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Ángel Gurría : "C'est bon pour les affaires d'agir pour le climat"


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Ángel Gurría : "C'est bon pour les affaires d'agir pour le climat"

Au plan international, les désaccords se multiplient sur le commerce et le climat depuis l‘élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. La réunion ministérielle de l’Organisation de coopération et de développement économiques qui s’est tenue à Paris le 8 juin s’est soldée par deux déclarations finales tant les clivages étaient grands. Dans cette édition de The Global Conversation, nous recevons Ángel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE. Il nous livre son point de vue sur le climat, la renégociation de traités commerciaux et le Brexit et lance un plaidoyer pour l’Union européenne.

Oleksandra Vakulina, Euronews :
“Il y a quelques jours, Donald Trump a annoncé sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Quel impact économique cela pourrait-il avoir ?”

Ángel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE :
“C’est une question de perspective intergénérationnelle. Nous sommes convaincus qu’il est possible qu’aux Etats-Unis, les émissions continuent de baisser parce que déjà, les mentalités ont changé et dans le même temps parce que la technologie fait émerger des énergies renouvelables qui sont moins chères que les autres ressources que sont les carburants fossiles.”

Oleksandra Vakulina :
“D’après vous, le président américain peut-il reconsidèrer sa position ?”

Ángel Gurría :
“Nous venons juste de publier un rapport qui s’appelle Investir dans le climat, Investir dans la croissance.

Oleksandra Vakulina :
“Après cette décision ?”

Ángel Gurría :
“Non, un peu avant, en fait. D’ailleurs, peut-être pas assez avant cette décision pour que ce rapport puisse changer quelque chose. Nous y démontrons que c’est bon pour les affaires d’agir pour le climat, la préservation de l’environnement et de la planète.”

“Vouloir obtenir un meilleur accord, c’est légitime”

Oleksandra Vakulina :
“Donald Trump a aussi indiqué que de nombreux accords commerciaux seront prochainement renégociés. Dans quelle mesure cela va-t-il modifier la place des Etats-Unis et probablement, leur influence dans le monde ?”

Ángel Gurría :
“Selon moi, que quelqu’un veuille un meilleur accord sur le commerce ou sur quoi que soit d’autre, c’est légitime. Que quelqu’un défende que cela fait partie des obligations des dirigeants de chercher à obtenir les meilleurs accords pour leur pays…
Je pense que nous sommes tous favorables à un libre-échange qui soit juste, c’est-à-dire sans distorsions, sans subventions cachées, sans protectionnisme, sans manipulation des monnaies, etc. Nous approuvons tous ces principes. Mais en plus, il y a les aspects fondamentaux de la productivité et de la compétitivité et il faut que ces forces puissent être pleinement libérées.
Je suis citoyen mexicain. Aujourd’hui, le processus de renégociation de l’accord de libre-échange ALÉNA a été lancé. D’une certaine manière, l’ALÉNA a déjà été renégocié parce que dans le partenariat Transpacifique (TPP), le Canada, le Mexique et les Etats-Unis – les trois pays – ont accepté de nouvelles règles du jeu plus modernes, actualisées, modernisées !”

Brexit : “Cela aura un coût”

Oleksandra Vakulina :
“Regardons à présent de l’autre côté de l’Atlantique. Un autre pays va devoir renégocier un certain nombre d’accords : le Royaume-Uni. Les autorités de Londres semblent relativement calmes quant à l’avenir post-Brexit une fois que celui-ci sera effectif. Quel est votre point de vue ?”

Ángel Gurría :
“Tout d’abord, les Britanniques sont toujours très calmes. Souvenez-vous, je crois que c‘était Winston Churchill qui en plein Blitz, en pleine guerre, avait dit : “Restez calmes et continuez”. Donc, ils savent réagir, ils sont résistants.
Mais vous me parlez de modification. Je ne vais pas vous dire que la situation, c’est : “On annule tout” parce que tout ne sera pas annulé. Il faut s’imaginer : modifier, changer les règles après 40 ans d’intégration ! Les partenaires de l’ALÉNA sont soudés depuis 25 ans ; là, c’est 40 ans. Et donc on ne peut pas prévoir ce qui va se passer, c’est choquant peut-être pour les Britanniques comme pour les Européens et cela aura un coût."

Oleksandra Vakulina :
“Pour qui est-ce que ce sera le plus coûteux ? Pour Londres ou pour Bruxelles ?”

Ángel Gurría :
“Peu importe ! Cela aura un coût qui n‘était pas prévu, qui n’aurait pas dû se produire ! Je crois que ce sont les Britanniques qui paieront le prix le plus fort. Il faut se rendre à l‘évidence : cela s’est produit. Nous devons accepter la volonté du peuple britannique et ensuite, essayer de rendre le processus le plus doux et harmonieux possible.”

Oleksandra Vakulina :
“Craignez-vous qu’il y ait à terme, plus d’inégalités au Royaume-Uni ?”

Ángel Gurría :
“Je ne pense pas que les inégalités s’accentueront du fait du Brexit. Je crois qu’elles se sont renforcées dans quasiment tous les pays en raison de la crise elle-même. Et d’ailleurs, elles s‘étaient déjà creusées avant la crise. Il est important de le savoir.”

L’UE ? “Quelque chose d’admirable”

Oleksandra Vakulina :
“J’ai une dernière question à vous poser. Vous occupez votre fonction au sein de l’OCDE depuis plus de dix ans. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué jusqu‘à présent ?”

Ángel Gurría :
“Quand je me suis porté candidat pour ce poste, j’ai dit que je serais très attentif à trois choses : la santé, les migrations et l’eau. Et je me souviens que des gens ont compris pourquoi je m’intéressais autant à la santé : c’est l’un des domaines qui prend une place de plus en plus importante dans les budgets de nos Etats et il le fait avec une telle rapidité. C’est comme s’il les mangeait, un peu comme dans le jeu de Pac-Man. [rires]
Ensuite, pour ce qui concerne les migrations, je me souviens que peu de gens ont compris pourquoi je voulais parler de cela. Certains se sont dit que c‘était parce que je suis Mexicain et qu’il y a ce contexte de migration entre le Mexique et les Etats-Unis. Malheureusement, les faits nous ont donné raison comme vous pouvez le constater. Et il ne s’agissait pas simplement des migrations, mais d’intégration.
Dernier point – et non des moindres -, personne n’a compris pourquoi je voulais parler d’eau et aujourd’hui, tout le monde s’y intéresse. Donc, ces trois points m’ont marqué.
Mais ce qui m’a frappé davantage quand je suis entré en fonction, c‘était au cours d’une négociation sur le libre-échange avec l’Europe à laquelle je participais. Je connaissais les complexités de l’Europe. J’ai vécu en Europe, j’ai vécu au Royaume-Uni, j’y ai fait des études, j’ai beaucoup voyagé dans toute l’Europe. Mais le fait de travailler au sein de l’OCDE qui est née de la reconstruction de l’Europe, de voir tous les représentants de ces pays assis autour d’une même table avec leurs différences en termes de caractéristiques, complexités, problèmes et défis et de pouvoir contempler ces constructions extraordinaires que sont l’Europe, l’Union européenne, la Commission européenne avec toute leur complexité, leurs difficultés et leurs défis, je crois que c’est quelque chose d’admirable.”

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