd’hui, elle touche un montant six fois supérieur à sa contribution.

La maire du district nous fait visiter une école dont elle estime qu’elle n’aurait pas pu être construite sans l’aide de l’Union à hauteur de 700.000 euros. Autre exemple local de ce que gagnent les Grecs à faire partie de l’UE. Reste l’idée ancrée chez beaucoup qu’une bonne part des fonds européens a été gaspillée ou mal gérée.

“La question, dit Maria Androutsou, c’est de savoir comment l’argent a été utilisé : a-t-il servi pour des projets de développement ? Est-ce qu’il a permis de créer de l’activité ou des emplois et de soutenir l‘économie du pays ? Ou est-ce que cet argent est allé à des projets qui étaient de la poudre aux yeux et où les bénéfices étaient à court terme et en aucun cas, à long terme ?” s’interroge-t-elle.

Pour de nombreux Grecs, les Jeux olympiques de 2004 illustrent parfaitement ces projets synonymes de poudre aux yeux. Des fonds européens et des prêts bancaires à faible taux dans le cadre de la zone euro ont permis à la Grèce de doter Athènes d‘équipements olympiques, d’un métro, de routes et d’un aéroport flambants neufs.

Austérité

De 1981 à 2001, date de son entrée dans la zone euro, le PIB de la Grèce est passé de l‘équivalent de 47,1 milliards d’euros à 152,2 milliards d’euros. Il a ensuite progressé en flèche jusqu’en 2008 et la crise de l’euro avant de chuter pour s‘établir à 175,7 milliards d’euros en 2015.

Face à l’ampleur de sa dette, la Grèce se dirigeait alors droit vers la faillite et vers une sortie de la zone euro. Cette dernière issue a été évitée, mais au prix fort.

En contrepartie de trois plans de sauvetage d’un montant total de près de 360 milliards d’euros, le pays dont l‘économie reste asphyxiée a accepté de réformer et d’adopter des mesures d’austérité comme des baisses dans les pensions de retraite et des hausses d’impôts.

Qui est responsable ?

Notre reporter Valerie Zabriskie nous emmène dans une rue du district où plus de 70 magasins et entreprises ont fermé leurs portes. “Fini le temps des nouveaux investissements et des prêts bon marché du fait de l’adhésion à la zone euro : que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? A qui la faute ?” se demande-t-elle.

Les créanciers européens et le FMI ont débloqué quantité de lignes de crédit que le pays – malgré ses efforts – devrait avoir du mal à rembourser sans un allègement de sa dette. C’est ce qu’estiment la plupart des Grecs et des Européens.

Pour George Papaconstandinou, ancien ministre grec des Finances, la Grèce, mais aussi l’Europe sont responsables de la crise de l’euro, mais il assure que la monnaie unique n’est pas encore morte et enterrée. “L’ironie de la situation – et le problème que nous avons aujourd’hui -, c’est que la situation économique nous oblige à aller vers une plus grande intégration et à compléter cette construction que nous avons entamée il y a dix ans, affirme George Papaconstandinou. Or les politiques vont dans la direction totalement opposée, elles sont beaucoup plus nationalistes et repliées sur leur propre pays, estime-t-il avant d’ajouter : La vraie question, c’est de savoir comment mettre en cohérence ces deux aspects ? Comment convaincre les citoyens que la seule manière pour la zone euro d’assurer sa survie, c’est une plus grande intégration ? C’est ce qui va se jouer en 2017 lors de la série d‘élections qui ont lieu en Europe,” souligne-t-il.

Réfugiés : la crise de trop ?

Ces décisions concerneront certainement aussi la crise des réfugiés qui a alimenté le populisme à travers l’Europe et l’euroscepticisme dans certains pays européens. La Grèce tout comme l’Italie est l’un des principaux pays d’entrée dans l’Union. L’an dernier, 46% des demandeurs d’asile en Europe seraient arrivés via le territoire grec et comme plusieurs Etats membres ont fermé leurs frontières, les migrants bloqués en Grèce sont toujours plus nombreux.

Dans un centre d’Athènes, des réfugiés sont dans l’attente d’une relocalisation dans un autre pays de l’Union. Depuis septembre 2015, plus de 800 millions d’euros de fonds européens ont été versés à la Grèce pour l’aider à gérer cette crise.

Mais pour Nikos Christakos, salarié de l’ONG Nostos, ce n’est pas qu’une question d’argent. “Je pense que Bruxelles et certains Etats membres ont montré leur solidarité envers la Grèce dans la crise des réfugiés, reconnaît-il. Mais je crois qu‘à l’avenir, dit-il, il faut aller vers un plus grand partage de la responsabilité parce qu’il est inacceptable qu’un pays européen quel qu’il soit qui accueille des migrants et des réfugiés doive gérer cette crise seul.”

Dans le sillage de la crise de l’euro, puis des réfugiés, les Grecs sont devenus les champions de l’euroscepticisme devant la France et le Royaume-Uni : d’après un récent sondage, ils sont 71% à avoir une opinion défavorable à l’Union.

Valerie Zabriskie avec Stéphanie Lafourcatère