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De nouvelles identités apparaissent dans nos sociétés, et c’est normal

Le débat sur les possibilités et les limites du vivre ensemble avec nos différences culturelles, menées par les sciences sociales et politiques au sujet des conséquences de la migration, occupe aujour

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De nouvelles identités apparaissent dans nos sociétés, et c’est normal

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Le débat sur les possibilités et les limites du vivre ensemble avec nos différences culturelles, menées par les sciences sociales et politiques au sujet des conséquences de la migration, occupe aujourd’hui l’actualité. L’attention des scientifiques est surtout centrée sur la descendance des familles immigrées, car elle grandit dans des conditions sociales spécifiques. Beaucoup y observe une classe social à part : la « deuxième génération d’immigration ».

D’après les statistiques de l’INSEE, en 2015, 7.3 millions de personnes qui sont nées en France, ont au moins un parent immigré. Ils représentent 11% de la population française. Si les parents sont des étrangers, leurs enfants nés sur le territoire français eux, semblent s’être mieux intégrés dans la société d’accueil. Car dès leur plus jeune âge, ces jeunes sont- via les institutions de l’éducation nationale, immergés dans la culture du pays d’accueil. Cependant, ils vivent aussi au sein du foyer familial une culture ethnique. On pensera alors aux mœurs traditionnelles et religieuses pratiquées par les parents, aux médias « du pays » qui occupent l’espace, et aux plats culinaires traditionnels qui se partagent souvent le dimanche en famille. Ainsi, ils vivent deux cultures distinctes et doivent se socialiser à l’interstice de ces deux. La question se pose naturellement : à quelle identité culturelle s’affilient ces jeunes issus de l’immigration ?

Depuis le début du XXe siècle, gravitant autour de l’enjeu de leur intégration sociale et économique L’Ecole de Chicago, sera le premier à ne plus concevoir l’identité tel une conception figée, mais comme une construction binaire de deux cultures. Ils découvrent notamment que les groupes ethniques de la ville de New-York (les Afro descendants, les Portoricains, les Juifs, les Italiens et les Irlandais) n’ont pas du tout disparu par assimilation à la société américaine. Les chercheurs aperçoivent au contraire, une nouvelle ethnicité, celle des soi disant « sous cultures » (Beyond the melting pot, 1963). Cette dernière s’identifie moins avec la culture ethnique de ces ancêtres mais s’inspire plutôt de l’expérience de la vie qu’ils mènent aux Etats-Unis. Bien plus tard, l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf décrit dans son essai Les identités meurtrières 1998, les conflits que peut occasionner cette existence binaire, souvent aussi définit comme « déchirement identitaire ». Il conte l’histoire du dilemme d’un homme né en Allemagne de parents turcs, qui n’est pas allemand aux yeux de sa société d’accueil, or aux yeux de sa société d’origine il n’est pas turc non plus. Il est des deux.

Ce que signifit « être les deux », c’est à quoi s’intéresserons les théoriciens du courant post colonialistes dès la deuxième moitié du XXème siècle, considérant l’expérience identitaire transnationale. L’identité n’est alors plus prétendue être un construit binaire et finit entre deux cultures distinctes, mais supposé par de nombreuses oscillations qu’expérimente les jeunes (flux humains, matériaux, virtuels) entre leur culture d’origine et la culture du pays d’accueil. Des caractéristiques nouvelles telles que le bilinguisme, des structures familiales et réseaux sociaux transfrontaliers ou encore des localisations multinationales sont alors les fruits qui définissent leur espace social. Nommé le « tiers espace » par l’un des théoriciens les plus important du postcolonialisme, H. K. Bhabha, ce nouveau milieu transculturel inédit, n’appartient à aucune culture traditionnelle distinct, mais se créer au travers des interactions culturelles. Le tiers espace, permet alors de considérer les identités culturelles particulières à qui s’affilient ces jeunes: une identité dite « hybride ».

Dans notre ère globalisée en perpétuelle rencontre des cultures, les identités nationales changent, car dans l’interstice de ces cultures, le tiers espace, se construisent de nouvelles identités hybrides. Tant que ces identités sont progressistes et ouvertes, respectant les valeurs démocratiques du pays, elles ont une meilleure chance de s’intégrer dans les sociétés occidentales. Si elles sont identitaires, portées sur l’obscurantisme et le rejet via le repli communautaire, à croire en un avenir dans un passé mythique comme le prônent les identitaires islamistes ou encore à rejeter la différence culturelle comme les identitaires nationalistes, alors leurs idées ne coïncidentes pas avec les valeurs démocratiques confortées par les institutions politique de l’Europe.

Article de Ira Zachariae